Wu Jin Feng (Spécialiste de la broderie chinoise) : De fil en aiguille pour raconter une passion éternelle





Dans la salle d’exposition des œuvres de broderie chinoise, Mme Wu Jin Feng s’est installée devant son métier pour broder cette fleur d’amitié sino- tunisienne. Souriante, elle a essayé d’expliquer quelques techniques de la broderie de Suzhou à ceux qui ont choisi de faire un tour au Musée National du Bardo avant-hier. Une belle et bonne leçon pour les artistes et les artisans.


 


Entre ces fleurs qui se sont épanouies sur les murailles du Musée national du Bardo et face à cette chatte qui pose paresseusement comme si elle contemplait le va-et-vient, Mme Wu Jin Feng a pris sa place, choisissant de poursuivre son travail et de continuer à broder cette fleur. La fine aiguille entre le bout de ses petits doigts, cette brodeuse chinoise a poursuivit tranquillement et attentivement son travail, dessinant à l’aide de points colorés une belle fleur, tirée des célèbres jardins de Suzhou.


Devant son métier où elle a étalé un morceau de soie et a exposé une palette de fins fils de couleurs gaies, les visiteurs du Musée du Bardo ont choisi de faire escale pour contempler le doigté et le savoir-faire artistique et technique de Wu Jin Feng, l’une des artisanes confirmées sur le catalogue de la broderie de Suzhou.  Trente ans déjà de passion et de patience sans bornes, cette brodeuse est aujourd’hui au summum de son art…


Une perfection et finesse dans l’exécution ont permis à cette chinoise d’être la reine du fil et de l’aiguille. Un royaume fait de roses, d’arbres, de pétales…et d’oiseaux qu’elle esquisse avec un grand amour. «J’ai commencé à broder à l’âge de vingt ans, cela veut dire que j’ai aujourd’hui plus d’une trentaine d’années de carrière. Avec chaque tableau, je brode une nouvelle et belle histoire, je lève un défi technique, artistique…car ce n’est jamais facile d’achever une œuvre qui nécessite des mois de travail ardu et attentif», nous a expliqué Mme la brodeuse avec un grand sourire devant la genèse d’une œuvre de broderie de Suzhou. Et d’ajouter «Le plus délicat dans l’exécution d’un tableau de broderie consiste dans le choix exact et délicat les tons et nuances pour arriver à l’image finale. D’ailleurs, pour obtenir l'effet artistique désiré, on subdivise un fil ténu de soie en 2, 4, 6, 8, voire même 48 brins, chacun étant aussi fin qu'une seule fibre de soie. Et c’est grâce à ces minutieuses subdivisions que nous parvenons à broder tous les détails d’un dessin comme c’est le cas pour cette fleur».


Et pour que toutes ces petites explications soient bien fondées, Mme Wu Jin Feng a sélectionné un fil de cette large palette exposée sur son métier et elle a commencé à faire ces petites subdivisions devant les yeux éblouis, fascinés et curieux des touristes et des tunisiens… On essaie de poursuivre les mouvements de ses mains pour voir le fil qui est devenu invisible. Etonné, on échange des regards, tentant de voir ce fil magique et mystérieux. Pour cette artisane de talent, le fil est toujours exploitable et mérite beaucoup de travail pour trouver le ton souhaité pour terminer la broderie. C'est avec cette fine soie et en utilisant diverses nuances de couleurs que Wu Jin Feng a brodé les minces pétales de la rose, du pavot et de la balsamine et avec un fil gros les pétales épais de cette belle fleur d’un réalisme surprenant qui a mis déjà trois mois pour arriver à cette étape avancée.


 


A la découverte de la broderie tunisienne !


Artisane professionnelle, Mme Wu Jin Feng n’a pas loupé cette visite en Tunisie pour se faire une idée sur le tissage des tapis et la broderie en Tunisie. Sa première visite à Kairouan, très réputée par la qualité de ses tapis et le doigté de ses artisanes, et à Sousse où elle a découvert quelques produits d’artisanat, l’a beaucoup marqué au point qu’elle n’a pas pu cacher son admiration. «C’était vraiment très beau et j’ai beaucoup apprécié les motifs et les techniques surtout que le travail est exécuté verticalement par rapport à la broderie et ça demande des efforts énormes. Je suis vraiment ravie et même inspirée», nous a confié cette brodeuse chinoise sur un ton jovial, demandant des explications sur les techniques de la broderie traditionnelle en Tunisie. Et c’est à l’un des cadres du Musée national du Bardo de fournir la réponse exacte en ramenant deux modèles de métier utilisé dans la broderie traditionnelle tunisienne.


Intéressée par l’idée et curieuse, Mme Wu Jin Feng a essayé d’appeler ce métier par son nom initial et comme le veut le dialecte tunisien. Elle n’a cessé de répéter «gorguef» avec son accent chinois en essayant de faire un petit essai pour saisir quelques secrets de la technique tunisienne.


Guidée toujours par ce désir de savoir le maximum sur les différents points de la broderie tunisienne, elle a demandé qu’on lui fasse un petit essai sur la manière de manipuler l’aiguille dans les différentes sortes de points.


Pour l’apprentissage de la broderie chinoise, cette talentueuse brodeuse nous a souligné que chaque classe doit impérativement se composer de deux élèves, «uniquement deux pour que l’enseignante puisse se concentrer et leur léguer tous les secrets de cet art ancien», nous a précisé Mme Wu Jin Feng. Et ce n’est pas loin de l’expérience traditionnelle tunisienne où les petites filles fréquentaient la maison d’une talentueuse brodeuse pour apprendre ce métier, une expérience connue comme «Dar elmaâlma». Quant à celles de la nouvelle génération qui n’a aucune idée de cette expérience traditionnelle, elles n’ont qu’à ouvrir l’album de souvenirs de leurs mères ou plutôt de leurs grands-mères.  Quant à notre invitée, elle continuera sa visite et elle débarquera à Hammamet où elle souhaite découvrir de près la broderie nabeulienne.


 


Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com