«Fragments de mémoire» : De la poésie sur des sacs de ciment





Quand l’intelligence de la main s’associe à une vision artistique, le résultat ne peut être qu’épatant. «Fragments de mémoire», de l’artiste Adel Akremi, est une nouvelle interrogation sur le lien entre le créateur et la matière…


 


Ce n’est pas tous les jours qu’une exposition, une œuvre ou un artiste flashe les mémoires et les regards. Adel Akremi fait partie de cette minorité de gens qui ne passent jamais inaperçus. Artiste impétueux qui se laisse guider par un désir fougueux pour l’art dans sa vision globale, il sait capter l’attention par des œuvres pleines de poésie et de fantaisie. Avec la matière, il a tissé mille et une histoires où il a été toujours le héros. Des histoires qui lui ont appris comment aborder les matériaux et comment les manier.


Bijoutier à ses débuts, il a pu saisir les grands secrets des métaux et des pierres précieuses…Du design de la pièce jusqu'à sa confection et sans oublier les détails de l’ornement, Adel Akremi a acquit un grand savoir-faire et une patience sans bornes.


Ambitieux, cet artisan a voulu aller loin dans ses rêves. Jetant bas cette carrière de bijoutier dans les charmants souks de la Médina, il a préféré donner une nouvelle orientation à sa vie et partir à l’aventure. En Belgique, il a débarqué la tête pleine de projets et le cœur animé par diverses amours. Des pérégrinations ici et là dans les musées, les galeries d’art, les bibliothèques, les centres culturels…, ce passionné des couleurs, des formes a pu se former, enrichir sa vision et nourrir sa passion avant de choisir de retourner à sa terre natale pour entamer une nouvelle carrière.


De retour, il a choisi de tourner la tête vers le centre de Sidi Kassem El Jellizi où il a nourri ses connaissances et élargi son horizon dans ce contact direct avec la céramique. C’est du côté de la Soukra qu’il a lancé sa «Caverne d’Ali Baba» où il a acquit une grande notoriété en tant que collectionneur, vendeur et restaurateur des antiquités et des œuvres d’art. Et ce n’est qu’un début pour Adel Akremi qui s’est retrouvé, après des longues années de persévérance, intimement et organiquement lié à la matière, aux couleurs…


Dans le calme de la Soukra et bien entouré de ces précieux objets d’art, il a libéré son imaginaire, sa main et son esprit pour restituer son monde. Passionné et ouvert, il a su capter les besoins des férus de l’art et y répondre avec brio et spontanément. Son univers est le rêve et son héritage se résume dans les images de son enfance. Artiste iconoclaste, Adel Akremi a opté pour les sacs du ciment comme support pour son art. Un art brut et naïf, libéré de toutes les théories et les courants. Discrètement, dans son échoppe, il a laissé son pinceau danser sur ces contenants. Des traits, des regards, des yeux, des lèvres pulpeuses… De belles femmes qui débordent de vitalité… et surtout de mystère. Et rien ne lui est étranger car Adel Akremi a grandi dans l’atelier de couture de son père, entre les tissus veloutés. A cet âge, il a commencé sa découverte du monde féminin, en écoutant les remarques de ces dames qui viennent rendre visite à son père pour récupérer une robe, une jupe ou une veste. Des images qui l’ont accompagné durant son enfance et sa jeunesse pour se libérer plus tard sur ces bizarres sacs du ciment.


Logeant paisiblement dans son antre à la Soukra, ces demoiselles sont restées et pour longtemps loin des yeux des curieux jusqu’au jour «J». Un jour mémorable marqué par la visite d’une grande dame de l’univers de l’art. Touchée par la qualité de ses œuvres, attentive aux murmures de ses demoiselles à la féminité triomphante qui demeurent prisonnières entre les murs de cet espace privé, Mme Dominique Blanc, conservatrice du musée des arts décoratifs à Paris, a choisi d’acquérir l’une des œuvres de l’artiste… un grand succès que le peintre doit au bouche-à-oreille car rapidement l’information s’est propagée entre les férus des arts plastiques et les collectionneurs. Des expositions collectives ici et là sur les cimaises des galeries de la banlieue nord…Adel Akremi a réussi à décrocher sa place, confirmant son talent. «Fragments de mémoire», l’actuelle exposition logée sur les murs de la galerie «Mille feuilles» en témoigne. Avec cet artiste, rien ne se perd même les sacs de ciment.


 


Imen ABDERRAHMANI




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com