Les jeunes et le favoritisme des parents : Un deux poids deux mesures qui fait mal





Les parents souhaitent que tous leurs enfants s'aiment et s'entendent. Mais si la fraternité  rime généralement avec amour, elle peut également être le lieu de la rancœur. Certains parents sont parfois contraints de s’occuper de l’un de leurs enfants plus que les autres. Or cet acte est considéré par les petits comme du favoritisme… Les jeunes s’expriment.


 


Tunis-Le Quotidien


Les parents rêvent de voir se réaliser leur souhait le plus cher : voir tous leurs enfants réussir, s’aimer, grandir et se réunir pour évoquer avec émotion leurs souvenirs d'enfance joyeuse… Mais c'est du devoir et de la responsabilité de tout parent de veiller à ce que la relation de fratrie réussisse. Ils doivent leur inculquer  les valeurs fondamentales du respect mutuel. Les géniteurs doivent cultiver l’amour entre leurs enfants. Ils doivent les accompagner, les encourager et respecter le fait que certains soient différents des autres. Croyant bien faire, lorsque les parents décident d’avoir un deuxième enfant, ils accordent parfois à l’aîné la mission de s’occuper du plus jeune. Ils pensent que cela l’impliquerait davantage et créerait un meilleur rapport entre les deux frères. Cet aîné qui accaparait l’amour parental acceptera mieux ce nouveau-né qui lui disputera l’amour de ses parents. Mais les grands frères ou les grandes soeurs n'ont pas la mission de veiller sur leurs jeunes frères ou sœurs. Inversement, ces benjamins n'ont pas l’obligation d’obéir à leurs aînés. Chaque enfant doit rester à sa place d'enfant. Certes, l'occasion pour un aîné de contribuer aux soins d'un plus petit placé momentanément sous sa responsabilité peut se présenter. Mais cette attitude doit rester exceptionnelle. La systématisation d’un tel comportement entraînerait des perturbations dans les relations de fratrie. Par ailleurs, certains parents accordent parfois plus d’intérêt à l’aîné pour lui montrer que personne ne prendra sa place. Or cela se fait au détriment du cadet ou du benjamin qui risque de se sentir non désiré. Ils peuvent, au contraire, surprotéger ce petit pour le mettre à l’abri de la jalousie de son aîné, ce qui risque également de créer des ressentiments chez l’aîné qui se sentira délaissé et marginalisé. Le même problème peut se poser entre les deux frères de sexe opposé. On peut demander au garçon de veiller sur sa sœur puisque c’est lui « l’homme » ou encore de trop gâter la fille au point de rapetisser le garçon. Tous ces cas ne peuvent que « jeter de l’huile sur le feu ». Même si l’enfant ne montre pas qu’il en veut à ses parents, un adolescent, lui, en sera capable ! Etant en phase délicate et difficile, les parents doivent l’aider à évoluer et lui montrer qu'ils ont confiance en ses capacités et ses potentialités et surtout qu’ils l’aiment autant que ses frères et sœurs et ce depuis son enfance. Or, lorsque des querelles éclatent entre frères et soeurs, cela nous renvoie directement à l'ambiance familiale non stable qu’a enduré cet enfant durant son enfance et qui font éruption de manière plutôt violente une fois à l’âge de la jeunesse…


Mohamed Amine, 17 ans, juge ses parents équitables même s’il ressent de temps à autres que ce sont ses sœurs qui ont «la part du lion». «Je crois que toute métamorphose  dans notre société actuelle relève des antécédents qui ont laissé des traces chez la génération passée dont notamment nos parents. Autrefois, c’étaient les garçons qui jouissaient de plus de droits et de liberté. Il semble que cela a dû être difficile à digérer surtout pour les mamans d’aujourd’hui. Cela a eu un effet boomerang et la majorité des parents d’aujourd’hui privilégient les filles ! Ils ont dû comprendre au fil du temps que ce sont justement les filles qui ont besoin de plus de protection. Les parents les mettent donc sous leurs ailes pour rendre justice à la gent féminine qui semble avoir assez enduré autrefois… Moi, je comprends les raisons de cette gâterie. D’ailleurs, je chouchoute à mon tour mes frangines et je n’ai aucun problème que les parents soient plus souples avec elles d’autant plus que nous avons tous les mêmes droits. Mais il faut dire que nombre de jeunes souffrent à cause de l’injustice parentale et je dois m’estimer heureux de ne pas avoir ce genre de problème», dit-il.


Zied, 15 ans,  dit que ses parents défendent en tout état de cause le plus petit. Et cela ne semble toutefois pas affecter le jeune homme ! «Lorsque j’étais enfant, je me souviens d’avoir été vraiment gâté par mes géniteurs. Ensuite lorsque mon frère cadet est venu au monde, leur plus grande attention s’est tournée vers lui. Je me souviens que cela me faisais un peu mal, mais la différence d’âge entre nous m’a permis de comprendre qu’ils s’occupaient plus de lui juste parce qu’il était totalement dépendant d’eux alors que moi j’étais déjà un grand garçon ! Rebelote lorsque le troisième enfant est né. Mais là, j’étais déjà à l’âge pubère et je comprends tout à fait que c’est toujours le bébé qui a le plus besoin d’affection et d’attention. Je ne me sens pas du tout affecté. Par contre, si on avait un âge très proche les uns des autres, je n’aurais sûrement pas été aussi compréhensif», dit-il.


Aman Allah, 16 ans, semble vivre dans une ambiance où le mot d’ordre rime avec ressentiment et désaccord. Le jeune homme trouve qu’il n’y a aucune équité à la maison. «Nous sommes trois garçons et une fille. Certes, personne ne peut détester ses frères et sœurs, mais il existe beaucoup de tensions entre nous. Mes parents (toujours occupés) ne mettent jamais fin à nos querelles et nos chamailleries. Ils laissent faire et si quelqu’un fait du mal à l’autre, c’est à lui seul de résoudre le problème ! Cela crée une atmosphère peu enthousiaste et c’est à mes parents que j’impute la responsabilité entière parce qu’ils devraient intervenir pour mettre fin à nos désaccords et ils auraient dû surtout nous apprendre à nous aimer et nous respecter les uns les autres», dit-il.


Halim, 16 ans,  se sent toujours à l’écart. Il ressent que ses parents prennent toujours le parti de son frère aîné qu’il ait tort ou raison. «J’en ai ras-le-bol d’écouter toujours la même phrase : “tais toi, c’est ton grand frère et tu lui dois du respect !“ Que je sois coupable ou innocent, c’est moi que les parents inculpent ! Je ne me sens pas assez aimé et c’est vraiment injuste... Heureusement que mon frère et moi arrivons toujours à trouver un terrain d’entente et qu’on s’aime réciproquement et puis il est en quelque sorte mon guide et mon exemple. Je ne lui en veux pas du tout, mais en revanche, je porte en moi une certaine rancœur envers mes parents. Ils auraient pu être plus équitables et ne pas faire preuve de favoritisme flagrant», dit-il.


Marouane, 17 ans, est le benjamin. Ses deux sœurs semblent avoir bien plus de droits que lui. Cela le rend, jaloux et amer. «Si on sème la justice on ne peut récolter que l’amour et la reconnaissance. Or, bien que je sois le seul garçon et le plus petit, mes parents ne m’ont jamais donné ce dont à quoi je m’attends ! Mes sœurs avaient un droit de regard sur tout ce que je fais juste parce que je suis le plus jeune ! Elles pouvaient me punir et me donner des ordres et mes parents n’interviennent jamais. Pis encore, ils me donnent beaucoup moins d’argent qu’ils ne leur donnent à elles et ne me permettent pas de sortir contrairement à mes sœurs. De nos jours les filles jouissent d’une double dose d’affection et d’attention. Si les choses avaient évolué normalement et si mes parents avaient été équitables, je ne saurai pas aussi dépité et surtout j’aurai été capable d’aimer beaucoup plus mes sœurs ! Le favoritisme et l’injustice ne peuvent donner naissance qu’à la haine et aux rancunes», dit-il.


 


Abir CHEMLI    




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com