Le rôle des jeunes au sein de la famille : Actifs pour les uns, passifs pour les autres





Vivre sous le même toit entraîne forcément tensions, désaccords et disputes. Même dans les familles les plus unies, des conflits éclatent parfois entre les deux parents, entre frères et sœurs ou encore entre parents et enfants. Même si ces moments de crise sont parfois nécessaires voire sont d’un apport positif, ils ne doivent pas devenir un mode de vie d’autant plus que cela affecte tous les membres de la famille! Tantôt, ce sont les enfants qui jouent le rôle de médiateurs, tantôt, ce sont eux les fauteurs de trouble… Qu’en disent justement les jeunes ?


 


Tunis-Le Quotidien


Tous les enfants et les jeunes ont besoin d’une atmosphère familiale saine et stable pour pouvoir vivre normalement, s’épanouir et avancer dans la vie. Le foyer familial est censé être cet endroit douillet et chaleureux qui permet de se ressourcer, de se sentir protégés, aimés et à l’abri de tout. Or, plusieurs personnes paniquent rien qu’à l’idée de rentrer chez eux ! Ils savent que la tension y règne en maître absolu. Certes, les conflits sont souvent inévitables, notamment dans le couple. Mais s’ils sont un mauvais moment à passer, ils constituent également une forme de communication qui peut être constructive. Une dispute peut même être un épisode positif dans la relation dans la mesure où elle permet à l’un et à l’autre de dissiper les conflits… Une fois n’est pas coutume, dit-on. Si ces altercations se font rares, cela passera sans laisser de séquelles. Mais si le mot d’ordre à la maison rime avec tension, l’on se sent désemparé, essoufflé et déprimé. Certains jeunes disent d’ailleurs qu’ils se sentent déchirés entre les deux parents. Il leur est vraiment difficile de recoller ces deux morceaux détachés… Toutefois, certains parents élèvent leurs enfants avec une certaine souplesse et avec une liberté d’expression. Ils pensent que plus l’enfant croît dans une atmosphère libre et exempte de toute pression, plus il s’épanouira, sera équilibré et aura la capacité d’affronter la vie avec ses propres armes et ses propres ressources. Ce genre d’enfants maintiennent une relation presque amicale avec leurs parents et se confient à eux avec une grande aisance. Mais cette d’éducation donnera généralement naissance  à un enfant très peu discipliné qui aura du mal à se soumettre à l’autorité ou à une quelconque tutelle.


D’autres parents en revanche, optent pour la méthode classique de l’austérité et de la discipline. Les enfants ayant reçu une éducationsévère, manqueront d’épanouissement et auront du mal à se confier et à s’extérioriser. Frustrés, ils n’auront jamais l’audace qu’il faut pour affronter leurs géniteurs et de briser les tabous. Toutefois, même si aucune recette miracle en matière d’éducation ne soit possible à prescrire, il est toujours plus prudent d’opter pour la modération. Un enfant discipliné et qui jouit à la fois d’une bonne marge de liberté aura un plus grand sens de discernement qu’un autre ayant reçu une éducation trop dure ou au contraire trop libérale. Il saura même jouer un rôle de médiateur si un conflit entre les deux parents éclate. Cependant, un autre enfant très gâté, ne prendra pas la peine d’intervenir, lui qui est habitué beaucoup plus à prendre qu’à donner…Paradoxalement, celui qui a reçu une éducation trop sévère ne s’avisera jamais de tenter de recoller les morceaux, il sait d’avance qu’on lui coupera la parole et qu’on ne lui donnera pas le droit de s’exprimer. Et entre les uns et les autres, il y a des enfants qui jouent aux fauteurs de troubles. Ce sont eux qui sont à l’origine des conflits familiaux…


Ahmed, 18 ans, semble avoir reçu une éducation équilibrée. Si le jeune homme a le droit d’intervenir sur certaines décisions familiales et s’il a le droit de donner son avis, il a très rarement le droit d’intervenir dans les problèmes du couple parental.  « Lorsque j’étais petit, mes parents m’incitaient toujours à parler et à m’exprimer. Ils me parlaient sans cesse de mes droits et de mes devoirs. Toutefois, je n’avais pas carte blanche pour m’immiscer dans leurs affaires de couple. Ils se faisaient discrets et c’est à peine si je me rendais compte que quelque chose cloche entre eux. Je pense que c’est mieux ainsi. D’ailleurs si j’avais le droit d’intervenir, je serais obligé de prendre partie avec l’un d’entre eux. Cela risque de me mettre dans une situation embarrassante surtout s’ils arrivent à débloquer la situation. J’aime mes deux parents et je ne veux pas avoir des problèmes avec l’un d’eux. Mais en revanche, mis à part les problèmes de couple, j’ai le droit d’exprimer librement mon avis sur des décisions familiales et surtout les décisions me concernant », dit-il.


Ghassen, 18 ans, est le chouchou de la famille. Benjamin, le jeune homme a toujours l’appui de ses parents pour parler et exprimer ses idées. «Ce sont plutôt mes frères et sœurs qui me regardent d’en haut étant donné que je suis le plus jeune, mais mes parents me laissent la liberté de m’exprimer comme je veux. Tout en grandissant, j’ai donc toujours eu le droit d’intervenir dans toutes les décisions familiales et j’ai même le droit de donner mon avis lorsqu’il y a un problème entre mes deux parents. En outre, on ne m’a jamais blâmé lorsque je disais quelque chose de faux ou que je me trompais. Mais, on essaye de m’expliquer pourquoi ce que j’ai dis est faux et ils ne ma lâchent qu’après avoir longuement discuté avec moi et après m’avoir expliqué où résident mes erreurs. Cette éducation que j’ai reçue a fait de moi une personne épanouie, utile et extravertie et c’est à mes parents que je dois tout cela», dit-il.


Hamza, 18 ans, semble avoir son poids au sein de la famille dont il est l’aîné. Ses parents lui font part de presque tout. «La différence d’âge entre moi et mes parents n’est pas énorme. Leur esprit est plutôt jeune et ils ont toujours maintenu ouvert le canal communicatif. Par ailleurs, ma mère se confie beaucoup à moi et moi je ne lui cache rien. Donc lorsqu’il y a un différend entre elle et mon papa, je suis aussitôt mis au courant et joue au médiateur. J’ai appris à réfléchir et à bien analyser les choses. De plus, je peux voir leur conflit avec plus d’objectivité parce que je ne suis pas directement concerné. Je vais donc les voir chacun séparément et je joue au médiateur. Trois fois sur quatre, j’arrive à résoudre le problème et je me sens donc très fier d’avoir rétabli l’ordre. Et puis, je  trouve plaisir de les voir m’écouter et suivre mes conseils. Je participe aussi aux discussions familiales et aux prises de décisions», dit-il.


Saïf, 18 ans,  est le plus jeune de toute la famille. Contrairement à ses frères, le jeune homme n’a pas le droit de prononcer un mot devant ses géniteurs. Eduqué dans la discipline la plus totale, le jeune homme est devenu introverti et cela lui a causé d’ailleurs des difficultés au niveau communicationnel et interpersonnel. « Je suis le benjamin. Je me souviens que j’avais tout le mal du monde à prononcer un mot lorsque j’étais petit. A chaque fois que j’essayais de donner un avis ou même de parler, on me faisait taire, soi-disant parce que j’étais trop petit et que mon avis ne comptait pas. Pour eux, je ne comprenais rien et je n’avais pas le droit d’assister aux réunions pour résoudre un problème de taille. Au début, je faisais quelques tentatives, mais petit à petit, j’ai pris l’habitude de rester silencieux…Mon silence est devenu mon monde à moi. Maintenant et bizarrement, on me reproche mon désintérêt vis-à-vis des problèmes familiaux. On me reproche d’être trop discret, silencieux et introverti !! Pourtant je ne suis que ce qu’ils ont fait de moi ! D’ailleurs, même en classe je ne participe que très rarement, j’ai toujours de mauvaises notes à l’oral et j’ai d’énormes difficultés à m’extérioriser et à maintenir une discussion avec les amis », dit-il.


Ghazi, 19 ans, a plus de chances que Saïf. Le jeune homme est l’aîné et il a un rôle au sein de sa famille. « J’ai une seule sœur et bien que je sois l’aîné, elle a autant de droit que moi de parler et de s’exprimer. Nous sommes éduqués de façon plutôt libre et il m’arrive souvent de résoudre des problèmes entre mes parents. J’ai toujours eu le droit d’exprimer mon avis et de parler sans jamais avoir peur », dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com