Le Hezbollah : Fossoyeur de la démocratie ou rempart anti-israélien ?





Diagnostic sombre pour le Liban. Le vide politique n’annonce rien qui vaille. Les citoyens s’approvisionnent en armes à feu. Mais, tout indique que le Hezbollah est au cœur du problème. Fossoyeur de la démocratie ou rempart contre Israël ? C’est dans cette double question que le pays du Cèdre s’est fait piéger.


Véritable casse-tête chinois que la situation au Liban. Heureux qui pourrait se retrouver dans l’écheveau des hypothèses et explications relatives à la situation ambiante surtout que tout cela est accompagné par des assassinats récurrents dont on ne déniche jamais le commanditaire ou l’auteur.


Ce fil d’Ariane est d’autant plus difficile à trouver que le drame libanais ne date pas d’aujourd’hui. D’aucuns pensent que la guerre civile qui a déchiré le pays de 1975 à 1990 ne s’était en réalité pas terminée avec les Accords de Taef.


Après cet orage cosmique, le pays certes a connu une période de stabilité politique et de prospérité économiques, incarnée notamment par la figure emblématique du regretté Rafik Hariri. Mais ce n’était qu’un calme relatif. La guerre civile a été si meurtrière qu’elle a laissé de profonds stigmates qui ne se sont pas totalement cicatrisés.


Bien évidemment à entendre les Libanais, l’idée qu’un conflit fratricide puisse se déclarer leur serait devenue étrangère. Elle les horripile même. Cette page sanglante — elle n’était pas la seule dans l’histoire tourmentée du pays — serait à leurs dires définitivement tournée. Mais dans leur for intérieur, ils n’en sont pas si sûrs. Un signe inquiétant se profile à l’horizon: l’achat d’armes à feu s’est considérablement accru depuis quelque temps. On accumule les armes comme on aurait accumulé les vivres en prévision d’une conflagration.


Le pays baigne donc dans une certaine morosité. Et ce n’est pas le énième report de l’élection d’un président qui a des chances de ragaillardir les âmes apeurées. Un report qui se conjugue avec le retour en Egypte d’un Amr Moussa désenchanté. «La situation est compliquée», a-t-il dit. Ce qui, en franc parler, veut que le pays est au bord d’une implosion-explosion.


Implosion par le déclenchement de forces internes dans un chaudron chauffé à blanc. Explosion que préparent des pyromanes opérant de l’extérieur, et qui ont intérêt à ce que le pays du Cèdre se disloque. Pour le plus grand bien de la seule puissance nucléaire de la région.


 


Le vide politique


Pour Amr Moussa ce n’est pas faute d’avoir mis toute son énergie, toute son intelligence et tout son tact pour convaincre les différents protagonistes de la pertinence de l’initiative arabe. Il y est d’ailleurs en partie parvenu puisque il a proposé une personnalité bénéficiant d’un large consensus pour occuper le poste vacant de la présidence de la république. Mais bien que le nom du chrétien Michel Souleïmane ait été agréé par toutes les parties prenantes, la situation n’a pas évolué d’un iota.


Le vide politique se poursuit. Et qui dit vide politique dit la porte ouverte à toutes les folies. On en voit d’ailleurs de flagrantes illustrations. Avec une pénible impression : celle d’un discours schizophrène qui même le réel et l’irréel, le vrai et le faux. Un discours à travers lequel chacun des protagonistes s’emploie à bien cacher le diable qu’il a dans la poche.


Situation donc pleine de paradoxes et qui accentue l’illisibilité du drame libanais.


Que l’on nous permettre, à notre tour, de voir plus clair dans cet embrouillamini. Pour nombre d’observateurs tout aurait commencé avec l’assassinat de Rafik Hariri. Un ébranlement s’ensuivit provoquant une faille dans l’édifice politique du pays. Deux camps, l’un accusant la Syrie du forfait, l’autre l’innocentant. Mais, en réalité et malgré les violences verbales de part et d’autre, personne n’avait envisagé l’éventualité de graves troubles pouvant conduire à une guerre civile.


Le brutale dégradation de la situation serait plutôt, à notre avis, fortement liée à l’agression israélienne sur le Liban. L’échec de Tsahal devant le Hezbollah a permis au Parti de Dieu de s’ériger en tant que force, non pas seulement politique, mais aussi et surtout militaire. Cette victoire devant l’armée la plus puissante du Proche-Orient lui a donné des ailes. Il est désormais incontournable.


Que faire ? Pour la majorité parlementaire, cette milice doit être désarmée. Il ne saurait y avoir deux armées dans un pays démocratique. Ce qui est tout à fait plausible. Pour le camp adverse, cette milice ayant fait la preuve de sa redoutable pugnacité, elle est la seule à pouvoir contenir le péril israélien. Ce n’est pas l’armée gouvernementale qui pourrait s’acquitter de cette tâche. Et là aussi l’argument tient la route.


C’est cela la véritable problématique. Mais une problématique difficile à résoudre. Et qui appelle chez l’un ou chez l’autre des concessions déchirantes.


 

Abdelmajid CHORFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com