“Albastouka azzina” : Mise en “abîme” de la société





La pièce de Salah Ben Youcef donnée samedi dernier au 4e Art, “Albastouka azzina” se situe dans le champ de réflexion sur la place de l’intellectuel dans la société.


 


C’est dans un huis clos poignant que les comédiens Aïda Bellamine, Nawfel Azarie, Naji Ganouati et Mohamed Sassi Gharbali ont évolué. Campant le rôle d’une femme et son mari, le beau-frère  et le cousin, les artistes font ressortir avec humour, la douleur profonde qui assaille de l’intérieur l’équilibre d’une famille.


C’était dans “Albastouka Azzina” que l’on a vu, ravi, dans une salle du 4e Art pleine à craquer. Ce qui mérite d’être relevé ici, c’est que l’on a remarqué la présence d’un public appartenant à différentes classes d’âge : Aziza Boulabiar, Dalenda Abdou, Moncef Lazaar, mais aussi des étudiants de l’ISAD, des professeurs d’art dramatique. Un véritable melting-pot humain qui en dit long sur la dite crise du théâtre qui, paraît-il, ne concerne que quelques pièces non significatives.


Pour ce qui est de “Albastouka azzina” , l’ambiance de la salle du 4ème Art montre bien qu’il s’agit d’une pièce événement.


Effectivement, car elle était d’une subtilité inattendue avec ces dialogues brillants, ce jeu d’acteur fait dans la sobriété et cette mise en scène qui va au plus juste.


Au-delà de la crise familiale, elle reflète les peurs et les angoisses liées à des questions existentielles.


Tant sur le fond que sur la forme la pièce parle des désirs enfouis en chacun de nous .


Reste à avancer aussi qu’il est toujours bien difficile de faire du bon théâtre avec de bons sentiments.


On parle ici de la question de l’apparence qui a pris le dessus dans une société qui s’enfonce de plus en plus dans le superficiel.


La pièce a tenté d’explorer à travers les possibilités corporelles (rappelant un tant soit peu le jeu d’acteurs des disciplines de Fadhel Jaïbi), les rapports de force qui régissent le fonctionnement des êtres humains. Les personnages jouent des états de tensions pour essayer de dégager une image caricaturale de ces rapports : la relation qui unit les couples modernes, l'assouvissement des esprits face au matériel …


La pièce est, somme toute, un appel “militant” pour que le théâtre soit un vecteur de changement.


Sauf qu’on sort de la salle du 4ème Art sans être agacé par le moralisme de l’œuvre, même si elle en comporte beaucoup.


Côté décor, on voit bien que la scène a été épuré de tous éléments qui pourraient encombrer l’ensemble ou détourner l’attention du public.


Les artistes entrent en virevoltant. Ils sortent et rentrent de nouveau. Ils succombent à “la singerie” des manières dont ils sont friands. On rit de ce jeu d’acteurs réglé comme du papier à musique qui s’affole petit à petit pour s’acheminer vers une situation dramatique.


Celle-ci est liée à la perte du père vécue différemment par les membres de cette famille.


Ils finissent tous par faire le deuil de ce père craint et aimé.


Les bons mots fusent dans une satire de la société de grande facture. Le metteur en scène n’a pas manqué d’y ajouter un traitement plein de surprise telle que son entrée sur la scène au milieu de la pièce.


Le dernier tableau était ainsi marquant. Les personnages protagonistes quittent la salle en se lovant dans leurs costumes respectifs.


Comme si on voulait insister sur le fait que l’apparence prend le dessus dans une société qui s’y attache énormément.


 


Mona Ben Gamra




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com