Amel Cherif : La bricoleuse de l’imaginaire





Sur les pas d’Amel Chérif, emprunter le chemin de corail qui vous conduira dans les méandres de son imaginaire poétique en vous faisant louvoyer entre le réel et l’irréel, entre le rêve et la réalité, jusqu’au «silence du bout du monde».


 


La poésie d’Amel Chérif aura ainsi accompli sa fonction créatrice car, lorsque vous serez arrivé au terme du chemin de corail, elle aura fait de vous «un bâtisseur d’amour “», écrit l’artiste-peintre française et poète Gabrielle Clerc, présidente d’ «Arles, Terre de Poésie», et déléguée de la «Société des poètes français» sur Le Chemin de Corail paru, il y a quelques jours aux éditions l’Or du Temps. Une opinion d’une vraie pro dans la matière.


L’auteur n’est que l’universitaire Amel Chérif. Une des rares poétesses tunisiennes qui connaît la langue  de Molière comme sa poche. Mieux encore. Elle la recrée, en enfantant de ses arcanes de nouveaux mots portant sa marque de fabrique. Des mots qu’elle berce tendrement dans son imaginaire. Des mots qu’elle nourrit de son âme et de sa foi, qu’elle voile de son mystère et drape de son intelligence. En imprégnant de son talent ses délires savants, les  mots  prennent en cours de route des  sens  qui sortent des sentiers battus dans un virage de rimes et de refrains gorgés de métaphores à souhait. Un talent d’une femme dont la sensibilité est à fleur de peau. Une femme ni orientale ni occidentale mais les deux à la fois. Une femme qui dégage le souffle du romantique et du rationalisme.


Dans son  récent recueil de poésie de grand format, il y a  beaucoup à apprendre. De sa grande culture: un immense réservoir intarissable. Elle est capable, et dès les premiers jets de  vous magnétiser et vous «prendre la tête» dans un autre univers qui sort de ses tripes, qui a des racines bien de chez-elle et des branches touffues de vers et de retrouvailles venant de tous les cieux et de tous les temps.


Dans son poème Chott Meriem, Amel Chérif vole de ses propres ailes et survole les nuages sans quitter du regard cette bourgade  du Sahel de sa Tunisie natale: «Ciel terre unis éphémères, avec toi notre voyage, dans le sable lumière ocre, sous le halo languissant des grenadiers, nous respirons le vertige de l’écume». Ici, la poétesse, suspendue entre réel et irréel, creuse dans la nature et sculpte généreusement des stries de la vie la multiplicité des choses. De ses errances, nous tirons quelques mèches qui voguent dans le vent  avec un nuage de   graines du sable,  dans une prière infinie noyée dans son Eau de Vie : «je sombre dans mon verre et fonds dans ton corps, mon regard brûle de l’eau qui coule dans ta gorge. Et si poussière tu deviens, je porterai mes larmes sous les cendres de tes os et ferai de notre couche une île de lumière», souffle madame. Dame de fugitive et prodige aussi dans son autre poème Femmes. Ses femmes sont des trésors et des mirages, des rebelles et des esclaves mais aussi «terre d’exil, terre d’oubli, femme de l’absence. Pourquoi te courbes-tu ? Je réponds à toutes les larmes de ta terre endeuillée par un seul mot d’amour». Puis de claquer la porte au nez de toutes et tous, d’enjamber toutes les dalles de marbre, et les hordes des jours stériles en quête d’un nouveau monde. Dans un voyage entre les( Porte Bleue, Isis, Voyage dans la nuit, Mont Anthos, Hydra, L’Absence, Le Vieux Port, Infinie attente, Rupture, et autres bribes de Lacération, Mauvais rêve…), la poétesse bricole sa Délivrance , De la Joie, La prière…avant d’échouer sur des plages paisibles et des berges muettes. Dans  un silence qui promet. Le silence de la méditation. Un océan de visions écrit avec des fragments de terre et d’esprit, écrit avec l’encre de sa moelle sur la rosée immaculée du désert. Peut être en attendant des jours meilleurs. C’est en tout cas ce que se dégage de ce recueil de poésie chargé d’espoir et d’une palette de réflexions, d’une corbeille qui fleure bon le visionnaire. Ce que du moins souhaite et pense à haute voix notre poète qui sur un autre ton esquissé à flots quelque chose qui ressemble à des femmes, à des hommes, à des gribouillages…qui invitent à penser sur l’avenir.     Le Chemin de Corail coûte 15 dinars et disponible da nos librairies. Pour ceux qui demandent un exemplaire relié et numéroté (de 1à100), c’est à 40 dinars. Et ça vaut le coup. On le lit d’un seul trait, puis on y revient avec bonheur à chaque fois que l’occasion se présente. Une référence sous la main et qui vaut le coup. Pour tous les coups qui incitent le monde à réfléchir. Un dernier mot: nous avons apprécié cet écrit qui sort du lot. Ici c’est de la poésie qui s’est quasiment éclipsée depuis un bon bout de temps. Où on voit beaucoup des poètes mais très peu de poésie.


     

Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com