Exposition : L’art de circuler avec passion





L’Espagnol d’origine, Diego Sarrio, a prêté, le temps d’une expo et pour la bonne cause, la cour de la bibliothèque diocésaine (des sciences et des religions), qu’il dirige depuis 2001 à l’artiste français Gilbert Descossy.


 


Du 5 au 19 janvier 2008, les travaux d’une foule de jeunes photographes et peintres tunisiens seront accrochés sur les murs de l’espace sis à la médina. Et d’une pierre plusieurs coups car la trouvaille n’est pas mal du tout  s’agissant  de la promotion de  l’art et de nouveaux talents de chez-nous.


Asma Ben Chedli, Bochra Bouneb, Amira Hammami Jedidi, Hédi Khelil (pas l’universitaire, critique et écrivain qu’on connaît  mais un jeune de 23 ans à plusieurs casquettes artistiques), Mohamed Ben Soltane et Anis Menzli sont  de la partie et les heureux hôtes de cette ancienne école de filles, appelée aussi l’école des  sœurs (la première destinée à la gent féminine, bâtie en 1840 et mettant fin à ses activités scolaires  en 1999), convertie il y a six ans en une bibliothèque  au service du dialogue des civilisations et des religions, que   fréquentent actuellement  étudiants et  chercheurs. L’espace compte pas moins de 25.000 livres en français, arabe et autres langues. Ainsi que des revues spécialisées dans les sciences et religions qu’on peut consulter du lundi au vendredi, de 9.00 à15.00 et le samedi sur rendez-vous.


Dans le désir d’ouvrir un peu plus la bibliothèque à la vie culturelle, la proposition de Gilbert Descossy a été validée par le jeune directeur. Une pareille idée ne peut   que séduire tout un chacun. L’opération est gratuite et non commerciale et les bénéfices de la vente des œuvres reviennent de droit aux artistes. Les jeunes s’en sortiront, de toute manière, satisfaits et  gagnants à tous les coups. «Espoirs» est le nom de cette exposition qui s’inscrit dans une démarche  libre. «J’ai suivi la trace artistique de ces jeunes. Sur notamment  les coupons de la presse. Je les ai détectés à la fac et ailleurs. A mon avis, ces jeunes, par leurs recherches plastiques contemporaines, seront les artistes de demain. Pour cette première du genre, pas de thème précis. Chaque artiste s’exprime à sa façon et chacun a une part des murs prêtés», raconte M. Descossy, parrain des artistes du monde.


Et d’ajouter : «J’ai aujourd’hui  61 ans et je vis de ma retraite. Mon but est de réunir les artistes, de rassembler et de partager les savoirs. Ma démarche réside dans un engagement un peu particulier, celui du citoyen peu importe son origine. Dans le monde, il vaut mieux s’unir que de faire la guerre. On naît tous et on meurt tous et nous sommes tous pareils. Mon idée est de combattre la haine entre les citoyens.


En réunissant les jeunes artistes, j’ai l’impression qu’ils apprennent à mieux se côtoyer et surtout à éviter les différends… et les bombes.  Ceci, je l’ai fait déjà  auparavant, (2002-2003)  et à deux reprises en Mauritanie. Mais bien avant, à Paris des années 1970, j’ai monté une exposition collective  au garage Renault du 18ème arrondissement. C’était  avec 15 artistes peintres de Montmartre,  dont quelques-uns sont très connus de par le monde des arts». L’artiste s’y plaisait et a fini par y prendre goût.  L’aventure a suivi son cours au bonheur des amis artistes au point d’ouvrir  son propre appartement. «Tous les six mois, je montais pendant sept ans des expos et c’était chez moi, au salon de mon appartement de Paris».


L’artiste français est aussi un Sindbad exercé qui refuse l’immobilité et la stagnation. Il aime, le plus clair de son temps, se promener dans l’espace terrestre et surtout se frotter aux gens et créateurs. Il  connaît bien évidemment  notre pays, pratiquement comme sa poche, et même les artistes de chez-nous les plus ou moins côtés. «En France, je me suis trouvé une fois avec Meriem Bouderbala  dans le même espace .Où, on a exposé  côte à côte nos œuvres. J’ai aussi rencontré  dans pas mal de manifestations culturelles  à l’étranger, Tahar El Bekri, le poète de Tunis  résidant en France», raconte-t-il.


Sur son faible pour l’Afrique du Nord,  le professeur et éternel étudiant a toute une histoire  à raconter. Cela  remonte au bon vieux temps. Flash-back.


«En 2004-2005, je suis arrivé à  Tunis pour apprendre l’arabe à Bourguiba school . C’était juste après ma retraite. Mon dernier poste était  dans une école parisienne. Le premier était à Caen alors que je n’avais que 21 ans. A 23 ans, j’ai été coopérant en Algérie. C’était à l’époque de Boumedien. Depuis, j’ai eu le coup de foudre pour le Maghreb. J’ai apprécié le brassage des cultures dans ces pays. Plus tard, je passais quasi tous mes Noëls au Maroc. En 1997, je me suis intéressé à la Tunisie. Il faut dire que j’ai découvert ce pays un peu plus tôt. En 1972, je suis resté un mois à Monastir où mon frère résidait. Lui aussi était comme moi coopérant dans l’enseignement. Quelque temps après, j’ai séjourné  les trois mois des  grandes vacances à Djerba», se souvient le Citoyen du monde (pour de vrai puisqu’il est en possession de cette carte symbole).


Puis le voilà de retour depuis six mois et cette fois-ci, pas comme touriste, mais pour changer sa manière de voir le pays en y vivant et pour le sentir. Mieux sentir les lumières qui ont captivé le regard de plus d’un artiste notamment Paul Klee. L’homme s’occupe aussi en bénévolat de tout ce qui touche à l’univers livresque. On peut le trouver dans la semaine soit à la bibliothèque de Carthage de Tunis soit à la bibliothèque du 9 rue Sidi Saber… Le reste de son temps, il le consacre à l’art. Il hume la pierre de notre histoire et s’imprègne de notre culture et écrit dans la langue d'El Moutanabbi.


A  son âge, il se remet sur les bancs de l’école. Comme X temps quand il était dans la région de Perpignan, où il passait le plus clair de ses heures à dessiner. A Bourgoin Jallieu (le pays du rugby), il continue à donner libre cours à son imaginaire sans frontières. «C’est là-bas que j’ai eu de la chance d’avoir un instituteur qui était peintre et l‘un des  premiers des fondateurs de la Société de Amis de Arts de la commune. Il m’a mis sur le bon chemin. A 13 ans, j’ai fait ma première expo et puisque je n’étais pas un bon élève, j’ai fait un raccourci. Après le brevet aux Beaux- Arts à Lyon, j’ai passé un concours sans avoir le bac. C’est ainsi que j’ai intégré  l’enseignement», raconte M.Gilbert qui aime de temps à autre s’exprimer en arabe tunisien, algérien et parfois avec un accent du Maroc. C’est ainsi qu’il sympathise avec les gens du pays et avec ceux qui ont besoin d’un coup de pouce.  Lui, généreusement, il  tend la main  aussi à ses cadets sans compter. L’essentiel est de les aider à s’épanouir dans leur passion.  


 

Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com