Pollution du littoral : La brise marine sur le banc des accusés…





Voulant identifier les causes de la concentration des polluants atmosphériques dans les régions côtières, des chercheurs universitaires tunisiens ont mené l’étude. Les résultats étaient inattendus, voire surprenants : la brise marine, ce petit vent léger propre à nos villes côtières, est en réalité un facteur qui augmente la pollution.


 


Tunis-Le Quotidien


Bien que les spécialistes de l’ANPE estiment qu’il est encore tôt d’extrapoler les conclusions de l’étude menée à Sousse sur les autres villes côtières de la Tunisie dans lesquelles on enregistre une forte concentration des polluants dans l’air, l’étude démontre toutefois que pour les mêmes conditions climatiques, le phénomène thermique, en l’occurrence la brise marine, entraîne dans tous les cas le retour des polluants vers l’intérieur de la terre.


L’étude qui avait pour objectif d’identifier les causes de la concentration des polluants atmosphériques dans les villes côtières du pays a été effectuée dans le cadre de la coopération technique entre l’ANPE et l’Unité de recherche «Energétique et Environnement » de l’Institut supérieur des sciences appliquées et de technologie de Sousse.  L’équipe de recherche, qui a été dirigée par le professeur Salem Elouragini, est composée de deux chercheurs universitaires, en l’occurrence, MM.Karim Bouchlagem et Fethi Ben Mansour. Leurs études effectuées sur les côtes de la ville de Sousse au cours des étés 2004 et 2005 ont permis aux chercheurs de conclure que la brise marine provoque une amplification de la concentration de certains types de polluants. Le taux de concentration de l’ozone dans l’air s’est multiplié par 1,5 à cause de la brise.  Quant au dioxyde de soufre, la concentration s’est vu triplée sous le même effet.


La gravité du phénomène ressort en fait de l’impact de ces deux polluants sur la santé.  En effet, le dioxyde de soufre, qui est un gaz irritant, peut déclencher des effets broncho-spasmiques, notamment chez les personnes asthmatiques, augmenter les symptômes respiratoires aigus chez les adultes (toux, gène respiratoire), altérer la fonction respiratoire chez l’enfant (baisse de la capacité respiratoire, excès de toux ou de crise d’asthme).  S’agissant de l’ozone, les auteurs de la même étude évoquent plusieurs risques pouvant résulter d’une exposition prolongée à des doses d’ozone dans l’air qui dépassent les normes tolérées comme il est le cas sur les côtes à cause du phénomène de la brise de mer. Une exposition prolongée à des fortes concentrations d’ozone dans l’atmosphère peut, selon l’étude, provoquer des irritations oculaires, de la toux, ainsi qu’une altération pulmonaire, surtout chez les enfants et les asthmatiques.


Pour comprendre le phénomène, il faut rappeler le principe à travers lequel se forme la brise marine. Le petit vent léger frais et peu violent qui souffre de la mer vers la terre et qui, pour la même raison fait de nos villes côtières des destinations privilégiées pour les estivants, est dû en effet à un contraste de température entre la terre et la mer. Cette différence de température provoque l’apparition d’un gradient de pression dans les basses couches atmosphériques favorisant le développement de la circulation du vent dans deux sens inverses et perpendiculaires à la côte. Dans les couches supérieures de l’atmosphère, la circulation du vent prend le sens d’un va-et-vient entre la terre et la mer respectivement durant le jour et la nuit. C’est ainsi que la brise de mer joue un rôle multiplicateur de pollution.


Selon les spécialistes de l’ANPE, cette nouvelle donne sur le rôle de la brise marine dans la multiplication de la pollution dans les régions côtières doit être prise en considération pour ce qui est de l’implantation des usines. 67% des activités industrielles, composées essentiellement de grands pollueurs, sont en effet installées sur le littoral.


 


H. GHEDIRI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com