«Histoire des derniers rois de Tunis» : Comme une feuille de route documentaire





Il est un régal de lecture ce petit bijou qui raconte un des chapitres les plus corsés de notre histoire. Et pas seulement.


Car toute une galerie d’illustrations à l’intérieur des 165 pages de recherches invite avec bonheur les uns et les autres à l’avoir sous les yeux et sous la main. «Histoire des derniers rois de Tunis» paru chez les Editions Cartaginoiseries, est un de ces ouvrages qui ont marqué l’année 2007 par le sérieux de son contenu.


 


Le sérieux s’affiche de prime abord et dès le premier regard sur une jaquette bien soignée. Avec une aussi belle toile, on ne peut que féliciter Mika Ben Miled qui tient à sa ligne éditoriale. Les lecteurs sont vite séduits et embarqués dans un espace tumultueux. Autour d’une Méditerranée dans une ère qui scinde le monde. Nous sommes dans un XVIème siècle confisqué par deux puissances et chacune tire de son côté la couverture pour avoir le dessus sur le monde. Entre les Habsbourg et l’empire ottoman, un Maghreb tiraillé. Ses côtes sont souvent la scène de tous les conflits où les intérêts des parties adverses s’écument au gré des colères, des délires, des fougues et des barbaries.


Tunis de cette époque-là était en train de gérer bon an, mal an sa petite cuisine interne. Avec les rituels scénarios de succession, le petit royaume - tantôt entre les mains des Mulay Hassan, tantôt sous l’emprise d’Abou Abdallah Mohamed ou disputé par le frère Rachid avec l’appui de l’amiral Barberousse de la flotte turque - est déjà fragilisé. Tunis n’a pas aussi échappé, rien que par sa position géographique, aux attaques extérieures. Charles Quint, l’homme fort de la région, décida de s’emparer de ce Tunis affaibli. Une armada d’hommes, de part et d’autre, composée de Maltais, de chevaliers de Naples, de Gênes, de Sicile, de Monaco, de Sardaigne et autres de Barcelone ont trouvé la proie facile. «Après le sac de Tunis, les impériaux occuperont La Goulette…», écrit l’éditrice Mika Ben Miled.


Le reste bien ensanglanté a été relaté par nos historiens. Qui ont fait couler beaucoup d’encre sur la chute en sang du royaume hafside. Le plus où plutôt le mérite de M.B. Miled et de Jean-Pierre Vittu, son collaborateur dans ce travail, c’est d’aller fouiner dans un fouillis de traces artistiques et de renseignements topographiques et de rassembler le puzzle de l’histoire. Derrière ce minutieux travail, l’aide était précieuse de l’ambassade d’Espagne en Tunisie, de celle de la Belgique dans nos murs et les musées royaux de Bruxelles. L’ambassade d’Allemagne à Tunis et son Kunstsammlungen de Veste Coburg, ainsi que la Bibliothèque Nationale de France ont ouvert au duo leur portes pour trouver un nouveau sang à cette histoire. Les familles Del Marmol et Vermeyen étaient aussi de la partie.


A travers cette balade dans les coulisses de notre histoire, il y a de quoi se rafraîchir autrement la mémoire. Plein de tapisseries, de gravures, de tableaux, de cartons et autres passant en revue escarmouches et batailles, révoltes et galères, trompettes et trimbales, et des vies en déclin et autre plus ou moins heureuses qui ont échoué sur les rives de Gammart ( Gammarth), Marça (La Marsa), Abdrama (Ariana), Arradèz (Radès), Calibie (Kélibia), Nébel (Nabeul), Héraclite (Hergla), Sufe (Sousse), Monaster (Monastir), Tobulbaz (Teboulba), Esfaque (Sfax), Capez (Gabès)…Mahdia était aussi sur la feuille de la route. Tout comme l’Ile des Gelves (Jerba).


Le livre est brodé de dépêches de l’époque, de vaisseaux du Nord et ceux des Maures qui se côtoient en se haïssant, en se détruisant, en trainant des espoirs et des promesses mutilés au fil des représailles vagabondes, des fourberies et tous les matés des provinces, détruites pour nous laisser des bribes à coller et mettre en bloc l’histoire. Une histoire bien faite et qu’on lit avec tant d’attention. Une histoire qui peut être facilement convertie en scénario de film documentaire. De ce genre, on en a vraiment besoin. Et ça coûte 30 dinars. Disponible dans toutes nos librairies.


 


Zohra ABID     


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On en parle


 


De la même maison d’édition, on parle de plusieurs ouvrages, soit parus tout récemment, soit encore sous presse, qu’on peut collecter pour la mémoire de la Méditerranée. Ceci intéresse les Tunisiens, les étrangers, les explorateurs en quête d’un maximum d’infos sur les mœurs, l’archéologie, les mélanges et le reste de quelques fastes vies ou autres de fortune qui ont fait rythmer les stries de notre sol. Une belle moisson et qui se respecte par la qualité et le genre qu’a choisi cette jeune boîte d’édition.


«Nouvelles Africaines», un titre qui renvoie les lecteurs dans le 17ème siècle. C’est le Paris de cette époque-là avec ses alliés de beys. Que de la galanterie dans des gants de velours. Pour la suite, c’est ce trait de romantisme qui colore une triste histoire dans la grande Histoire. Le prix est estimé dans les 12 dinars.


«Trois voyages en Tunisie au 19ème siècle» est un récit de plusieurs récits qui racontent des voyages dans les mondes étranges et exotiques, badigeonnés par un Orientalisme fougueux et tendre à volonté. Il coûte dans les 30 dinars.


En librairie, on peut découvrir sur les étalages d’autres «paysages littéraires pittoresques» du patrimoine de la région. Comme «Lettres à Lili, correspondances d’amour à Tunis 1943-1944» de Aziza Darghouth (15 dinars), «Mustapha Saheb Ettabaa, un haut dignitaire beylical dans la Tunisie du 19ème siècle» de Nadia Sebaï (12 dinars), «Tunis 2006 : Célébration du sixième centenaire de la mort de Ibn Khaldoun», de Mohamed Talbi (12 dinars), «Cervantès, soldat à la Goulette et captif à Alger», présenté par Mika Ben Miled (12 dinars), «Contrats de mariage en Tunisie avant 1956» de Hafsia Nazli (12 dinars), «Lettre sur le commerce de la librairie», de M.B.Miled (9,5 dinars).


 


Z.A.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com