Les jeunes et l’indulgence : La tolérance, une grande vertu, mais…





Certaines personnes ont une grande capacité de pardonner. D’autres tiennent rancune. Et entre les unes et les autres, il y a celles qui ne sont pas indulgentes avec tout le monde. Elles ferment l’œil sur certaines erreurs. Mais pour les unes comme pour les autres, il est toujours difficile d’avoir le cœur totalement net et de continuer comme si de rien n’était. A quel rang appartiennent les jeunes ? Sont-ils indulgents ?


 


Tunis-Le Quotidien


De grandes valeurs s’incrustent en nous grâce à une bonne éducation, à la morale et à la foi dont l’indulgence et la tolérance. L’être humain qui possède une grande bonté est doté d’une grande noblesse qui ne laisse pas de place à la rancune et aux ressentiments. Toutefois cette tolérance, bien qu’étant une vertu, peut causer à la personne une grande souffrance dans la mesure où tous les autres la considèreront comme un être naïf, permissif et qui ne fait jamais de contre-offensive. Non seulement cette indulgence poussée à son extrême permettra aux autres de commettre des erreurs, mais elle les pousse également à considérer la personne tolérante comme la cible idéale de leur malveillance. D’ailleurs, par ces temps modernes où la matière règne, certaines personnes font tout pour parvenir à leurs fins même si c’est au détriment d’autrui. Ces gens, la fin justifie toujours les moyens. Ils peuvent dès lors aller jusqu’à piétiner tous ceux qui se mettent à l’encontre de leurs intérêts, quitte à ce qu’ils leur causent gratuitement du tort. Ces préjudices et les dommages moraux et matériels que subissent les «victimes», créent des ressentiments et des rancunes. En revanche, si le mal subi ne les affecte pas profondément, les victimes peuvent toujours se montrer indulgentes et passer l’éponge. Toutefois, certaines n’ont pas la capacité d’oublier, on leur fait tellement mal qu’elles sont rongées par le désir de vengeance. Si les offenses laissent de profondes séquelles, il est difficile d’oublier. Bon nombre de personnes dont les jeunes, choisissent cependant de jeter les torts subis aux oubliettes. Ils sont incapables de porter rancune, mais ils sont également incapables de se montrer indulgents. Ils choisissent de rayer les «malfaiteurs» totalement de leur vie. Ils ne veulent pas répondre au mal par le mal. La tolérance est certes une grande vertu, mais paradoxalement, le fait de toujours pardonner et de s’armer de patience et de clémence, peut être considéré par les autres comme un signe de faiblesse et de vulnérabilité. Par ailleurs, le fait d’être indulgent à tous les coups peut être une preuve d’une indifférence totale vis-à-vis de l’adversaire. «L'indulgence est la pire forme de l'indifférence...», dit Pierre Veber.


 


Dhafeur, 16 ans, se montre tolérant tant que le mal subi n’est pas voulu par l’autre ou encore s’il n’est pas vraiment important. « On ne peut pas être très rigoureux avec tout le monde. Tout être humain est capable de se tromper et on doit apprendre à fermer l’œil sur certaines erreurs dans la mesure où je suis moi-même capable de me tromper. Mais, si quelqu’un me fait mal de façon voulue et préméditée, je suis incapable de lui pardonner. C’est le cas si on me trompe, qu’on me trahisse, qu’on m’indigne, qu’on touche à ma fierté, à mon honneur et aux membres de ma famille, etc. Je ne peux pas comprendre pourquoi certaines personnes sont si méchantes, donc je ne peux pas tolérer tant que je ne peux pas admettre les raisons qui poussent certains à me faire du mal. En outre, j’ai remarqué que plus nous sommes jeunes plus l’on a un manque de discernement et plus on est donc capable de se tromper. Et bizarrement, plus on se trompe, plus on ne peut pas pardonner. Le temps et l’âge dotent l’être humain de compréhension, cette indulgence n’est pas le point fort de la jeunesse parce qu’on n’a pas encore suffisamment mûri», dit-il.


 


Jalloul, 18 ans, reconnaît avoir un tempérament assez sévère surtout vis-à-vis des personnes qui comptent vraiment dans sa vie. «Si un inconnu me cause du tort, cela ne me fait mal qu’instantanément. Il suffit d’un peu de temps pour que j’oublie cet incident. Je peux ne pas riposter du tout. Si cet inconnu me cherche toutefois, il faut bien que je me défende. Cela dit, s’agissant de quelqu’un qui compte énormément pour moi, je me montre assez rigoureux surtout que je le fréquente sans arrière-pensées avec lui. Lorsque je me donne à fond pour quelqu’un et qu’il me récompense en me faisant du mal, je ne peux pas me montrer indulgent. Cela m’affecte à un degré tel qu’il m’est impossible d’oublier et de passer l’éponge. Je peux pardonner, mais cela est difficile à oublier. Certes, cela ne veut pas dire que je suis sévère à tous les coups, certaines erreurs sont  pardonnables si elles ne sont pas préméditées. Mais si mon vis-à-vis cherche délibérément à me faire du mal, je ne peux pas oublier ni pardonner et je ne lui donne pas une seconde chance. Si j’ai appris une chose dans la vie, c’est qu’il est inutile de se donner la peine de recoller les morceaux brisés. Si cela ne marche pas une fois, il vaut mieux passer à autre chose parce que si on tolère une erreur et que l’autre considère cela comme un signe de faiblesse, il va  le refaire et je ne peux pas supporter deux coups venant de la même personne parce que là, ce n’est plus la faute de cette personne», dit-il.


 


Mohamed, 22 ans, étudiant, dit aussi qu’il est incapable de faire passer la trahison voulue et calculée. « Parfois quelqu’un nous fait mal sans le vouloir. Il est possible qu’il soit lui aussi passé par de mauvais moments. Il se peut qu’il ne m’ait pas ciblé. C’est très facile de condamner une personne. Il faut être parfait ou bien méchant pour oser condamner. Or nul n’est parfait sur terre et je ne pense pas qu’un être humain soit totalement méchant pour ne pas se montrer indulgent avec les autres. Toutefois, parfois la méchanceté des autres est telle qu’ils sont capables de commettre des crimes. J’ai entendu parler de personnes qui ont été complètement anéanties par les autres et le comble c’est qu’il n’y a pas vraiment  une raison qui vaille tant de haine et de mal. Je dois reconnaître que l’indulgence et le pardon sont des vertus qui sont difficiles à atteindre. Il faut être vraiment bon et fort pour pardonner», dit-il.


 


Aymen, 24 ans, maîtrisard,  ne peut pas tenir rancune. Le jeune homme est persuadé que seules les personnes parfaites ont le droit de juger et condamner, or nul n’est parfait. «Pour moi, et comme l’a dit Victor Hugo : « la véritable indulgence consiste à comprendre les fautes qu’on ne serait pas capable de commettre ». Que dire alors si l’on se montre incapable de comprendre des erreurs que nous aussi nous commettons. Les êtres humains continueront à subir le courroux de Dieu tant qu’ils ne savent pas se pardonner entre eux. Certes il est difficile de pardonner des erreurs qui nous paraissent criminelles et que nous ne sommes, normalement jamais capables de commettre, mais aucun être humain n’est au-dessus de l’erreur. La faute est humaine et Dieu le Tout-Puissant pardonne, alors que dire de nous, simples créatures bourrées de défauts !  En outre, si on ne pardonne pas, on va tenir rancune et si cette rancune atteint son pic, on va vouloir se venger. Or nul n’est capable d’être totalement juste et équitable en se vengeant. La vengeance est un réel cercle vicieux. L’un et l’autre vont se mettre dans une position d’hostilité qui ne finira jamais et chacun sentira que l’autre a été injuste. Ne vaut-il donc pas mieux qu’on se pardonne entre nous pour que le Jour du jugement dernier, Dieu nous pardonne. Je pense que c’est là où réside la force de l’être humain. Il faut qu’il ait une grande capacité de pardonner puisqu’il ne peut pas arrêter de commettre des erreurs. Ainsi au moins, il pourra peut-être s’approcher le plus possible de la perfection»,dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com