Les jeunes, les blogs et les MSN : Les relations virtuelles comblent un vide affectif





Certains jeunes internautes sont férus de discussions virtuelles et de chats. Nombre d’entre eux en deviennent d’ailleurs complètement accros… Pratiquement, tous les jeunes internautes ont un blog et un MSN. De quoi parlent-ils justement ces jeunes ? Et pourquoi sont-ils de plus en plus attirés par cette nouvelle forme de communication ?


 


Tunis-Le Quotidien


Internet est censé être un outil de travail. Nombre de jeunes en font un vrai compagnon. Il leur sert aussi bien pour les études que pour leur culture générale; mais il est en passe de devenir leur premier moyen de loisir… L'appropriation large de la palette des outils liés aux nouvelles technologies de la communication par les adolescents, met en lumière l'évolution rapide des pratiques technologiques de communication. Ils ont rapidement maîtrisé l'ensemble de ces outils de communication «on-line». Au-delà des usages traditionnels du Web, les jeunes se connectent de plus en plus pour chater. Internet devient, semble-t-il, l’un des moyens de communication favoris des jeunes. Cela donne naissance à une nouvelle forme de rapports interpersonnels : les relations virtuelles. Ce que les jeunes apprécient plus particulièrement dans cette forme de communication, c'est sa discrétion, son interactivité et sa convivialité. Dans ce dessein, les internautes créent des blogs, des adresses MSN et se retrouvent dans des forums de discussion pour «chater». Ce qui permet à deux ou plusieurs personnes d’échanger des messages et des idées en temps réel. Chacun, selon ses besoins et ses aspirations personnelles, choisit les sujets dont il veut discuter. L’on pensera que ce qui les attire dans cette forme de relations est le fait de faire un peu «d’entraînement» en matière de relation. Sans avoir pour autant un engagement réel. Un jeune peut donc nouer des rapports tout gardant secrète sa véritable identité. Une sorte d’initiation avant de plonger dans le monde des relations réelles. Le virtuel leur sert, dans ce sens, de tremplin avant d’entamer les choses sérieuses. Les personnes timides, introverties ou qui n’ont pas l’heur de nouer des relations avec le sexe opposé auront donc l’occasion d’avoir des copains tout en préservant leur anonymat. Une sorte de compensation qui leur permet de combler leur vide affectif. Toutefois, ce genre de relation peut se répercuter négativement sur certains jeunes dans la mesure où cela alimente le mensonge et accentue l’introversion…


 


 Emna, élève de 16 ans, a un blog. La jeune fille passe au moins quatre à cinq heures quotidiennement à chater. «Mes parents sont très conservateurs. Ils ne me privent de rien, mais je n’ai pas le droit d’aller chez des amis, de sortir sans la présence parentale ou encore d’avoir des amis du sexe opposé. Franchement, j’étouffe ! Toutes celles de mon âge ont un minimum de liberté ! Moi, j’ai l’impression de vivre dans une prison. D’ailleurs, si l’un de mes parents ne vient pas me chercher après les cours, je ne dois pas m’aviser de bouger de ma place. Pourtant, j’habite à quelques centaines de mètres de mon lycée ! Cette éducation assez sévère ne me donne pas l’occasion d’avoir des relations amicales même avec des filles. Mais, heureusement, j’ai eu droit à un ordinateur avec une connexion ADSL à internet et cela me permet de nouer autant de relations virtuelles que je veux. A présent, j’ai une vingtaine d’amis. La majorité est de nationalité tunisienne et de sexe masculin. Toutefois, je ne donne jamais mon vrai nom, ni mon adresse et mon téléphone. Je me contente juste de bavarder avec eux et de sentir que j’ai des amis. A vrai dire, je crois que l’amitié et l’amour sont des sentiments totalement naturels qui donnent un certain équilibre psychique à la personne surtout durant l’âge de l’adolescence. Nous avons également besoin d’échanger nos idées et de découvrir ce que les relations humaines et interpersonnelles peuvent nous offrir. D’ailleurs, j’ai appris vraiment beaucoup de choses à partir du chat et j’ai noué des relations avec des jeunes égyptiens, algériens et italiens et cela m’a été d’un très grand apport».


 


Ayoub, élève de 16 ans, dit qu’il n’est pas du tout branché pour les relations virtuelles, le chat et les blogs. «C’est fou ce que les modes passent vite dans le monde juvénile. Il suffit qu’un groupe adhère à un truc pour que cela se transforme en une norme. Depuis une année, celui qui ne possède pas un blog personnel et une adresse MSN est considéré comme rétro. Je préfère le contact direct, c’est beaucoup plus sincère et enrichissant. En outre, ces relations virtuelles sont généralement basées sur le mensonge. Si on ne sait jamais qui est vraiment notre interlocuteur, il peut facilement nous leurrer, voire se payer notre tranche ! Non merci, je préfère rester dans le réel», dit-il.


 


Hamza, 17 ans, voit les choses autrement. Le jeune homme pense que les relations interpersonnelles sont nécessaires pour une jeune personne. Mais ceci n’empêche pas que les relations virtuelles et le chat peuvent être d’un très grand apport. «Il est évident que nous avons tous besoin d’avoir des amis et des personnes qu’on aime. Le côté affectif a une très grande importance dans notre vie. Lorsqu’on se sent aimé et entouré, cela nous procure un sentiment d’équilibre et de sérénité. En revanche, il est toujours enrichissant et positif d’élargir le cercle de nos amis et de nos connaissances. J’ai connu plein d’étrangers et cela nous a permis d’effectuer un échange culturel. J’ai également réussi à défendre notre culture arabe et notre religion musulmane. Les médias occidentaux font en sorte de nous considérer comme des personnes sauvages et dangereuses. Les blogs nous permettent justement de changer cette étiquette. Ces relations virtuelles peuvent se transformer en relations réelles parce que je crois que je vais bientôt inviter chez moi des amis étrangers que j’ai connus sur le Net pour qu’ils visitent la Tunisie», dit-il.


 


Ahmed, 17 ans, a également une adresse MSN et un blog. Il arrive vraiment à se divertir et à déstresser lorsqu’il se connecte. «Qu’elles soient réelles ou virtuelles, toutes les relations sont d’un apport positif, même si à première vue, on a l’impression que cela n’a pas marché comme on le souhaite puisque cette expérience, bonne ou moins bonne, nous permettra de tirer des leçons, d’acquérir de l’expérience et de gagner en maturité.  Lorsque je termine mes devoirs, je ne trouve vraiment rien à faire et je n’aime pas sortir durant les nuits d’hiver. Je me connecte alors sur le web et je me mets à bavarder avec les amis. Il m’arrive même de discuter avec des personnes que je connais très bien parce que ce genre de communication coûte beaucoup moins cher que les communications téléphoniques. J’ai fait également la connaissance de plusieurs personnes, dont essentiellement des filles, de nationalité étrangère et je trouve cela vraiment très enrichissant», dit-il.


 


Wajdi, 18 ans, partage le même avis. Le jeune homme trouve les relations virtuelles et le chat très constructifs. «D’abord, si l’on va prendre le phénomène du point de vue pécuniaire, cette communication est beaucoup moins chère que les coups de téléphone. En outre, il est toujours beaucoup plus facile d’entamer une relation sur le net parce que cela se fait de manière indirecte et permet donc aux personnes timides de s’affranchir un peu et d’apprendre comment aborder l’autre, comment accepter les différences. Certes, il est fréquent que des jeunes s’adonnent aux mensonges, mais ce n’est pas une règle. J’ai fini par rencontrer certains amis connus via le chat et je n’ai pas été déçu. Et notre amitié  dure encore», dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com