«Jùnùn» : Freud fait son cinéma…





«Jùnùn» de Fadhel Jaïbi représentera le cinéma tunisien dans la compétition officielle du Festival international du cinéma du Caire (27 novembre au 7 décembre). Artiste accompli, Jaïbi offrira aux cinéphiles la version cinématographique d’une œuvre théâtrale qui a bien marqué les annales du théâtre tunisien…Un vrai chef-d’œuvre qui est gravé dans la mémoire du public tunisien.


 


Toujours d’actualité brûlante, «Jùnùn » continue de défier le temps et de susciter l’admiration du public. Une pièce qui est restée dans les mémoires, on se rappelle de chaque détail, de chaque regard, chaque mot qui a ponctué la mise en scène de cette pièce. D’après «Chronique d’un discours schizophrène» de Néjia Zemni, Fadhel Jaïbi a tissé cette création référentielle qui a levé le voile sur un monde qui a été toujours enveloppé de mystères et de préjugés.


Une vraie descente aux enfers où Jaïbi et toute l’équipe qui a partagé avec lui cette aventure ont mis à nu l’archaïsme de l’institution médicale et la tourmente d’une société en perte de vitesse et de repères. Les peurs et les douleurs de Nun, ce jeune schizophrène âgé d’à peine 25 ans, ne sont que la traduction de ces changements qui ne cessent de se produire au cœur de la société tunisienne. La famille de Nun que la psychothérapeute nous fait découvrir, en exposant ses problèmes, est l’image d’un quotidien social bouleversé et flou.


Excellente pièce où le savoir-faire des comédiens s’est conjugué merveilleusement à un texte merveilleux, bien écrit et ficelé, et une mise en scène intelligente et constructive…Le succès phénoménal qu’a connu «Jùnùn» (Démences) et la richesse thématique ont inspiré Jaïbi qui a choisi de porter cette histoire des tréteaux aux salles obscures et de donner une nouvelle vie à cette création. De ses anciens succès, le film « Jùnùn » est né, toujours fidèle à la vision de ce créateur qui a invité les combattants de cette pièce à cette expérience cinématographique.


Mohamed Ali Ben Jemaâ, Fatma Ben Saïdane, Salha Nasraoui, Awatef Jandoubi, Besma El Euchi…et bien sûr la talentueuse comédienne Jalila Baccar, associée à Jaïbi dans l’écriture du scénario, ont pris part à cette création cinématographique. D’autres comédiens comme Raouf Ben Amor, Mohamed Kouka et Ramzi Azaiez  ont rejoint l’équipe de Familia Productions pour donner naissance à ce film. Produit en 2007 et présenté en avant- première lors des Journées Cinématographiques de Carthage 2006, ce film représentera la Tunisie lors de la compétition officielle du Festival international de cinéma du Caire. Fadhel Jaïbi ne sera pas le seul tunisien à l’affiche de ce grand rendez-vous cinématographique car Moufida Tlatli sera parmi le jury et Nouri Bouzid sera l’invité d’honneur de cette session.


Une nouvelle reconnaissance arabe de cette approche exceptionnelle des créateurs tunisiens…Le talent est indiscutable, Fadhel Jaïbi, Moufida Tlatli et Nouri Bouzid, ces artistes ont choisi de travailler sur des registres différents et d’élaborer diverses visions artistiques, chacun selon ses convictions. Une bonne occasion pour les Cairotes pour savourer les délices d’un cinéma d’auteur qui a pu résister à cette invasion étrangère du cinéma commercial.


 


Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com