Festival de la musique tunisienne 2008 : Les convictions de Sonia Mbarek





Sonia Mbarek a en chantier plusieurs projets dont les préparatifs d’une tournée dans les différents pays méditerranéens avec son nouveau spectacle «Voyage en Méditerranée». De ces projets et des préparatifs de la prochaine session du Festival de la musique tunisienne - qui aura lieu du 26 au 30 mars - et qu’elle présidera, une nouvelle fois, Sonia Mbarek nous en parle à cœur ouvert.


 


D’abord, quels sont vos projets pour la nouvelle année qui vient de commencer ?


Mes projets sont répartis entre l’organisation du Festival de la Musique Tunisienne et la préparation de ma tournée méditerranéenne. Pour réaliser cette tournée, je cherche à avoir des contacts mais aussi former une grande équipe d’artistes rien que pour l’organisation du spectacle «Voyage en Méditerranée» en dehors de nos murs. Car un artiste, à lui seul, ne peut être au four et au moulin. De ce fait, je suis en train de constituer une équipe musicale qui comporte des coordonnateurs et des mécènes qui participeront à la préparation de cette tournée méditerranéenne. Pour parler de «Voyage en Méditerranée», dans sa version nouvelle, disons que le spectacle comporte beaucoup de poèmes, de projets de chansons qui seront concoctés en collaboration avec Abdelhamid Belgaid, Jamila Méjri, Taher Guizani, Khaled Oueghlani, s’agissant de la composition des poèmes. Le spectacle comprendra de nouvelles chansons. Parmi celles-ci, je cite notamment «Chahrazad» de Jamila Méjri, «Symphonie de la Nuit» de Khaled Oueghlani. Au total, une dizaine de chansons figurent au menu de «Voyage en Méditerranée». Le projet comporte également une «wasla» dénommée «Tahia Li Ziryab» dont les paroles sont de Brahim Abdelbaki, mais aussi «Gharnata» inspiré d’un poème de Nizar Kabbani. On y trouve également d’autres compositions, à l’instar de «Inti Maàya» et «Ma Ndhounchi» de Taher Guizani.


 


Quel est le timing de votre tournée méditerranéenne ?


Dès à présent, nous commençons à préparer notre tournée. Parallèlement, j’ai beaucoup de propositions, dont de nombreux projets devraient être concrétisés vraisemblablement en 2009. Pour l’année 2008, je compte enregistrer un album portant sur certains compartiments des chansons «Voyage en Méditerranée». S’agissant des concerts entrant dans le cadre de la tournée en Méditerranée, je compte les enregistrer, soit en Italie, soit en France ou probablement dans l’un des pays méditerranéens. De nombreux sponsors s’intéressent à présent à ce projet qui est un dialogue artistique qui réunit des musiciens turcs, de l’ex-Yougoslavie, d’Italie et de France, entre autres.


 


Comment se déroulent actuellement les préparatifs pour l’organisation du Festival de la musique tunisienne 2008 ?


Les préparatifs ont commencé depuis septembre 2007 et se poursuivent normalement. Pour cette nouvelle édition, nous voulons créer l’événement. Pour nous, ce festival est une rencontre entre les artistes de la musique tunisienne, à savoir les poètes, les musiciens, les producteurs, les chanteurs, les diffuseurs et les interprètes, entre autres. Il facilitera, à mon avis, la création d’une dynamique entre les artistes. Dans le même esprit que la session précédente, l’ouverture sera à 100% tunisienne, tandis que la clôture sera maghrébine. Cette année coïncide, en effet, avec la dix-neuvième édition et le vingtième anniversaire de ce festival. Cette manifestation a pu également contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes musiciens qui ont trouvé leur place sur l’échiquier artistique national. Des musiciens, notamment, ceux qui font de la musique instrumentale ont pu faire prévaloir leur talent.


 


On dit souvent que le Festival de la musique tunisienne n’accompagne pas les lauréats et les jeunes talents pour la concrétisation de leur rêve après cette manifestation. Que répondrez-vous à ceux qui soutiennent une telle affirmation ?


D’abord, je tiens à souligner que le Festival n’a pas pour objectif d’apporter des réponses à tous les problèmes que vit la scène musicale tunisienne, mais d’encourager plutôt la créativité musicale. Il n’y a plus que les chansons classiques seulement qui seront couronnées, mais des genres nouveaux et contemporains, telle la musique instrumentale, entre autres. Nous voulons, en quelque sorte, promouvoir la liberté artistique et délimiter les champs de la créativité musicale, en léguant à notre musique et à nos musiciens leur vraie vocation moderne, à savoir l’ouverture aux autres influences musicales orientales et d’ailleurs. Certes, la musique tunisienne est d’origine andalouse, mais elle s’inscrit dans la perspective méditerranéenne, tout en s’ouvrant aussi à l’Orient. A travers ce festival, on essaye de vulgariser l’idée selon laquelle notre musique peut épouser la modernité, tout en restant attachée aux traditions musicales de chez nous. Tel est l’objectif qui lui est assigné.


Nous ne pouvons pas trouver un problème à la diffusion. Notre rôle, c’est d’encourager la rencontre, les échanges entre artistes et de présenter les meilleurs jeunes talents au public. Qu’on arrête de dire que le Festival de la Musique Tunisienne soit un événement qui stresse. C’est un moment convivial qui réunit artistes et public. Ce denier découvrira, à son tour, de nouvelles pièces, et de jeunes talents. Ainsi, promouvoir les jeunes artistes après la manifestation n’est pas du ressort du festival. Je propose, chaque fois, une sorte de jumelage avec les maisons de disques qui pourront diffuser les chansons des jeunes talents, mais c’est resté toujours lettre morte. J’opte à ce qu’ils soient programmés dans les autres manifestations culturelles. Cela a été fait, d’ailleurs, il y a deux ans. Les artistes primés étaient programmés à la Abdellia dans le cadre du Festival International de Carthage. A part cela, aucun festival ne participe à la diffusion des artistes classiques. Même le ministère de la Culture ne participe pas à la diffusion des jeunes, mais accorde seulement des subventions.


 


Quel est le rôle que vous entretenez avec les médias de la place notamment l’ERTT qui est votre partenaire ?  


A mon sens, les médias ont un rôle très important à jouer dans la promotion du festival. Depuis sa création, la radio et la télévision sont devenues nos partenaires et elles le restent toujours. Nous leur proposons, chaque année, une dizaine de sponsors et, en fin de compte, nous n’en obtenons que deux. La presse écrite est avec nous. Même si elle nous critique, nous acceptons ses critiques, car celles-ci nous aident à avancer. D’autre part, il faut reconnaître qu’elle nous aide à promouvoir les jeunes talents. Parallèlement, nous avons réalisé un site pour le festival, un catalogue, une phonographie, bref, toute une documentation sur la manifestation. Toutefois, nous reconnaissons que beaucoup de choses ont été réalisées mais que beaucoup reste encore à faire.


 


Où en est-on avec la sélection des artistes et la composition du jury des différents concours ?


La sélection n’est pas encore finie. Les résultats seront rendus publics dans une dizaine de jours, tandis que le programme est en phase de finition. Pour cette édition, nous pensons également mettre un accent sur la médiatisation des soirées qui seront retransmises par toutes les télévisions maghrébines. Nous avons, d’ores et déjà, l’encouragement de l’Union des radios et télévisions arabes. Nous inviterons également beaucoup de journalistes.


 


Si nous revenons à Sonia Mbarek en personne. On dit souvent que vous avez tendance à privilégier le coté administratif par rapport à celui artistique. Partagez-vous cet avis ?


Pour moi, le coté administratif relève tout simplement de la responsabilité de gérer une manifestation comme le Festival de la Musique Tunisienne. A ce niveau, je tiens à souligner que j’ai une obligation morale de donner des résultats concernant l’organisation de cette manifestation. Quand on vous donne la responsabilité d’un festival, c’est parce qu’on a confiance en vous. Nous pensons que ce festival peut contribuer au rayonnement de la musique tunisienne et j’assume la responsabilité de le diriger. Je crois en l’art et à l’artiste, mais aussi à cette manifestation, même s’il n’y a aucun gain financier en contrepartie. La principale raison est que je crois au fait que ce festival pourrait promouvoir des jeunes talents de la musique tunisienne. Pour moi, c’est un contrat moral entre moi-même et mon pays pour faire réussir cette manifestation. Mais comme tout responsable d’une manifestation, à travers les faits, il y a eu beaucoup de changements dans cette manifestation. J’espère que l’histoire se rappellera des changements que j’ai apportés. Toutefois, je travaille pour ne pas laisser de côté ma carrière artistique. J’ai un rôle administratif à jouer.


 


Entretien conduit par


Ousmane WAGUÉ




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com