Mustapha Fersi n’est plus





La scène culturelle tunisienne vient de perdre un grand écrivain en la personne de Mustapha Fersi, décédé hier matin à l’âge de 77 ans, après un riche parcours consacré à la création et l’innovation.


 


Dans un faire-part, le ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine a indiqué que ce grand écrivain, qui a occupé des fonctions et assumé d’importantes responsabilités au sein du ministère, est l’une des figures de proue de la culture et de la littérature qui a écrit dans les différents genres littéraires: romans, nouvelles et pièce de théâtre, outre la traduction.


Mustapha Fersi, ajoute le communiqué du ministère, a bénéficié d’un intérêt constant de la part du Président Zine El Abidine Ben Ali qui l’a décoré du grand Cordon de l’Ordre du Mérite national au titre du secteur culturel en 1990 et lui a décerné le prix de Considération dans le domaine de la littérature et des sciences humaines en 1991.


D’autre part, l’Union des écrivains tunisiens a souligné, dans un faire-part, que ce grand écrivain et membre de l’Union a été l’un des pionniers de l’innovation dans les domaines de la littérature et de la narration en Tunisie et dans le monde arabe et qui ont contribué au rayonnement de la création littéraire tunisienne.


TAP


 


Condoléances du Chef de l’Etat


 


A la suite du décès de l’éminent homme de lettres, Mustapha Fersi, le Président Zine El Abidine Ben Ali a adressé un message de condoléances dans lequel il exprime ses sentiments de compassion et de sympathie aux membres de la famille du disparu et à la famille littéraire.


Dans ce message, le Chef de l’Etat rend hommage au défunt pour ses qualités humaines et ses contributions notables à l’enrichissement de la vie littéraire et intellectuelle durant plusieurs décennies, rappelant la richesse de son parcours dans les domaines du théâtre et de la nouvelle en particulier.
TAP


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Adieu l’ami


La famille artistique et culturelle a enterré hier, vendredi 8 février 2008, une des lumières de notre pays. Mustapha Fersi s’est éteint à l’âge de 77ans.


Après une longue maladie qui l’a contraint à ne plus quitter le lit depuis octobre dernier, l’auteur du «Tournant» a quitté ce monde. Mustapha Fersi est né à Sfax. Après des études supérieures à Paris couronnées par une licence (équivalent de la maîtrise actuelle) d’arabe et un diplôme en sciences musulmanes, il occupe des postes administratifs de haut niveau. Avant de chapeauter plusieurs services au ministère de la Culture (de théâtre, de lettres), il était au secrétariat à l’Information, à la radio et à la SATPEC.


L’homme qui, de son vivant, affectionnait le théâtre, le cinéma et l’art, a laissé derrière lui une pile d’écrits. Outre les recueils de nouvelles, plusieurs pièces de théâtre dont quelques unes ont été écrites conjointement avec Tijani Zallila.


On pense notamment à tant de livres. Comme Le Déluge, L’épreuve, Les Pions. Parmi ses romans, «Mouvement/Voyelles», avec son dédoublement de nom, il se situe d’après Jean Fontaine dans son «Histoire de la littérature tunisienne, tome III, de l’Indépendance à nos jours», paru chez Cérès Edition: «à la limite des genres traditionnels, au carrefour des sentiers de la création littéraire. Le dédoublement du titre montre déjà la difficulté de parler en français de ce texte. Toutes les ressources de la langue arabe- linguistiques, grammaticales, graphiques- sont utilisées. En fait, les lettres ne seraient-elles pas des particules naturelles ? Figurations lettristes, illustrations viennent au secours d’une langue riche qui met parfois à rude épreuve le lecteur…».


Dans son analyse, Jean Lafontaine va encore loin dans son autre livre, paru chez Cérès aussi: «Le Roman tunisien de Langue arabe 1956-2000». Il commente le style romanesque de cette époque-là. «Une nouvelle étape est franchie avec «Le Tournant». C’est le reflet de la génération d’intellectuels tunisiens qui avaient environ vingt ans au moment de l’Indépendance. Dans une société en pleine mutation, chacun est confronté à des choix: à côté du zitounien ouvert au réformiste, de la jeune fille à la recherche d’elle-même, et de l’artiste peintre athée qui refuse tout engagement…A la fin du roman, l’ambiguïté demeure».


Le défunt a aussi laissé plein d’articles de presse en arabe et en français. Où il a souvent exposé ses points de vue et ses positions politiques. Nous nous souvenons qu’il a, de son vivant, participé à meubler quelques colonnes de notre journal Le Quotidien lors de ses premières publications. Il nous a accueillis plus d’une fois chez lui pour nous parler de littérature et de la scène artistique à l’époque de Chedly Klibi, ministre de la Culture. Il a toujours été prêt pour nous accorder des interviews. Il nous a aussi souvent parlé de sa maladie. Notamment celle de ses yeux dont il a souffert vers la fin de sa vie. L’homme a, on le sait, généreusement participé au rayonnement culturel dans notre pays lors des cinq dernières décennies du siècle écoulé. Et ses textes sont enseignés dans nos établissements scolaires.


Jeudi au soir vers 23 heures trente, Mustaha Fersi a fermé l’œil pour toujours. Jalila, son épouse (et notre amie de longue date) nous a téléphoné pour nous tenir informés de la nouvelle, dès la première heure du vendredi. Nous étions navrés de n’avoir décroché que vers 7 heures du matin. Par son legs, Mustapha Fersi demeure présent dans nos esprits et nos cœurs. Nous nous associons au deuil de son épouse, Jalila, une grande dame qui l’a toujours soutenu et accompagné dans son parcours intelligent, de ses enfants, Hédi, Sonia, Thouraya, Haïfa, Nada, et de tous les Tunisiens et Tunisiennes qui l’ont de loin, à travers ses écrits, ou de près côtoyé.


Si Mustapha, repose en paix. Nous ne t’oublierons jamais.


 

Z. ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com