Par Abdelmajid CHORFI





L’imam des confins de la terre    


Les Australiens ont fait actuellement ovation à un imam de leur nationalité. Ils lui consacrent des reportages. Ils lui assurent un passage sur le petit écran. Ils y voient un modèle de l’intégration et ils en reçoivent un certificat de réussite, dans leur façon de traiter le problème des immigrés. En cet imam ils voient l’incarnation du bon musulman, celui qui se plie aux règles du pays, qui dialogue avec le sourire, qui rejette toute forme de violence.


Pourquoi tant de bienveillance et tant de sympathie? C’est que ce musulman profondément croyant et pratiquant assidu des lieux du culte au point d’y faire des prêches. Cet homme donc est un champion de surfing et un battant du rugby.


Il surfe sur cet Océan Pacifique qui n’a de pacifique que le nom. Un océan qui est infesté de requins et qui exige de grandes qualités physiques et psychiques, surtout quand on se


retrouve sur la crête d’une vague de 15 mètres de hauteur pour se retrouver peu après dans un abyssal creux.


Il dit lui-même que le surfing est «l’audace incarnée car on ne sait pas ce qu’il y a dessus». Il veut dire qu’il y a là la fascination du vertige. Ce vertige précisément que donne tout texte irrigué par la foi et, plus particulièrement, le verbe coranique. Il y a là une montée du texte vers le ciel, un mouvement doxologique qui, partant du minaret, se trouve véhiculé par la voix du muezzin, projeté vers les hauteurs insondables du firmament.


Et le rugby? Comment expliquer qu’un imam puisse s’enticher d’un sport considéré comme une école de vertus martiales, le foyer d’une virile brutalité, une arène pour apprendre l’art de foncer sur l’adversaire et de faire contre les mauvais chocs bon cœur.



Mais on ne s’étonnera pas quand on saura que le surfing et le rugby constituent les deux activités physiques cultes de la


nation australienne. Et c’est là le coup de génie de cet imam qui, pour assurer un monde plus clément à ses coreligionnaires, n’a pas hésité à embrasser deux sports qui étaient peut-être


éloignés de ses préoccupations. L’on peut à la rigueur le comprendre quand il s’agit de surfing puisque les remous furieux de l’océan sont aussi insondables que les voies du Seigneur. Mais pour le rugby, je n’ai pu trouver d’explication plausible. Peut-être y puise-t-on une certaine force de caractère utile dans ce climat d’islamophobie rampante.


______________________


 


F comme fort, comme foi


Dans Glasgow, deux équipes se partagent le pouvoir. Non pas le pouvoir politique, mais un autre plus insidieux, plus pernicieux quoique conçu dans cette ville écossaise sur le bipartisme national: le pouvoir du football. Un jeu qui, comme chacun le sait, déplace des foules énormes, génère les passions les plus violentes et brasse des sommes folles.


Deux équipes règnent donc sur la planète foot de cette ville. Elles ne se portent pas dans leur cœur comme, du reste, cela se passe dans toute agglomération urbaine qui abrite deux équipes aussi populaire l’une que l’autre. Quand l’une gagne c’est le deuil chez l’autre. Quand l’une perd ce n’est que ripailles bien arrosées chez les supporters de la rivale.


Il y a là matière à haines souvent féroces. Mais l’exemple écossais est encore plus parlant. Il s’est, en effet, greffé sur le terrain de la violence une inimitié religieuse. C’est que le Celtic Glasgow est l’équipe emblématique des catholiques de la cité et les Glasgow Rangers celle des protestants. Bien sûr, ce n’est pas la guerre de religion. L’Europe a acquis suffisamment de maturité pour faire l’économie de tragiques conflits. Mais à l’occasion d’une rencontre de football on peut se permettre de se défouler verbalement. Ça ne porte pas à conséquence. Mais qui sait?


Le cas de ce duo est presque unique au monde. Il existe des équipes qui ont le sentiment vif d’appartenance à une classe sociale donnée. Boca Juniors et Arsenal sont d’extraction populaire tandis que River Plate et Chelsea s’honorent d’être le produit de la grande bourgeoisie. Il y a des équipes dont le noyau premier a germé dans un grand quartier d’une ville et qui ont pour rivale le représentant d’un autre quartier historique. C’est en Tunisie, le cas du Club Africain et de l’Espérance.


Entre les deux camps il est possible de passer de l’un à l’autre. C’est un reniement mais ce n’est pas grave. Par contre, entre le Celtic et les Rangers, le reniement est douloureux pour ne pas dire impossible. La religion cadenasse tout passage aux frontières. On ne change pas de religion comme on change de chemise. La foi fait partie de l’être profond. Y toucher est synonyme de mutilation profonde.


 

Abdelmajid CHORFI


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com