Reportage – Festival : «Tambours battants» donnent le ton





«Tambours battants» sera le prochain festival qui aura lieu dans seulement quelques mois. Les préparatifs de l’édition 2008 ont démarré dimanche dernier. «Le Quotidien» a suivi les premiers pas et les premiers sons de Résonances. Une création qui ouvrira le bal et constellera les nuits du prochain Ramadan.


 


Avant-hier en début d’après-midi, ça caillait sur Tunis et sa banlieue. Pas de vent et de tonnerre. Juste un ciel moutonneux avec quelques écharpes de grisailles. De temps à autre, une pluie fine mouille ce qui bouge et ce qui ne bouge pas et tout est au calme.


Au fur et à mesure qu’on s’approche de la Marsa et ses environs, le ciel se dégageait petit à petit. A notre arrivée à Sidi Bou Saïd, le climat était clément.


Il est 14heures. Du haut de ce village perché, il y a peu de gens et les commerçants du coin se tournent les doigts. Ils n’ont rien à faire sauf de se regarder et de causer entre eux. Une façon de «tuer» le temps. Le soleil a pris le dessus sur toute petite ou grande nature et balayé de son chemin crachins et air frais. Le voile de la chaleur de ses rayons a enveloppé les corps et les… cœurs des passants. On en avait vraiment besoin. On emprunte l’allée interminable du centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes. Il y a du bruit. Un peu vague et confondu. Puis de plus en plus fort nous arrivant à l’oreille plutôt agréable. Nous avons suivi ce bruit qui nous a servi de guide.


La salle du concert nous a paru tout ce qu’on veut mais pas cette salle qu’on connaît. Vidée de son décor habituel, elle a repris sa fonction première: une «wostia» (traduire: cour). La beauté du lieu est autre chose à la lumière du jour. Au centre, un immense cercle d’instrumentistes. On compte près d’une vingtaine. Des jeunes gens qui affectionnent un genre particulier de musique. Ils sont des étudiants de l’Institut supérieur de musique de Sousse, de celui de Sfax et bien entendu de Tunis qui tutoient dans la joie leurs jeunes professeurs. Ici, pas de guitare, pas de piano, pas de violon…rien de tout ça. Sauf des darbouka, sistre, bendir et autres qu’on n’a jamais vus de notre vie. «Good, good. Again please... Tam dom. Tam dom. Dom dom dom, and repeat with me. So after me. Tam domtam domtamdomtam…», lance un jeune homme au milieu de la foule. Il était à l’aise dans ses 27ou 28 ans, bien à l’aise dans ses fringues un peu kaki et grandement à l’aise avec son ensemble d’instrumentistes. Mais c’est David Kuckhermann qu’on a vu l’été dernier au festival de Carthage! C’est bien lui en chair et en os. Nous étions agréablement surpris. C’est l’un des meilleurs au monde de la percussion. L’homme vient du Vieux Continent et a vite apprivoisé la tabla indienne, le tombak et le daf, les tambours d’armature…et s’est mis aux sonorités latines avec d’autres du Brésil, ou des Balkans.


Les sons n’ont pas arrêté. Un petit souffle d’Orient ou de Soufi traversé par quelques couleurs tunisiennes. Un dialogue de diverses variations. Les notes deviennent de plus en plus aigues. «Again», insiste l’Allemand David.


 


Rostom philosophe et Tayaa tourne


Sous les arcades, notre Kays Rostom national, collé à sa chaise et ne bouge pas. Entre décontracté et crispé, son mobile à la main, il suit le moindre mouvement. C’est lui avant et après tout le maître de la situation. Résonances est son projet et les filles de la galerie ne l’ont pas choisi pour la beauté de ses yeux mais pour son talent de scénographe, de décorateur, de percussionniste et de plein d’autres casquettes.


 Pour ce dernier: «Résonances propose une écriture scénique des plus contemporaines au service d’un élément central dans les musiques traditionnelles, qui est la percussion. Résonances sera un spectacle à travers lequel on donnera à voir à la fois une véritable richesse musicale de notre pays mais dont le traitement scénique et dramaturgique, esthétique et plastique, sonore et visuel la débarrasserait de ses attributs folkloriques pour la réinscrire dans une absolue modernité… C’est un langage originel et authentique dans un espace original et unique», explique-t-il. Autour de la ronde, des filles et des garçons qui observent, écoutent et suivent les rythmes des tambours. Un homme sans âge tourne avec son appareil photo. Ensuite un autre. Le premier est un photographe étranger et l’autre c’est l’assistant du cinéaste Walid Tayaa, l’auteur de Bahja, un court métrage avec notamment Fatma Ben Saïdane. Il est sur une poignée de projets, lui aussi, après son retour (non définitif) de succès parisien. Et dans cette production de la galerie Le 14 (soutenue jusque-là et en bonne partie par Goethe Institut de Tunis), il a du travail et de petits pains sur la planche. Son Making of passera en revue les masters classes de Tambours Battants. Il continuera donc à tourner avant d’aller en Afrique du Sud ou il vient d’être sélectionné pour d’autres travaux subventionnés par le Goethe Institut mère.


 


Affaire de femmes


15heures, on marque un arrêt, Zak entre avec sa copine et partenaire dans ce projet. Elles étaient bien dans leur peau. Et apparemment satisfaites de ce qui se fait. Exigeantes sont nos petits bouts de femmes. Elles sont de ces gens qui ont horreur de la médiocrité. Pour elles, prendre le temps qu’il faut avant de s’aventurer est une nécessité. Ce n’est pas en organisant, chaque quinzaine de jours ou chaque semaine une manifestation, qu’on va se trouver une place au soleil. L’essentiel est de faire bien les choses et de s’imposer par ses propres couleurs dans le paysage. C’est aussi de ne pas sauter sur le moindre détail de peur qu’il ne soit au final d’importance et le produit tombe à l’eau dès la première secousse de la jarre.


Dans ce sens, «Mille pas valent plus qu’un saut», dit un adage de chez nous et c’est bien cette ligne éditoriale qu’a adoptée dès son ouverture, il y a déjà deux ans la galerie Le 14 dans la zone industrielle de la Charguia II qui vient de se mettre maintenant à la production. Pourquoi pas!


C’est pour ces raisons de perfection, les dames se sont entourées de pros et avant la première édition de Tambours Battants prévue en septembre prochain à l’Acropolium de Carthage, on s’est bien mis au boulot. Le programme sagement concocté et les invités ont donné non seulement leur accord mais confirmé leur présence.


Les femmes de la galerie veulent du sérieux. Et ce n’est pas du jeu, pour un simple privé de lancer un festival de facture internationale, dans une période fortement rythmée. La tâche est bien de taille.  Rien que d’y penser, c’est presqu’une affaire à ne pas prendre à la légère, s’agissant surtout d’un festival ramadanesque. Et Ramadan, on le sait, est considéré parmi les mois les plus animés de l’année. Chaque ville ou village fait son propre festival. Dans chaque Médina voire dans chaque quartier, on parle du programme de la soirée. Que dire quand on va bousculer le festival de la Médina de Tunis, de la musique spirituelle ou encore de Mûsîqât de Sidi Bou, des grands dans un petit carré de mouchoir. D’ici là, les choses se préciseront et on dira notre dernier mot sur Tambours Battants et les autres. Presque 15h30, on se prépare pour se quitter. Prochain rendez-vous, le lendemain à 9h30 au même lieu.


Notre ami Walid Tayaa a enfilé son pardessus et tenu à nous accompagner jusqu’au parking. Où on s’est quitté sur cette bonne note «N’est ce pas là une naissance, l’ébauche d’un rêve encore flou jusqu’à son aboutissement et à la finalisation d’un projet créatif concret», signé par le gentilhomme.


 

Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com