Exposition : Zaouche ou les univers de l’orientalisme





Soixante-six «Petits formats» garnissent depuis samedi 24 novembre et jusqu’au 9 décembre prochain les cimaises du Musée de Sidi Bou Saïd. Les travaux récents de Foued Zaouche s’inspirent de ses anciens et on dirait qu’on est dans le monde des Poupées russes. Mais les propos sont de plus en plus chaleureux, de plus en plus proches de ce qu’ont connus nos aïeux...


 


Pour les connaisseurs dans l’art, il leur est impossible et dès le premier regard, de se tromper sur ce que fait de mieux dans sa vie le peintre romancier Foued Zaouche. Impossible de le confondre d’ailleurs avec d’autres qui, comme lui, affectionnent l’orientalisme.


Son univers est fait de beaucoup de romantisme. Avec beaucoup de poésie à nous renvoyer un brin aux peintures de deux Eugène, Delacroix et Fromentin.


Le monde de Faouzi Zaouche est grandement peuplé d’émotions. Ses personnages pris et peints toujours en gros plan écrasant le reste des tableaux sont ouverts dans leur intimité. Comme si ces hommes et ces femmes qui nous sortent tout d’un coup du ventre de l’histoire et des murmures de la Médina de Tunis des années 1920-30 et 40 vous invitent à se joindre à leurs causeries sans ségrégation aucune. Ses natures mortes en huiles sur bois, elles aussi, sont accrochantes. On aime écouter les bruissements de leurs feuilles, humer leurs parfums discrets mais confondus et insaisissables, regarder avec appétit les formes et les couleurs et surtout caresser leur peau fine, soyeuse ou veloutée et caresser du regard ces grappes de fruits qui débordent de leur corbeille ou de leur coupe.


Foued Zaouche a fait cette fois-ci entorse à son habitude. Après les grands formats de quasi toujours, le  voilà courtiser les «Petits formats» (titre de son expo actuelle de Sidi Bou).


Il est carrément dans les 22 cm sur 17 ou 32 sur 22. Son lot de 66 garnit presque tous les coins et recoins du Musée de Sidi Bou Saïd. Les «Petits formats» bavent sur les murs et les côtés de tendresse et de poésie. Sa palette généreuse, dans l’esquisse des grandes lignes des portraits, n’oublie pas de s’arrêter sur les petits détails et de se glisser dans la peau des personnages en leur donnant des couleurs.


«Une nouvelle exposition qui bouleverse mon appréhension de l’espace. Je me suis donné une contrainte, celle d’obéir à des formats réduits et j’y ai découvert des espaces de liberté insoupçonnables. C’est comme si j’entrais dans un nouvel univers empli de possibles, car j’ai la sensation qu’au lieu de réduire ma vision, les petits formats l’ont élargie et ils m’ont permis de comprendre l’importance de la composition dans laquelle chaque détail prend sa véritable dimension, un champ d’expression extrêmement précis et passionnant. La peinture acquiert une sorte d’intimité chaleureuse, accessible et tendre, à la manière d’un bibelot précieux par son esthétique et son unicité. Le petit format se travaille avec plus d’amour que le grand, comme la tendresse que l’on peut démontrer au petit dernier qui naît sur le tard dans une famille nombreuse. Eh bien, ce nouvel enfant, je vais l’éduquer et le faire grandir avec constance et rigueur et peut-être grandirai-je avec lui dans la quiétude et la sérénité, la seule récompense d’un travail bien fait», commente Foued Zaouche sur ce que vient d’enfanter de son être le même Foued Zaouche. Qui continue à raconter des histoires pour les petits afin qu’ils soient connectés et encore liés à leurs ancêtres, à leur identité.


«Petits formats» est (de mémoire de journaliste) la 28e exposition de Foued Zaouche, toujours fidèle au Musée de Sidi Bou Saïd. Il n’aime exposer ses Zaouche que là-bas.


Le peintre adore aussi écrire. Il aime tenir la plume autant qu’il aime tenir le pinceau et donner libre cours à son délire imaginaire. Il est romancier et sait peindre les portraits et les tribus. Il sait orchestrer des scènes de vie trempées dans l’amour et la haine et les colorer de sa sensibilité, de sa poésie. Quelques-uns lui reprochent cet excès, d’orientalisme qui n’a pas à avoir lieu de nos jours. Ils disent que «c’est du vieillot, comme s’il vendait de l’histoire par l’orientalisme. On veut du contemporain. On veut des choses qui explosent d’étonnement et du visionnaire. Du visionnaire et être dans le monde, dans l’histoire et le temps». Mais l’auteur de «Regards» (Comar du premier roman), «Mensonge», «Le Maître du jeu» et celui de 2006, «L’Homme, ce cro-magnon de la conscience» est sur une autre planète, où tout est calme, tout est ange, tout est entente. C’est peut-être mieux comme ça. Puisqu’il est si bien dans son océan et dans l’écume paisible d’une vie bien rangée où tout baigne sous le bleu d’un ciel et un beau soleil...


 

Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com