Semaine de la musique instrumentale : Sur de bonnes notes





Du 2 au 10 février, les Tunisois (et Tunisoises) ont eu un troisième rendez-vous consécutif avec la musique, la vraie. Du début jusqu’à la fin, le beau rythme n’a pas baissé d’un cran et tous les concerts donnés, soit à l’espace Kasbaoui, soit au TMT, étaient d’un niveau qui se respecte. Et c’est le moins que l’on puisse dire de cette manifestation hivernale, proposée et financée par des privés.


 


C’était aussi une occasion pour que les mélomanes les plus avertis ne désespèrent pas. C’était une sorte de réconciliation avec l’art quand il est fait avec art. C’était la découverte de non seulement le talent de quelques uns de nos instrumentistes, mais aussi de côtoyer les grosses pointures internationales et de savoir ce qui se passe de bon dans leurs murs. Mieux encore: dans la quasi-totalité des concerts, le public a eu droit à des soirées animées à la fois par des artistes de chez nous et d’ailleurs. Ceci lui a permis aussi d’évaluer notre produit local qui, au final, se défend assez bien. Il faut l’avouer que les gens de l’ASCM, organisateurs de la Semaine de la Musique instrumentale (SMI) n’ont pas invité n’importe qui. Et c’était dès le départ, leur but. Familiariser les gens aux bons sons, demeure leur slogan favori. Et ils sont, à petits pas sûrs, en train de réussir. Les artistes, les vrais et pas les pseudos s’entend,  sont de plus en plus avec la fratrie et le public au fil des sessions, d’apprécier et d’y adhérer. Au mouvement de l’espoir.     


La soirée inaugurale a été confiée à une foule de jeunes instrumentistes. Sous la houlette de Rachid Koubaâ, une quinzaine de pros de l’Ensemble Orchestral de Tunisie ont joué tout un répertoire de musique moderne et baroque. La soirée a été marquée par l’hommage à Ouanès Khligène.


Le tour est ensuite à la musique de pur jus irakien. Le public a savouré le lendemain les maqamat dans leur grande diversité modale et rythmique avec notamment Ali Imam au ûd et Zaki Darouiche au santour.


L’Azerbaidjan est aussi de la partie avec Hajibaba Moharaamov qui, s’est produit à deux reprises. La première en solo à l’espace Kasbaoui de la rue de Grèce et la seconde, époustouflante, avec Naoufel Ben Aïssa et la crème de ses potes de l’Ensemble orchestral de la Ville de Tunis.


Les amoureux des l’art tzigane n’ont pas à se plaindre, puisque le mercredi 6 février était leur soirée. Dense et riche cette musique manouche montée par Opus 4 (et qui représente la France joviale) sur un peu d’humour, sur de la joie de vivre et inspirée du patrimoine des nomades tziganes. Une musique, qui a plu et a fait swinguer tout un chacun. La salle du TMT était ce soir-là pleine à craquer. Les Tunisiens ont auparavant avec Soufiène Safta démontré à leur tour qu’ils sont sur la bonne voix. Une musique de recherche et qui tire sa sève de notre patrimoine africain métissé à celui de l’Occident. Des jeunes animés par le savoir-faire, l’amour de la scène et l’humour en sus. A encourager absolument.


Le jeudi, c’était le premier rendez-vous avec les Turcs après la bonne prestation de nos deux Walid Gharbi et Nabil Khémir nationaux. A chacun ses cordes et ils ont donné le meilleur de ce qu’ils ont. Du talent confirmé. Pour nos hôtes, Goksel Baktagir au qanûn, son luthiste Yurdal Tockan et compagnie étaient au sommet de l’art. Un voyage dans le répertoire des Ottomans agrémenté par une écriture innovante, savante et délicieusement interprétée.


Vendredi, c’était un peu la surprise. Des variations brillamment jouées par Naoufel Ben Aïssa et son mini-orchestre d’instrumentistes chevronnés. Et l’occasion était d’écouter un langage différent, où les airs de la Méditerranée transportent les mélomanes tantôt en Andalousie musulmane, tantôt en Turquie. Le «takht» de Ben Aïssa a mérité les applaudissements du public. L’homme de l’Azerbaidjan s’est bonnement introduit au groupe au milieu du concert, et a mis son petit accent à la clarinette. De la musique claire avec des acrobaties festives et populaires. Et la soirée était haute en couleurs.


La soirée de samedi soir a été honorée par notre ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, Mohamed Aziz ben Achour et H. Naci Akinci l’ambassadeur turc accrédité en Tunisie. Une musique inscrite dans la modernité sans perdre un iota de son âme. Carrément moderne et qui a trop plu aux jeunes…et moins jeunes. Une autre facette de la Turquie grandement branchée.


Cerise sur le gâteau: Pavlin Panayotov et Todor Petrov viennent de leur Bulgarie natale. Dans leur bagage, un clavier de l’Est européen qui a son propre charme. Des couleurs ni d’Est ni d’Ouest, mais les deux à la fois magnifiquement festonnées. Les couleurs se marient tendrement et l’éventail proposé est d’une haute tenue. L’Orchestre symphonique scolaire et universitaire chapeauté par Hafedh Makni, lui aussi était à la hauteur de l’événement.


Grâce à ces jeunes qui promettent, on peut souffler. Bon gré, mal gré, bon an, mal an, nous pouvons conclure sur de bonnes notes et dire que notre musique pourrait un jour être sauvée.


Un grand merci à M’Raïhi et tous ses collaborateurs. Qui font ce qu’ils peuvent bénévolement et, avec le peu de moyens qu’ils ont, ils offrent aux Tunisiens un produit convenable tout en accentuant le trait sur les jeunes talents. Qui eux aussi, animés par la force et la bonne volonté, cherchent à sauver notre musique de la médiocrité. Bon vent !


 


Z. ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com