Sacha Sosno : Une tête bien faite dans le tissu urbain





Pour sa première exposition tunisienne, l’enfant de Marseille, Sacha Sosno, était présent le jour du vernissage qui a eu lieu le 15 décembre à la galerie Le Violon Bleu de Sidi Bou Saïd en présence du ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine et de bon nombre d’amoureux d’arts contemporains. Du vrai et du massif.


 


Sacha Sosno tire ses racines de Riga en Lettonie. Il a aujourd’hui 70 ans, vit entre Nice (sur les hauteurs viticoles de Bellet), et New York et il réalise notamment des lithographies simples. Quelques jets d’encre auréolant la surface, un coup de crayon noir ou rouge brique et le tour est joué. Résultat : des vides et des creux et des formes qui tourbillonnent au centre avant de se disperser en petits et gros cercles quittant à jamais la grisaille pour un univers jaunâtre voire du doré éclatant. Des œuvres qui plaisent à ceux qui avouent leur intérêt à la tendance surréaliste


Mais Sacha Sosno est réputé pour autre chose qui fait sa grandeur. Son travail de sculpteur est un label. Il aime creuser dans la pierre, le marbre, le bronze et en créer des formes, presque des modèles. Des têtes et des corps humains qui ont parfois des crânes solides, en carré et des silhouettes qui se tortillent se battant de leurs muscles et ailes afin de voler dans l’air libre. Mais les cadres, les beaux cadres en bonze brut, rectangulaires, ovales, carrés,… ligotent de tous les sens les gentils ogres de Sacha, les empêchant de trouver une issue pour se libérer, se déchaîner, et s’éclater à leur aise. Un combat d’homme contre une matière qui le tient en otage. Comme cette Venus et son puzzle avec ses quelques pièces évaporées, perdues peut être à jamais. L’Homme Bien Mystérieux a tout d’un dieu. Assis relax, il affiche ses masses de force et cache son visage. Qui peut être beau ou moche, en entier ou défiguré et ébréché. Le long voile tombant sur ses larges épaules, estompe des traits et des expressions et il est impossible de le dévisager. Les Six Relations très importantes -c’est ainsi que Sacha Sosno a tenu à appeler les deux têtes ( de femme et d’homme), fixées sur le même support et se lancent des regards perçants. On compte pourtant sept flèches et pas six. «La septième n’appartient qu’au couple. C’est le secret de leur flamme, de leur passion. C’est du sacré et nous respectons leur volonté», d’après les propos de leur créateur. Les Samothrace aux cadres, Buste Dans le Vide, Tête au Carré patine bleu, Femme aux quatre Vents…composent le monde en miniature de Sacha Sosno.


Quant à l’autre univers du sculpteur, c’est son travail sur la mémoire collective. Son langage à lui est de l’oblitération traduite par un tout petit truc de rien de tout, à partir d’un trait, d’une griffe, d’une blessure quelconque qui font des colories dégradées avec des mots et des lettres, des signes et des symboles, des vides, des vides et des vides. En gros plan. En grands formats surtout. Sosno qui expose au Musée de Nice, à Aldrich Museum of contemporain art dans le Connecticut, au Musée des Arts décoratifs à Paris, au Norton Museum à Palm Beach, au Queens Museum à New York…, aime sortir des ghettos des galeristes avec ses pierres , son bronze, son granit et ses images paradoxales et surréalistes et les poser en ville. Là où il faut, c’est-à-dire dans les boulevards, les ports, les espaces et les jardins publics  L’artiste aime intégrer ses œuvres dans l’architecture de la cité et les mettre en scène. Les gens qui ont eu la chance de visiter la ville de Nice ont certainement vu la Bibliothèque Louis Nucéra, réalisée par Sacha et qui l’a voulue habitable. D’ailleurs, elle est la seule au monde à être habitable. Des sculptures dénuées de toute agressivité, fixées aux coins des rues interpellant promeneurs et passant s, jeunes et moins jeunes, intellectuels ou non. Des monuments qui investissent le tissu urbain, qui colorent le paysage, et donne un autre sens à la vie au quotidien. «Des créations dites dignes du 21ème siècle, raconte-t-on, et qui déroutent toute âme», à chaque tournant.


La galeriste du Violon Bleu, Essia Hamdi ne peut qu’être fière de ramener ce beau lot de travaux modelés, caressés par un géant de l’art de notre ère, qui a insufflé beaucoup de son imaginaire pour leur donner des formes singulier.


Un dernier mot : à ne pas oublier que le premier à investir en 2004 Le Violon Bleu est le Français Arman. Ce dernier a même sculpté la porte de la galerie avec plein de violons. Depuis se sont succédé Chagall, Pomar, Belkehia, et nos nationaux Tahar Mguedmini et Mahdaoui


Pour les intéressés, l’exposition de Sosno se poursuivra jusqu’au 15 janvier 2008.     


 


Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com