Souk El Blat entre phytothérapie et sorcellerie: Randonnée dans un lieu magique de croyances populaires






Souk El Blat de Tunis semble retrouver ses grands moments de  gloire. Dans ce lieu aussi magique qu’étrange, où des herboristes proposent des plantes aux vertus curatives, des caméléons ou des tortues vivantes perpétuant des vieilles croyances populaires, jeunes cadres, hommes d’affaires et femmes au foyer se bousculent à longueur de l’année.


 


Tunis-Le Quotidien


Des plantes aromatiques qui  soignent les états grippaux telles le thym et le romarin aux décoctions mystérieuses conseillées aux femmes souffrant de stérilité en passant par les cornes de gazelles censées «crever le mauvais œil», des apothicaires, pharmaciens d’un autre âge qui prétendent soigner toutes les maladies, vendent toutes sortes d’herbes à Souk El Blat.


Cet endroit situé près de la grande mosquée Ezzeitouna, en plein cœur de la Médina continue à survivre malgré les incroyables avancées du  système de santé en Tunisie.


Mieux, ce souk, un temps délaissé, semble retrouver ses grandes heures de gloire. «Des hauts cadres, des hommes  d’affaires et  même des touristes étrangers sont de plus en plus nombreux à fréquenter le souk à la recherche d’une plante rare qui guérit la stérilité ou d’animaux objets de croyances populaires», souligne Hadj Abdessattar, tenancier d’une petite échoppe à l’entrée du souk.


 


A l’origine était la nature


Outre les gens ordinaires, les guérisseurs trouvent dans cet endroit traversé par une grande allée sur laquelle débouchent de nombreuses  ruelles serpentiformes toutes sortes de plantes médicinales.


Des herbes mystérieuses telles la «zriga» sont connues pour combattre les inflammations intestinales, tandis que la «changdoura» est censée soigner la stérilité féminine.


Selon Hadj Abdessattar, la réputation de cette «plante-miracle» a dépassé les frontières de la Tunisie.


«Cette herbe qui pousse sur les sols sablonneux dans le Sud de la Tunisie est très populaire auprès des touristes allemands et français», révèle-t-il, précisant qu’elle est proposée à trois dinars  le sachet de 50 grammes.


Pourtant, l’efficacité de la «changdoura» n’a jamais été prouvée scientifiquement.


«A l’origine était la nature. Nous sommes prêts à livrer ces plantes pour les laboratoires. Leur efficacité est incontestable», rétorque Nabil, un jeune herboriste de 32 ans dans un français sans accent  sous l’œil émerveillé d’un groupe de touristes français.


Les acheteurs d’herbes magiques et de «petites bestioles» comme les caméléons et les tortues sont issus de toutes les couches de la société. «Ici, au moins on est sûr que ces plantes n’ont pas d’effets indésirables», lance Anouar, surexcité. Ce jeune fonctionnaire diplômé de l’enseignement supérieur est un féru des plantes médicinales, objet ces dernières années  d’un regain d’intérêt en Tunisie et un peu partout dans le monde.


Les plantes médicinales ont été l’objet de recherches aux facultés de pharmacie tunisiennes et un recueil sur leurs bienfaits a même été édité.


Plus récemment l’Institut des zones arides de Médenine a lancé des recherches sur les herbes aux vertus curatives qui poussent dans le Sud tunisien.


 


Walid Khefifi


 


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De l’usage «cruel» des caméléons et des tortues


 


A Souk El Blat, il n’existe qu’un pas entre la phytothérapie et la sorcellerie.


Certains “pharmaciens” n’hésitent pas à le franchir.


Des caméléons vivants emprisonnés dans des petites cages sont proposés aux gens superstitieux et craignant le “mauvais œil”.


Généralement l’animal finit par être dans un “kanoun”  (récipient en terre cuite contenant du charbon incandescent) pour “éloigner la poisse et détourner les maléfices des envieux”  ou égorgé devant la porte “pour protéger la maison du mauvais œil”.


Quant à la tortue, elle est souvent placée morte ou vivante à l’entrée de la maison pour retenir le mari volage chez lui. Cette espèce dont le commerce est interdit par la loi est ainsi censée raffermir les liens entre les époux coureurs de jupons et leurs douces moitiés. Quoi de plus étrange!


 

W.K.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com