«Portrait du colonisé, précédé de portrait du colonisateur» : Khelil traduit Memmi






Une odeur d’encre fraîche se dégage du livre édité par la prestigieuse Maison arabe du Livre «Portrait du colonisé, précédé de portrait du colonisateur» un classique de la langue française traduit en arabe.


 


Ceux qui ont eu le luxe de lire le livre d’Albert Memmi et d’observer entre les interstices des mots la subtilité de l’écrit de son auteur initial mais aussi ses défaillances que de nombreux critiques ont relevées, seront certes, enchantés par la parution de cet écrit universel dans la langue arabe.


Un événement de taille, il faut dire, puisque le directeur actuel de la Maison arabe du livre, M. Mustapha Attia, nous a expliqué qu’ils ont dû «avoir l’aval de l’éditeur français de 1985, Gallimard». On a fini par opter pour la plume de Hédi Khelil en sa qualité d’universitaire et d’éminent intellectuel, très au fait de l’actualité littéraire dans le monde arabe et francophone. Celui-ci est allé à la rencontre de l’auteur tunisien de naissance qui réside actuellement en France, Albert Memmi. Rappelons-le, ce dernier est né en Tunisie en 1920, dans la Tunisie coloniale, là où il a été formé au lycée Carnot, à ses débuts, puis à l’université d’Alger. Memmi s’est retrouvé au carrefour de trois cultures, il a construit son œuvre sur la difficulté de se forger un équilibre entre Orient et Occident.


Son œuvre la plus connue demeure jusque-là «Portrait du colonisé, précédé de portrait du colonisateur», un essai théorique brossant ces deux images de l’opprimé et de l’oppresseur publié en 1957, et qui apparaît, à l’époque comme un soutien aux mouvements indépendantistes. Rappelons aussi que cette œuvre montre comment la relation entre colonisateur et colonisé les conditionne l’un et l’autre.


Hédi Khelil qui a traduit ce livre phare de la carrière littéraire de Memmi, observe beaucoup de modestie en confiant dans une note introductive que la «tâche n’était pas du tout facile pour lui».


Hédi Khelil a procédé à la traduction des préfaces signées par l’éditeur en 1961 et en 1966 ainsi que la préface de Jean-Paul Sartre.


Le lecteur est illico informé du tapage médiatique que la parution de ce livre a suscité. Mais surtout du bruit qu’il a engendré dans le milieu intellectuel. Khelil, dans la foulée, explique que le mérite de ce livre réside notamment dans le fait qu’il ait transcendé le particulier d’une situation, celle de dresser deux portraits du colonisateur et du colonisé, pour l’écumer dans l’universel en esquissant le portrait de l’opprimé, d’une manière générale, la répression constituant son quotidien forcé.


Hédi Khelil a dû aussi traduire certaines idées en les ré-organisant, sans pour autant trahir le sens et l’unité de l’écrit initial. Il invoque, dans ce cas, le fait qu’Albert Memmi a choisi «l’improvisation dans l’écriture» style de l’époque, qui fait que les idées se trouvent parfois éparpillées, telles des bribes éparses qu’il a pris le risque de rassembler.


«Portrait du colonisé, précédé de portrait du colonisateur» traduit dans la langue (avec la collaboration de l’Institut français de coopération) se prête à une lecture agréable.


Très beau livre, de grande valeur, pourtant non réservé à une élite intellectuelle. Car Memmi s’est exprimé dans une simplicité signifiante et évocatrice que Khelil a magnifiée en lui injectant de son style personnel.


Voilà donc l’exemple d’un livre d’actualité valable pour toute l’humanité puisque, comme l’avance le traducteur, il est publié en un temps où le colonisateur avec son visage de l’épouvante refait surface et où la machine de guerre qui spolie les terres et détruit les civilisations le fait sous forme d’une guerre préventive contre le terrorisme.



Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com