«Junûn» : Du théâtre au cinéma, c’est la contagion !





Qui a pu oublier Nun après ces longues années ? Nun, ce personnage emblématique de «Junûn» est de retour officiellement dans nos espaces.


C’est à partir de demain, sur l’écran de la salle «CinéAfricArt» que cette adaptation cinématographique de la pièce de théâtre éponyme verra le jour.


Et c’est l’événement de la semaine par excellence !


 


Figure incontestable du théâtre arabe contemporain, Fadhel Jaïbi fait de la créativité son seul et premier souci. Un homme de culture qui a su forger une nouvelle vision de l’art. Une vision qui se nourrit des longues années de recherches artistiques, de patience, de combats contre les préjugés et les clichés…et de ces multiples expériences menées ici et là. Cofondateur de la troupe régionale de Gafsa en 1972, directeur du conservatoire national d'art dramatique entre 1974 et 1978, cofondateur avec Jalila Baccar de la première compagnie privée tunisienne "Le Nouveau Théâtre de Tunis en 1976", auteur de plusieurs scénarios et directeur de plusieurs stages de formation à Tunis et à l'étranger,Jaîbi a réussi à lancer et à créer toute une école qui coupe avec cette tendance vers le mercantilisme et le gain facile, avec toutes les formes de marginalisation du rôle de l’artiste.


Fadhel Jaïbi, ce vieux routier des planches et de la scène a fait le printemps du théâtre tunisien avec plusieurs créations théâtrales où l’excellence est le seul mot d’ordre. «Comédia» (1991), «Familia» (1993), «Les amoureux du café désert» (1995), «Soirée particulière» (1997), «A la recherche de Aïda» (1998), «Junûn» (2001)…et d’autres œuvres de qualité ont ponctué le parcours d’un duo hors pair Jaïbi et Baccar,et de talentueux artistes qui ont rejoint Familia Production depuis sa création. Mais, Fadhel Jaïbi à d’autres cordes à son arc. Le 7ème art a séduit cette figure de proue du théâtre tunisien. Fidèle à cette ligne qui a marqué toutes les œuvres théâtrales, Jaïbi a pris part à plusieurs expériences cinématographiques. «La noce» (LM), «Arab» (LM), «Chichkhan» (Poussière de diamant) (LM), des films qui se sont inscrits au cœur de l’expérience artistique de Jaïbi et de toute la compagnie Familia. «Junûn» est une nouvelle expérience qui tire ses racines des grandes réussites qu’a connues cette œuvre théâtrale éponyme.


 


Nun, le grand retour


Qui a pu oublier Nun après ces longues années ? «Nun», un jeune qui a bouleversé notre monde et notre conscience. Et il n’est pas le seul car notre grande Jalila Baccar a secoué tous les préjugés et a mis à nu la société et les pratiques qualifiées d’ «inhumaines» au sein de l’hôpital psychiatrique de Tunis.


C’est dans le cadre de cette rencontre triste mais rebelle entre la psychothérapeute et ce patient que Fadhel Jaïbi nous a mené à la découverte d’un monde perplexe et d’une société en perte de vitesse et de repères. Nun, n’est qu’un modèle, un échantillon qui reflète la perplexité d’un quotidien qui pèse lourdement sur les personnages.


Une famille au gré des vents et dont chacun des membres souffre à sa façon. «Nun», ce jeune analphabète qui vit dans une famille de onze enfants. Le père agent des douanes autoritaire, alcoolique et musulman pratiquant,la mère, femme soumise et dépassée par les difficultés de sa vie sordide, et avec ses frères et sœurs tous chômeurs, repris de justice, prostituées ou émigrés clandestins. Le jour des fiançailles de sa sœur aînée, au moment de dire la prière, une crise de fou rire et de larmes irrépressible, le conduit à l'hôpital psychiatrique de Tunis. C'est là qu'il rencontre une psychothérapeute.


Cette histoire que nous avons appri par cœur et dont nous avons partagé les détails avec toute l’équipe sur les planches et dans le livre qui a été publié par la suite, sera présentée dans une nouvelle version mais cette fois-ci cinématographique.


«Junûn» (Démence) est un film tunisien réalisé en 2006 par Fadhel Jaïbi et qui a été projeté pour la première fois lors des Journées Cinématographiques de Carthage, dans l’édition de 2006. Pour réussir ce passage du théâtre au cinéma et pour que cette rencontre qui n’a pas changé uniquement le destin de cette femme médecin qui rejette les pratiques qui font l’institution médicale aujourd’hui et ce jeune en quête de sa liberté, Fadhel Jaïbi, le réalisateur et co-scénariste avec Jalila Baccar a fait appel à toute l’équipe de «Junûn». Jalila Baccar, Mohamed Ali Ben Jemaâ, Fatma Ben Saîdane, Salha Nasraoui, Aouatef Jendoubi, Besma Euchi, Kais Aouididi et Karim Kefi. D’autres talentueux artistes ont rejoint l’ancienne équipe dans ce voyage thérapeutique et existentiel hors du commun qui a changé plusieurs destins. Raouf Ben Amor, Mohamed Kouka et Ramzi Azaiez seront les nouveaux partenaires de cette nouvelle aventure cinématographique qui a déjà brillé au festival du cinéma à Fribourg, édition 2007, et a obtenu le prix Ecumenical et le prix du public.


Et ce n’est pas tout, car ce beau film a réussi à décrocher le prix du public et le prix «Nouveau regard» au Festival des trois continents, à Nantes, en 2007.


 


Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com