La folie de l’amincissement : Maigrir à tout prix !

Perdre des kilos et avoir le corps de J-Lo ou de Haïfa Wahbi devient l’obsession de beaucoup de filles. Des femmes jeunes et moins jeunes s’y mettent aussi et tentent de retrouver une silhouette de rêve et de sculpter leur carrure. Les régimes ne répondent plus au besoin. Et de passer à une vitesse supérieure grâce aux centres spécialisés…

 

Tunis-Le Quotidien

Avec une publicité tous azimuts, les centres d’amaigrissement et d’amincissement ont mis les bouchées doubles pour attirer de plus en plus de clients. Celles-ci sont de plus en plus nombreuses à mordre à cet hameçon. Elles ne sont pas les seules à courir derrière le poids idéal et la sculpture la plus parfaite qui soit. Les hommes aussi sont de la partie ! Ils veulent, tout comme le sexe opposé, avoir un corps de rêve.

Mais la plupart de ces personnes ne sont plus disposées à fournir beaucoup d’efforts pour mincir. Elles sont plutôt partantes pour le minimum de privation contre le meilleur résultat. Cette équation n’était pas évidente auparavant. Car, maigrir était synonyme de discipline draconienne d’alimentation. Il fut un temps où la perte de kilos selon les standards médicaux passait inévitablement par le cabinet d’un fameux diététicien tunisien, dont le nom s’est associé à ces régimes. Moyennant les prix des consultations, les patientes obtenaient la conduite alimentaire à tenir en fonction de leur capital physique et de leurs objectifs. Le régime de 17h faisait alors fureur avec de plus en plus de fidèles. Certaines allaient rencontrer le nutritionniste et d’autres copiaient tout simplement sur ce modèle de nutrition. Et toutes d’avouer que ce n’était pas très facile de stopper tout apport alimentaire à 17h et d’ingurgiter de l’eau lorsqu’on sent un creux et attendre jusqu’au lendemain.

Tout est bon pour mincir !

Aujourd’hui, ces temps semblent révolus, sauf pour les moins convaincues des vertus des centres spécialisés. Car, ces derniers ne cessent de gagner du terrain. D’une part, des spécialistes diplômés en physiothérapie lancent ces projets et prônent le professionnalisme et l’aspect médical de leurs services. D’autres, plutôt de formation en esthétique, proposent en plus des soins de la peau, de la coiffure, de l’entretien des mains et pieds, des cures amincissantes. Et ce via des massages spécifiques.

 

Des kilos qui coûtent…

Le résultat est garanti par le prestataire de service dès la consultation première qui consiste à dresser le profil de la cliente. Les tarifs diffèrent d’un centre à un autre. Mais il n’y a aucun moyen de payer moins de 300 dinars pour la première cure. Et ce sera le meilleur prix au meilleur des cas ! D’une manière générale, ce prix qui peut être échelonné à la demande de la curiste, donne le droit à trois séances hebdomadaires. Une heure durant, la cliente fera l’objet d’une attention personnalisée assurée par une employée du centre formée dans ce sens.

Dans les salons d’esthétique, ce sont les massages amincissants qui répondent à toutes les demandes quel que soit l’endroit ciblé. Ces massages font très mal. Mais dès qu’on le fait savoir, l’esthéticienne n’hésitera pas à vous dire «il faut souffrir pour être belle». Elle n’a pas tort, parce qu’elle cerne tout à fait la psychologie et l’état d’esprit de ses clientes. C’est de cette façon qu’elle les dope et les incite à aller jusqu’au bout… et à n’importe quel prix.

Aya B. est une habituée de ces centres de beauté qui se convertissent à l’amaigrissement. Elle en a fait le tour à Ennasr qui en un est un fief. «J’ai visité pas mal d’instituts d’esthétique. Je voulais avoir un ventre plat. Et à chaque fois, on me faisait la même chose. On massait mon ventre avec un produit qui n’était pas de marque renommée. Par contre, on me demandait à chaque séance d’acheter une crème amincissante de grande marque. Ça aidera à éliminer les graisses ! Et j’ai fini par tomber dans le panneau croyant bien faire !», explique la jeune femme qui payait ses cures entre 350 et 400 dinars. Certains instituts de beauté se font payer moins cher pour attirer la clientèle.

Dans l’un de ces centres qui poussent comme des champignons à Ennasr, l’esthéticienne cible les clientes étrangères africaines. Elle les reçoit avec le sourire et réussit très souvent à les convaincre de ses compétences. Elle crie d’ailleurs son succès sur tous les toits et dit qu’elle obtient toujours d’excellents résultats. Pour y parvenir, elle se fait assister par son employée. Cette dernière avait atterri au départ dans cet institut pour s’occuper de l’épilation à la cire orientale. Elle a fini par intégrer le domaine de l’amaigrissement. Car, elle ne fait pas qu’assister sa supérieure. Elle l’emmenait avec elle dans la salle de massage et ensemble, elles se partageaient la tâche. Au point que l’employée de la cire sortait très souvent de ce «bloc opératoire», exténuée à cause de l’effort. Pas aussi prudente que son employeuse, elle n’hésitait pas des fois à relater la difficulté de ce travail. En contrepartie, les clientes ne se doutaient de rien. Elles ressortaient satisfaites avec le grand sourire.

 

Les services extras !

D’ailleurs, nombreux sont ces centres qui se sont inventé une autre vocation. La concurrence est très rude du côté d’Ennasr ainsi que dans d’autres quartiers où le commerce de massages tous azimuts fait florès. Vu la demande croissante, ces commerçants ont profité de la situation. Ils proposent à leur clientèle, masculine en l’occurrence, des massages de relaxation et de bien-être. A partir de 15d, tout est permis en fonction de la disposition du client. Pas mal de centres à Ennasr ont ouvert clandestinement. C’est-à-dire que les habitants de certains immeubles ne se rendent compte de rien au départ. Car, ce n’est qu’une nouvelle voisine qui vient de s’installer. Mais au bout d’une courte période, commencent alors les va-et-vient louches. Les voitures sont de plus en plus nombreuses à s’arrêter devant l’immeuble. Quand on demande une petite explication au gardien, il n’ose pas en discuter. Dans l’un de ces bâtiments, une esthéticienne qui avait pignon sur rue et une masseuse clandestine, se sont déclaré la guerre. L’une accusait l’autre de concurrence déloyale et l’autre faisait semblant de ne rien comprendre et menaçait de porter plainte pour diffamation. Au bout du compte, c’est l’esthéticienne spécialiste de l’amincissement qui a décidé de quitter les lieux pour préserver sa réputation.

Dans d’autres immeubles, ces services continuent à travailler, au grand dam ou à l’indifférence des riverains. Et pas que dans la clandestinité. Bon nombre de ces commerces sont voués à la coiffure, l’esthétique et le bien-être. Les cartes sont distribuées à l’intérieur tantôt à la tête du client et tantôt à la demande de ce dernier. Les employées quittent souvent leurs postes de travail pour aller chercher un café, un paquet de cigarettes ou pour n’importe quelle autre course. Très maquillées et vêtues toujours de leurs blouses, elles sont jeunes et plus ou moins belles. En tous cas, elles sont retouchées grâce au maquillage.

Pour ce qui est des clients, ils sont de tous bords. Il ne semble pas y avoir un profil particulier. L’essentiel, c’est de marcher dans ces histoires. Mais les responsables de cette activité parallèle font quand même très attention. On cherche toujours à avoir affaire à des personnes qu’on connaît. De sorte qu’une tierce personne soit l’intermédiaire pour éviter les mauvaises surprises.

Quant aux centres spécialisés, ils ne font que dénoncer ce circuit parallèle qui porte préjudice à leur activité. En effet, leurs employés sont souvent confrontés à des situations peu confortables. Des clients croient que tout est possible pendant la séance de massage ou de soins amincissants et n’hésitent pas à le faire valoir auprès de l’employée. Car, la gent féminine est la plus embauchée dans cette activité. Certains gérants donnent un mot d’ordre à leur personnel de manière à abandonner la séance et à mettre le client à la porte en quelque sorte. D’autres, moins à cheval sur la réputation de leurs lieux de travail, manifestent plutôt de l’incompréhension.

 

L’arnaque

Dans d’autres cas, les clients sont arnaqués. Dès que le spécialiste flaire l’argent, il soutire un maximum. Le prix de la séance passe alors du simple au double sinon au triple. Et quand tout va bien et que la cure a démarré correctement, elle risque de ne jamais se terminer. Pour celles qui veulent un ventre plat, elles sont rassurées à la première consultation. Le spécialiste leur promettra une taille de rêve. Il prescrit, à cet effet, une conduite alimentaire et enclenche les machines qui vont aspirer les graisses. Au bout d’une quinzaine de séances, l’évaluation révèle de bons résultats… mais il reste tout de même encore du chemin à faire. Il faudra passer à une seconde cure… une troisième peut-être et une quatrième pourquoi pas ? Il suffit d’interrompre, et de remanger plus que d’habitude mais sans excès, pour que les graisses perdues à des centaines de dinars, regagnent leur place.

Pourtant, les jeunes filles et femmes qui tiennent à peser moins lourd et à sculpter leurs corps, ne ménagent aucune dépense pour le faire. Au laser, aux machines et aux massages, elles n’hésitent pas à tenter le coup.

 

Maryem KADA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com