«40 ans de bande dessinée en Tunisie» : Des rêves dans des bulles…





Chaque œuvre est un témoin de quelques fragments de l’histoire de la BD


entre nos murs. Une histoire mouvementée dont on découvre quelques parcelles grâce à une cinquantaine de planches qui feront en premier lieu le tour de plusieurs espaces du grand Tunis.


 


Première en son genre, l’exposition «40 ans de bande dessinée en Tunisie» est venue remuer des «vieilles» et délicieuses histoires qui risquent de tomber dans les oubliettes et braquer quelques lumières sur des parcours qui se sont croisés au fil des années. Des histoires qui ont bercé notre enfance et façonné notre imagination. Peintre, illustrateur, caricaturiste, scénographe et surtout bédéiste, Chedly Belkhamsa est l’une des fleurs de ce joli bouquet garni de talents qui a fait notre bonheur durant des années. Artiste pluridisciplinaire, «Si » Chedly - comme l’appellent amis et collègues - porte la passion pour la bande dessinée dans son cœur, une passion qui coule dans ses veines depuis son adolescence. A cet artiste, nous devons «Jaber et le merveilleux poisson», «Histoires de Am Allala» et la fameuse série «Mimi Awassef» dont l’affiche a été exposée lors de ce premier rendez-vous avec des fragments de l’histoire du 9e art en Tunisie qu’a abrité la maison de la culture Ibn Khaldoun et qu’abrite actuellement la Médiathèque de l’Ariana.


«L’idée de cette exposition est née au sein de l’Association du livre de Tazarka et spécialement lors de la 11e édition du festival de la bande dessinée qu’accueille annuellement cette ville. Cette cinquantaine de toiles de grand format a été mise à la disposition du Comité Culturel National qui a accepté de mettre ce projet en circulation et de l’appuyer avec l’édition d’un catalogue trilingue, les invitations, les espaces d’exposition», nous a précisé «Si» Chedly avec enthousiasme. Et d’ajouter : «Nous avons tenu à mettre en exergue des bribes de l’expérience tunisienne durant une quarantaine d’années. Certainement, il manque encore d’innombrables éléments à ce projet car on a perdu malheureusement les traces de certaines expériences. Nous avons voulu recueillir le maximum de documents et d’étaler les diverses expériences menées par les bédéistes tunisiens. Mais en l’absence d’un centre de documentation et de sauvegarde, plusieurs expériences sont tombées dans l’oubli». Lancée en premier lieu à la Maison de la culture Ibn Khaldoun, cette exposition itinérante passera durant ce premier trimestre à la Médiathèque de l’Ariana, puis à la Maison de la culture de Ben Arous, ensuite elle sera logée entre les murs de la maison de la culture de Tébourba pour clôturer cette tournée du côté de l’avenue de Paris, sur les murs de la Maison de la culture Ibn Rachiq.


 


Une belle histoire à savourer


Pour les artistes participants et surtout ceux qui ont été derrière ce projet ambitieux, ils souhaitent que cette exposition continue son envol d’un espace à un autre et qu’elle sera même accueillie dans les écoles primaires pour sensibiliser nos bambins à cet art et pour relancer le débat avec la nouvelle génération. Continuité oblige ! «La bande dessinée en Tunisie ne s’est pas développée aussi vite et bien comme la caricature et l’illustration. C’est avec du retard et vers 1965 que «Irfane», la première revue spécialisée fut lancée, avec Moncef Zariat, Hassenin Ben Amou et Brahim Dridi. Les expériences dans ce sens se sont multipliées avec «Chahloul», «Cosco», «Anis»…et c’est en 1984 que la revue «Kaous Kouzah» fit son apparition, avec un succès fou durant cinq ans. Dirigée par Tijani Haddad, cette revue a pu conquérir les petits lecteurs grâce à une grande et bonne équipe de bédéistes qui ont laissé libre cours à leur imagination, donnant le jour à diverses histoires sociales, historiques, scientifiques…Parmi ces artistes bédéistes qui ont contribué à ce projet ambitieux, je cite Habib Bouhaouel, Abdelkader Chelbi, Mohamed Galbi, Taoufik Kouki, Tahar Fazaâ, Moncef El Kateb et la liste est encore longue car il y avait même, à cette époque, des bédéistes algériens, un Marocain et un Libyen qui ont collaboré avec nous surtout que la revue a été distribuée dans plusieurs villes du Maghreb Arabe. C’était une expérience géniale !» nous a raconté ce bédéiste, fouillant dans les arcanes de sa mémoire et de son album de souvenirs.


D’ailleurs, le visiteur de cette exposition itinérante peut se faire une bonne idée sur l’importance de l’expérience de «Kaous Kouzah» et sur l’orientation de ses artistes bédéistes qui ont choisi, chacun à sa façon, d’adhérer à ce projet pédagogique qui a su être proche des préoccupations de l’enfant tunisien et maghrébin et de répondre à ses interrogations. La réussite de cette expérience a été derrière la naissance de plusieurs revues vers les années 90 comme «Chaima» et «Faracha» et a ciblé les jeunes. Des festivals consacrés au 9e art, et dont l’objectif a été de valoriser ces potentiels artistiques, ont été lancés ici et là sur des initiatives personnelles. Le premier festival de la bande dessinée de la Médina en 1985, organisé par Mongi Mejri, l’une des références dans le domaine, le festival de bande dessinée à Dar Lasram quelques années plus tard… en témoignent.


 


Où sont nos jeunes ?


«Mais il a fallu attendre jusqu’à 1997 pour voir naître au sein de l’Association du livre de Tazarka le 1er salon international de la bande dessinée. Un festival qui a pu réunir autour de lui les bédéistes et s’incruster dans le paysage culturel et artistique. Cette manifestation a réussi à s’imposer car elle a pu répondre aux attentes des bambins et a réussi à les encadrer. D’ailleurs et pour les encourager, cette association organise un concours thématique de bandes dessinées. L’œuvre primée fera l’objet d’une publication distribuée dans les écoles et les espaces culturels pour inciter d’autres enfants à adhérer à ce projet. C’est dans cet esprit de continuité qu’on a opté pour l’exposition de quelques projets réalisés par les enfants de Tazarka lors de cette exposition qui raconte « 40 ans de bande dessinée tunisienne» a souligné «Si» Chedly en mettant l’accent sur l’importance de passer à l’action pour créer un centre tunisien de la BD afin que ces œuvres perdurent, contacter les artistes et les réunir dans le cadre d’un projet complet et surtout contribuer à l’édition et à la diffusion de ce genre d’œuvres. Et pour la nouvelle génération ? Ce bédéiste tire la sonnette d’alarme ! «Je me demande où sont les étudiants des écoles de Beaux-Arts ? Pourquoi ce silence ? Où sont passées cette flamme créatrice et cette volonté de faire et d’aller loin ?. Je me rappelle quand nous étions très jeunes, on dessinait nos histoires sur un cahier qu’on transforme en album et chacun essaie à sa façon de l’alimenter par une nouvelle et fraîche histoire qui nous appartient. Vous savez pour que les revues et les albums de BD réussissent aujourd’hui, il faut être de connivence avec les enfants pour qu’ils se retrouvent dans les histoires et les personnages. Je souhaite vraiment que cette exposition trouve le succès souhaité et parvienne vraiment à toucher le grand public. Et pour que ce souhait se réalise, il faut que les responsables de ces espaces bougent de plus en plus et essayent dès maintenant à préparer le petit public à ce grand événement», nous a souligné, sur un ton rêveur et avec un grand sourire, «Si» Chedly, cet homme sympathique qui sait bien partager avec les autres ses idées et les réaliser.


On quitte «Si» Chedly, en rêvant de voir naître dans les jours qui viennent un centre national de la BD et de voir le salon de Tazarka rayonnant à l’image du Festival de BD d’Angoulême.


 


Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com