Ruée vers le péril…





Les dépenses militaires dans le monde évoluent, depuis quelques années, à une vitesse vertigineuse et dessinent des pics. La flambée des cours de pétrole a permis à de nombreux pays exportateurs de convertir une bonne part de leurs juteux dividendes en armements en tout genre, au grand bonheur des industriels spécialisés qui tirent directement profit de cette manne providentielle.


Signe des temps, les politiciens jouent aux rabatteurs et ne manquent pas, au gré des visites d’Etat qu’ils effectuent dans tel ou tel pays, de proposer à leurs interlocuteurs l’acquisition d’avions et de chars, dans le cadre pompeux du renforcement de la coopération bilatérale. Politique et business à vocation militaire font depuis quelque temps bon ménage dans un marché en effervescence, où les candidats en lice jouent des coudes pour rafler des contrats qui se chiffrent à des centaines de milliards de dollars.


Cette course aux armements à tout crin prend des allures autrement titanesques, chez les seniors.


C’est qu’ici, on boxe dans la catégorie des poids lourds et au regard des enjeux et des velléités hégémoniques des uns et des autres, les rivalités donnent proprement la chair de poule. L’exemple le plus frappant qu’illustre à merveille ce constat inquétant est certainement  le fameux projet de bouclier antimissile que les Etats-Unis  envisagent d’installer en Europe au motif de contrer  un hypothétique danger nucléaire iranien. La Russie de Poutine, qui considère ce projet comme une tentative aux relents belliqueux d’encercler le pays des tsars, sort de ses gonds et menace de riposter de manière conséquente à travers la modernisation de ses systèmes d’armement. Autant dire que la prochaine période sera porteuse de rebondissements spectaculaires dans ce registre où les offensives et les contre-offensives vont logiquement se relayer dans un enchaînement pathétique.


Pour tout dire, la situation est, le moins qu’on puisse dire, explosive au sens propre du terme. Les «petits» tout comme les grands s’investissent sans réserve dans une folle course aux armements qui ne prédit d’ailleurs rien de bon.


Les raisons de cette ruée sans précédent vers les armes conventionnelles et non conventionnelles sont bien évidemment connues de tous. Il ne peut en être autrement, de toutes façons, lorsque la légalité internationale est bafouée sans vergogne comme c’est le cas actuellement au gré des desiderata des grandes puissances et leurs velléités hégémoniques et lorsque les décisions léonines sont érigées en système.  L’injustice, associée à la peur, enfante, en fait, des réactions imprévisibles dans un monde aux abois et sans repères, où tous les pays cherchent à protéger leurs arrières quel qu’en soit le prix.


Finalement, ce sont des sommes colossales qui sont englouties chaque année dans l’armement, privant ainsi la lutte contre les pandémies, la pauvreté et le sous-développement de précieuses ressources qui auraient pu profiter à des millions de pauvres aux quatre coins de la planète.


Dans le hit-parade des urgences, les armements volent ainsi la vedette à l’indigence.


Par cette omission volontaire, la communauté des nations dispose en fait d’une véritable bombe à retardement susceptible «d’enrichir» son arsenal, effet boomerang en sus. Car la marginalisation et l’exclusion constituent un mélange étonnant et détonnant aux effets dévastateurs. Qui plus est, il fait le lit des dérives extrémistes et jusqu’au-boutistes dont on mesure aujourd’hui les effets pervers.


Les «petits» et les grands devront bien en prendre conscience s’ils aspirent à juguler ce terrible danger qui pèse sur le monde.


 


Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com