Cinéma : Les rushes de l’horreur et de l’espoir





Avant-hier au cinéma «Le Mondial», les horreurs de la guerre avaient «les honneurs». Des «rushes» datant de la période d’entre les deux guerres ont été transformés en œuvres laissant le public tout en émoi.


 


Il fallait voir l’empressement avec lequel ces jeunes se sont mis au service de la bonne cause.L’aventure cinématographique a commencé fin mars, début avril de l’année en cours, lorsque la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Tunis a confié des images (rushes) aux étudiants de l’Ecole supérieure de l’Audiovisuel et du cinéma (ESAC) et l’Institut supérieur des Arts multimédias (ISAMM). De là est né le projet qu’on a intitulé «Guerre et humanité, l’œil des jeunes» où il est question de sonder le regard d’étudiants spécialisés en cinéma porté sur la guerre.


Les jeunes se sont dispatchés en groupes de travail supervisés par leurs professeurs respectifs.


On a ainsi donné libre cours à l’imagination fertile de ces jeunes qui n’ont pas démérité. Preuve en est la qualité des œuvres réalisées. A commencer par les documentaires «Cris étouffés», un documentaire de 6’30, monté par Adel Chaouch, réalisé par les étudiants de la 3ème année (ESAC) et qui met en exergue la souffrance des femmes victimes de la guerre.


«Enfance meurtrie» dont la durée est de 6 min est un pamphlet au vitriol à l’encontre de l’insensibilité de la communauté internationale face aux enfants victimes de la guerre.


«04/03» est un documentaire signé pour le montage et la réalisation par Fakhreddine Amri et produit par l’ISAM/CICR. Il jette un regard concerné sur l’action humanitaire du comité international de la Croix-Rouge en Irak pendant le mois d’avril 2003.


Les spots réalisés par ces jeunes étaient aussi courts en durée mais intensifs en effet sur le public.


«Les ailes de l’espoir» un spot de 2’18 monté et réalisé par Mohamed Kraiem et produit par l’ISAMM/CICR, parle d’une opération de sauvetage d’un enfant victime d’une mine anti-personne par une unité de la Croix-Rouge.


«La poupée», une animation d’1’10 réalisée par Ali Jeni Nizar Rezgui et Nizar Jendoubi de l’ISAMM parle de l’enfance spoliée par la machine de guerre. On est dans la pénombre d’une chambre où jouait une petite fille. La fillette s’agite et comme prise d’une certaine agressivité sournoise, elle devient une personne autre. Elle se souvient, en effet, des horreurs qu’elle a dû endurer pendant la guerre à laquelle se livre son pays.


«Running out» signé par un jeune étudiant de l’ISAMM, Mohamed Lamine est un spot de sensibilisation relatif au problème de la pénurie d’eau.


«Non à l’enfance armée», une œuvre collective de l’ISAMM est un spot qui traite de la tragédie des enfants soldats.


Les «doc-fictions» sont au nombre de trois. «Call of cruelty» de Hend Zamiti aidée par ses copains de l’ISAMM parle d’un jeune homme qui se trouve confronté au dysfonctionnement de son jeu vidéo! Très significatif.


«Cauchemar» de Chiraz Fradi de l’ISAMM renoue avec le rêve d’une jeune fille de 12 ans de lancer son jeu favoris sur son ordinateur. Hébétée, la fille découvre les images de guerre au hasard d’une touche sur son clavier.


«Peu importe combien cela coûte», réalisé par Mohamed Aymen Zouaoui, rapporte une scène de bagarre entre deux hommes qui dégénère. Peu importe la vision des uns et des autres, mais il faut relever le fait que ces jeunes ont pu assumer le poids de la responsabilité qui leur a été confiée par la délégation de la Croix-Rouge à Tunis.


C’est un travail de pros qui a été relevé avec brio par l’équipe ayant réalisé «La poupée». Le prix a été décerné par le jury des jeunes composé de membres des associations de cinéma la FTCC et la FTCA placés sous la houlette du réalisateur tunisien Brahim Letaïef.


Quant au jury des professionnels, composé de la réalisatrice Salma Baccar, des critiques de cinéma Hédi Khelil et Tahar Chikhaoui, il a opté pour le documentaire «04/03», pour le spot «Les ailes de l’espoir», pour le doc-fiction «Cauchemar».


Les jeunes dont les œuvres n’ont pas figuré au palmarès ont été, eux aussi, encouragés pour les bonnes trouvailles qui ont fait l’objet de leur travail. Ce qui mérite d’être relevé, aussi, c’est que ce concours a fait des émules auprès de ces jeunes talentueux. Ils ne sont pas rentrés chez eux les mains vides, mais plutôt avec trois prix sous forme de «Lithographies» réalisées en nombre limité par un peintre suisse de renom. Et avec le sentiment de fierté mêlée d’émerveillement. Car il n’est pas donné de pouvoir supporter ces images de laideur et de l’épouvante et d’en tirer un beau message de paix et d’amour pour l’humanité. Ces rushes de l’horreur sont ainsi sortis de la pénombre des archives pour revoir la lumière du jour. Histoire de confirmer l’opposition des jeunes à la guerre. Cette fois c’est pour toujours !


 

Mona BEN GAMRA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com