Turbulences en France : Erreurs d’aiguillage





Les décisions prises par Sarkozy relatives à l’alignement des régimes spéciaux des retraites des cheminots sur le régime général ont fait entrer la France dans une zone de turbulence. Le bras de fer, même s’il semble s’atténuer en prélude à des négociations, risque de perdurer. Et son impact sur l’économie française est déjà négatif. C’est que la route et le rail sont des nerfs névralgiques pour toute économie digne de ce nom.


Des erreurs d’aiguillage dans ce secteur peuvent coûter cher !


 


Sarkozy a-t-il raison de laisser la situation pourrir dans les transports en France ? Ses partisans assurent qu’il finira par avoir gain de cause. Il maintiendra donc ferme le refus de céder aux syndicats. Sachant qu’il n’est pas homme à lâcher ne serait-ce qu’un pouce de son pouvoir et sachant, d’autre part, que les syndicats continueront, malgré l’accalmie, à user d’un pouvoir fort, on se dit que ce bras-de-fer risque à la longue de déstabiliser le pays.


Sarkozy est-il en train de rééditer l’erreur commise, il y a exactement deux ans, par l’ancien premier ministre, Dominique de Villepin ? Son idée d’instaurer le contrat première embauche (CPE) avait déclenché, on s’en souvient, une grogne générale dans l’Hexagone. Une grogne qui avait tourné à l’émeute et qui lui a valu le discrédit politique, faute d’avoir fait, à temps, machine arrière et arrêté le processus de dégradation du climat socio-politique.


Ce n’est pas le même cas de figure, diront certains. Sarkozy est la persévérance et la ténacité incarnées. Mais Villepin aussi. Il ne lâcha pas facilement prise, lui non plus. Ce n’est pas le même genre de problèmes, objectera-t-on encore. Voire. Il est vrai que le problème de l’emploi des jeunes relève d’un registre dramatique. C’est l’avenir d’un pan important de la population du pays qui est en jeu. C’est vrai ! Mais dans le cas actuel, les perspectives peuvent être aussi sombres, aussi négatives et pour le pays et pour le timonier.


Déjà les économistes ont fait sonner l’alarme à l’oreille de Sarkozy. Si un tel mouvement de grève se poursuivait, notamment dans le domaine du transport les entreprises françaises seraient méchamment lésées. L’absence des ouvriers agents techniques et administratifs paralyserait le cœur même de l’économie française.


 


Un ressort névralgique


On le voit donc, cette ample contestation, qui s’est cristallisé autour de revendications émanants des agents de la SNCF (chemins de fer), de la RATP (métro parisien), du RER (couverture de l’Ile de France) etc, pourrait avoir de graves répercussions sur le rythme de croissance du pays.


Car, faut-il le rappeler, le transport est le ressort primordial de toute édification économique. On ne peut bâtir une économie performante sans l’appui d’un réseau routier qui ratisse large, sans un rail qui investisse les zones les plus reculées du pays. Ce sont les vecteurs essentiels dans les échanges des biens.


C’est un économiste tunisien qui lance à l’adresse des pays en cette vibrante recommandation : «investissez massivement dans l’infrastructure». Ce que d’ailleurs illustre à merveille la Tunisie de Ben Ali avec ses échangeurs, ses routes, avec cette toile de moyens de communication qui pousse ses  ranifications jusqu’aux confins du pays.


Quand on évoque l’extraordinaire essor industriel qu’ont connu les grandes puissances industrielles de l’Occident au XIXe et au début du XXe siècle, il est rare que l’on cite l’immense contribution de la route et du rail. C’est grâce au Chemin de fer que les Etats-Unis ont pu s’agrandir jusqu’à l’Océan Pacifique pour devenir le mastodonte que l’on connaît aujourd’hui. C’est grâce aux autoroutes que l’Italie de l’après guerre a réussi son décollage économique.


A contrario, on pourrait expliquer le retard industriel du monde arabo-musulman par ce déficit en infrastructures routières et ferroviaires. Il faut reconnaître que la configuration géographique de cette aire (présence obsédante du désert entre autres) ne s’y prêtait guère. Et jusqu’à maintenant le Sahara demeure un obstacle de taille entre le Maghreb et l’Afrique subsharienne.


Tout cela n’est pas de bon augure pour le président français. Six mois après son intronisation, Sarkozy court le risque de porter un coup désastreux à l’économie de son pays. Et comme sa côte de popularité est en train d’amorcer un mouvement descendant, on ne peut manquer de s’interroger sur la suite de son parcours. Est-ce la fin de l’état de grâce pour lui ?


 


Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com