Mon enfant est-il dyslexique ?





A l’initiative de la jeune et dynamique directrice du collège d’El Menzah V, Madame Raoudha Kaâbi, et suite à la demande persistante des parents d’élèves et dans le cadre des activités du comité du collège, une réunion d’information s’est tenue le 7 décembre 2007 au sein de cet établissement ayant pour thème «Les enfants ayant des troubles de l’apprentissage ou dyslexiques». Une pléiade de médecins, d’orthophonistes et d’experts de la santé publique (médecine scolaire) et du secteur privé étaient présents ainsi qu’un grand nombre d’enseignants et de parents d’élèves dyslexiques.
Décrite, semble-t-il, pour la première fois en 1896 par le Dr. Pingle Morgan, la dyslexie toucherait d’après APEDYS.FRANCE, environ 10% de la population et 1 à 2% des enfants en seraient sévèrement atteints. La dyslexie frappe plus de garçons que de filles (trois fois plus) et se retrouve davantage chez les gauchers.
Pratiquement reconnue aujourd’hui comme étant d’origine génétique, la dyslexie est définie comme étant «des difficultés sévères et durables d’acquisition du langage écrit chez des enfants d'intelligence normale sans troubles sensoriels ni désordres affectifs graves».
Cette réunion, la première du genre à notre connaissance, a permis de lever le voile sur ces défauts de l’assimilation chez certains enfants et de mettre enfin un nom sur ces troubles de l’apprentissage tels que dysorthographie, dysgraphie, dyscalculie, dysphasie, dyspraxie… longtemps considérés, à tort, comme liés à l’environnement socioculturel de l’enfant.
On reconnaît aujourd’hui assez largement la dyslexie comme étant un dysfonctionnement cognitif, donc un trouble, se caractérisant par des difficultés lourdes et durables à apprendre à lire et à écrire pour un enfant manifestant des activités intellectuelles normales sans déficiences sensorielles. Cet enfant suit une scolarité régulière sans subir aucune carence éducative. Elle est également indépendante de l’environnement socioculturel. Les difficultés simples sont multifactorielles, elles sont liées à l’environnement, durent moins dans le temps et peuvent disparaître lors de la mise en place d’un système pédagogique et d’un environnement adéquat. La dyslexie est un trouble durable persistant, s’il n’est pas pris en charge il entraîne un retard scolaire important chez des enfants pourtant pourvus de toutes les chances de réussite. Leur avenir sera très sérieusement compromis. L’enfant se rend compte qu’il est intelligent, sait qu’il est normal mais n’arrive pas à lire et à écrire correctement malgré tous ses efforts. Il sera toujours en décalage par rapport aux autres élèves de sa classe et finira par «décrocher». Sa réaction pourra, en fonction de son comportement, le pousser vers l’agitation et la turbulence (naturelle déjà chez les enfants hyperactifs), le rendant ainsi insupportable en classe, ou la passivité et le renfermement entraînant ainsi sa marginalisation et son exclusion du groupe. Ces enfants dyslexiques non diagnostiqués subissent leur trouble sans le comprendre, s’isolent et s’acceptent en tant que «nuls», les parents frustrés ne comprennent pas et sont partagés entre l’angoisse et la colère, les enseignants mal ou non informés émettent un jugement défavorable et sanctionnent ces enfants par une méthode évaluative non adéquate.
Les enseignants, très nombreux et très enthousiastes, présents à cette réunion ont salué l’initiative et assailli de questions les spécialistes présents, surtout celles relatives aux signaux d’alerte permettant le repérage des élèves atteints de ce dysfonctionnement, afin d’éviter à l’avenir de faire un amalgame entre dyslexie et difficultés simples de lecture ou échec scolaire.
Mais un problème demeure posé, c’est celui de l’évaluation de ces élèves en classe.
Les parents d’enfants dyslexiques, également très nombreux à cette réunion ont exprimé, parfois avec beaucoup d’émotion, leur lutte de tous les jours contre l’incompréhension de la société en général et la non information des éducateurs en particulier. Ces derniers, formés et informés sur ces troubles du langage parlé et écrit pourraient aider l’élève dans le long parcours de la reconstruction de sa confiance en lui et en ses capacités.
Des propositions ont émané de l’ensemble des participants ayant trait à l’évaluation de ces élèves et se résument globalement à:
- Dissocier évaluation des acquis et orthographe.
- Privilégier l’évaluation des connaissances à l’oral.
- Proposer des critères facilitateurs (ordinateurs, calculette, table de multiplication,…)
- Donner des supports écrits nets.
Mais pour que cela ne demeure pas marginal et seulement à l’initiative de quelques enseignants mieux informés, il serait important que des dispositifs d’aides spécifiques soient mis en œuvre dès les premières classes de l’enseignement primaire qui permettront de détecter les enfants ayant ce dysfonctionnement cérébral constitutionnel du système nerveux.
La prise en charge relativement tôt de ces enfants par l’enrichissement du langage oral, la préparation du travail de compréhension des textes, le développement de la conscience phonologique, la reconnaissance et l’identification des lettres par des activités systématiques tout en limitant la quantité d’écrit en maintenant les exigences de qualité, permettrait à des milliers d’enfants tunisiens de passer du statut de «nul» à celui de «normal».
Alors, messieurs les décideurs, à vos plumes afin de donner à nos enseignants un support légal leur permettant d’évaluer nos petits génies en herbe à leur juste valeur.
Dyslexiques célèbres: Léonard de Vinci, Pablo Picasso, Van Gogh, Michel Ange, Agatha Christie, Gustave Flaubert, Edgar Allan Poe, Bill Gates, Ted Turner, Albert Einstein, Louis Pasteur, Winston Churchill, John Kennedy, Tom Cruise.


Wassim BOUGHEDIR
(Universitaire)




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com