Les jeunes et la réussite : La richesse d’abord, les études après





Qu’inspire la réussite pour les jeunes gens ? Difficile de répondre à cette question ! Chacun selon ses propres aspirations, ses propres objectifs et selon ses propres priorités, définit la réussite à sa manière. Les uns ne pensent toutefois qu’à réussir dans leurs études. Les autres ne peuvent crier victoire que s’ils deviennent…riches ! Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui aspirent à vivre dans la tranquillité, aimés et à l’abri du besoin.


 


Tunis - Le Quotidien 


L’ensemble des événements heureux et malheureux que nous vivons forment la trame de notre existence, caractérise les conditions de notre vie, influence notre état psychique et nous pousse à déterminer nos priorités. La vie donne des cadeaux à certains. Elle les dote de moult avantages. Lorsqu’ils veulent quelque chose, ils n’ont qu’à le demander ! C’est comme si l’environnement dans lequel ils évoluent n’est là que pour les servir. D’autres en revanche trouvent tout le mal du monde à mener normalement leur vie. Leur condition matérielle, morale, sociale, affective ou environnementale est compliquée. Même leur vie quotidienne ressemble à une chaîne d’obstacles et ils sont tout le temps contrecarrés et contrariés. A priori, les élèves et les étudiants qui ont des parents instruits, aisés et qui jouissent de conditions matérielles et psychiques stables, ne se posent pas trop de question sur leur avenir. La réussite, ils en ont l’habitude ! Ils vivent dans une atmosphère saine et équilibrée et cela, se reflète sur leur vie. En revanche, ceux qui ont des difficultés au sein de la famille ou qui ont des problèmes financiers, se sentent mal et sous pression. Ils considèrent le parcours scolaire trop long et imprévisible. Ils « combattent » pour réussir leurs études, mais ce qui compte le plus pour eux, c’est qu’ils parviennent à changer de conditions de vie et dans les plus brefs délais. Cela dit, les uns comme les autres rêvent de réussir. Mais la réussite est relative. C’est une notion difficile à définir ou à cerner puisqu'elle est liée aux conditions de la vie et qu’elle dépend de l’objectif que la personne s’est fixé à un moment donné. Quelques événements heureux comme la réussite aux études, sur le plan sentimental, sont capables de rendre les jeunes aux anges. Certains moments favorables et certains éléments heureux suffiraient, semble-t-il, pour que des jeunes aient l’impression d’avoir réussi. Partant du fait que le parfait n’existe pas, certains d’entre eux pensent que s’ils se mettent à chercher la réussite totale, ils feront œuvre inutile dans la mesure où ils seraient en quête de l’imaginaire ! Ils croient que pour réussir de manière absolue, il faut avoir beaucoup d’argent, parvenir au bout du cursus universitaire, être aimé par la personne dont ils sont amoureux, atteindre un équilibre psychique et familial, avoir un rang social élevé…En contrepartie, ces jeunes gens savent pertinemment bien que le fait d’avoir toutes ces choses à la fois est quasiment impossible. Ils se contentent dès lors de se concentrer sur certaines finalités plutôt que d’autres.



Bassem, élève de 19 ans, dit d’emblée qu’il ne pourra jamais sentir la réussite, la vraie, tant qu’il n’a pas de l’argent…beaucoup d’argent. «Pourquoi est-ce qu’on étudie ? C’est bien pour garantir notre avenir, avoir un poste stable. Et pourquoi voulons-nous travailler ? C’est bien pour avoir de l’argent et pour vivre à l’abri du besoin ! Donc, la réussite dans les études et même la réussite au travail, ne suffisent pas. On peut très bien briller à l’école, réussir à avoir un travail qui a une noble vocation, mais on peut en parallèle avoir des fins de mois très difficiles ! Et puis, soyons honnêtes, même si l’on a un doctorat, le grade le plus élevé, et qu’on a zéro millime en poche, on nous regardera de manière dégradante! Inversement, si l’on a un bon paquet d’argent et qu’on a un niveau intellectuel et social très limité, mais qu’on a la capacité de tout acheter, les autres vont nous regarder avec beaucoup d’estime, et ce même si au fond ils ne nous apprécient pas du tout. Et puis, il ne faut pas oublier qu’il suffirait d’avoir vraiment beaucoup d’argent pour qu’on puisse se payer des cours en toute sorte de spécialités. Avec l’argent, on peut tout avoir: la richesse, le pouvoir, les titres sociaux, la culture… Tout a un prix et tout s’achète sauf peut être une seule chose : l’équilibre familial. Si j’arrive à devenir riche et que je réussis à fonder une famille qui s’aime, je peux crier victoire», dit-il.


Chédy, 19 ans, partage exactement le même avis. Le jeune homme associe la réussite à la richesse. «Je peux réussir dans mes études. A la limite, cela ne dépend que de moi et des efforts que je déploie. Mais, je ne peux pas dire que j’ai réussi même si j’arrive au plus haut niveau de l’échelle. Personne ne peut garantir que ce qui va suivre va être aussi un succès. L’avenir est totalement imprévisible et on est capable d’attendre jusqu’à la fin de nos études sans parvenir à faire quoi que ce soit de bon dans notre vie. Si une bonne occasion s’offre à moi maintenant pour que j’arrête mes études et que je me lance dans les affaires qui rapportent beaucoup d’argent, je n’hésiterai pas une seule seconde. La réussite c’est l’argent et rien que l’argent. Je ne suis pas pourtant du genre très matérialiste, mais je suis cartésien, j’ai les pieds sur terre et je regarde la réalité des choses. Avec l’argent on peut faire beaucoup de choses. Et paradoxalement, sans argent, on perd tout: la paix, la santé, l’amour, l’équilibre psychique, etc. Donc je ne peux pas dire que la réussite dans les études soit mon objectif dans la vie. Moi ce que je veux, c’est de devenir riche», dit-il.


Abdelaziz, 19 ans, pense qu’aucune réussite ne vaut la paix intérieure et le sentiment d’équilibre psychique. «Rien n’a vraiment de l’importance à mes yeux ! La fortune ? A quoi ça sert si on n’arrive pas à déguster quoi que ce soit et qu’on est chaque jour encore plus avide ! Ce que je veux moi, c’est que mes parents soient fiers de moi. Si je tiens d’ailleurs à réussir dans mes études, c’est surtout pour eux. Je peux donc dire que j’ai réussi seulement si j’arrive à ressembler au fils dont ils ont toujours rêvé», dit-il.


Haroun, 18 ans, avoue être éperdument amoureux. Le jeune homme ne peut pas déguster le goût de la réussite s’il n’arrive pas à conquérir le cœur de sa bien-aimée. «Je vais bien finir par croire que l’amour est une sorte de maladie ! Depuis que mon cœur s’est mis à battre pour une fille, je fais de son amour une raison de vivre. Pour moi, il est impossible de sentir ne serait-ce qu’un seul moment de bonheur tant que je l’ai pas encore conquise. La réussite pour moi, est loin de se limiter à l’argent comme c’est le cas chez certains. Je veux réussir sur le plan sentimental. Je veux aussi réussir dans mes études parce que je tiens à avoir un rang social respectable. L’argent, je m’en balance, je veux juste réussir à trouver un travail qui me permet de vivre à l’abri du besoin», dit-il.


Nizar, 19 ans, veut réussir dans toute sa vie de manière générale. Le jeune homme veut parvenir à décrocher son bac avec mention pour aller étudier au Canada. «L’argent n’est pas une raison de vivre, c’est un moyen pour vivre. Si je veux réussir à en avoir, c’est parce que je veux vivre aisément, mais je n’aime pas la richesse extrême, cela me fait peur. Je veux étudier au Canada et réussir brillamment mes études universitaires. Ensuite, je voudrais réussir à avoir un rang social élevé, rendre mes parents fiers de moi et atteindre un équilibre à tous les niveaux», dit-il.


 

Abir CHEMLI


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com