Rencontre : L’art et la manière…





L’écrivain Hassouna Mosbahi, le critique du cinéma Hédi Khélil et une bonne vingtaine d’universitaires ont été les hôtes du Pr. Mohamed Mahjoub, le maître de céans du Centre national de traduction.
Une rencontre qui a levé le voile sur les univers d’un Mosbahi exceptionnel dans son écriture.


Pour relancer les débats entre créateurs, critiques et institutions culturelles, le Centre national de traduction a opté pour le lancement d’une série de rencontres autour de nos créateurs et de leurs créations. Une idée intelligente pour insuffler un nouveau dynamisme à la scène culturelle et pour briser un silence mortel qui consume les liens entre les différents protagonistes du paysage artistique.
C’est à la «squifa» de Dar El Mounastiri, le siège du Centre national de traduction, que cette première rencontre a eu lieu en présence d’un bon nombre de nos universitaires et de nos étudiants dans diverses spécialités qui sont venus pour découvrir de près et écouter en direct Hassouna Mosbahi parlant de son expérience littéraire et de son amour sans bornes pour le 7ème art. «Ce qui m’a touché et surtout m’a beaucoup plus dans les écrits de notre écrivain est cette écriture cinématographique. Je me rappelle quand j’ai commencé à aborder les romans et les nouvelles de Hassouna Mosbahi, j’avais la sensation d’être devant un film où les références se croisent et s’entrelacent pour créer multiples univers. Des univers qui sont propres à Mosbahi…J’ai été très bouleversé par la cinématographie des œuvres de cet écrivain qui maîtrise à merveille les techniques du portrait. Hassouna Mosbahi sait bien présenter et dessiner ses personnages, les ambiances…les personnages de notre écrivain ne sont pas exclusivement des figures humaines et ce qui fait l’originalité de son écriture. J’aime bien mettre l’accent aussi sur cette richesse de senteurs et d’odeurs qui ponctuent l’écriture de cet auteur. Il décrit minutieusement les arômes, les émanations, les parfums qui font le cadre spatial, les personnages… c’est très génial. Je pense que ces détails vont poser des vrais problèmes lors de la traduction. Il faut un odorat très développé pour pouvoir transmettre ces ambiances très particulières», a souligné Hédi Khélil dans sa présentation de l’invité de la première rencontre. Dans cette approche cinématographique des écrits de Mosbahi, ce critique du cinéma n’a pas loupé l’occasion pour dévoiler l’amour inavoué de l’auteur de «Wadâan Rosalie», célèbre roman paru en 2001, pour le cinéma et pour un bouquet de cinéastes les plus confirmés de la scène internationale comme Rossellini, Bergman, Chahine…
Auteur de plusieurs romans à succès dont «Hallucinations de Tarchich» (1995), roman où réalité et fiction vont de pair pour raconter l’éloignement et l’exil d’un écrivain arabe déchiré entre deux cultures, deux mondes, deux civilisations et où il s’interroge sur son identité et sa raison d’être et qui a obtenu le prix munichois de la meilleure fiction en 2000, «La tortue», recueil de nouvelles publié en 1995 et nominé à plusieurs prix prestigieux, Hassouna Mosbahi a pu se distinguer et s’imposer sur la scène littéraire nationale et internationale. «J’adore le cinéma ! Je l’avoue. Je me considère toujours un conteur populaire où l’acquit fictionnel se croise à ces images d’enfance qui se sont imprimées dans ma mémoire. Je me rappelle quand j’étais gamin, à l’âge de 12 ou 13 ans que je me lève très tôt pour ne pas rater l’école…alors mené par cette peur, je me retrouve toujours seul sur le chemin de l’école, j’accueille les premières lueurs du jour et je fais les adieux au soleil, à la lumière. Des longues journées entre les montagnes qui m’ont permis d’alimenter mon fonds imaginaire. Je me souviens, j’ai été un enfant tranquille, même trop calme, qui ne parle pas trop…Je crois que ces longues moments du silence et de solitude qui m’ont appris à réfléchir et m’ont permis d’écrire», a noté Hassouna Mosbahi sur un ton nostalgique. Un joli retour sur une enfance qui continue à nourrir ses personnages et les héros de ses romans. Et pour que ce périple dans la mémoire d’un enfant ne soit pas simplement des dires ambiguës, Hassouna Mosbahi a voyagé avec l’assistance dans «Meurtre dans le village de K», l’un des ses écrits. Une lecture qui a permis à Hédi Khélil de tirer l’attention du public présent à certains détails qui marquent l’écriture et le style de cet écrivain au moment de la genèse de l’œuvre. Ce même texte a fait l’objet d’une traduction signée par l’universitaire Maher Guezmil, dans la langue de Cervantès. Cette parenthèse ouverte sur une autre langue a été consolidée par une autre dans la langue italienne et qui a été assurée par Mme Naggua, qui a remplacé son époux, l’universitaire Fethi Naggua dans cette mission qui s’est articulée autour de «La princesse bleue» (Al amira azzarka).
Une première rencontre réussie, en attendant le prochain rendez-vous.

Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com