«Jeunes Virtuoses» : Sons de Turquie et d’Allemagne





En somme, la soirée de vendredi dernier à Ennejma Ezzahra, répartie sur deux temps, était d’une bonne facture. Surtout avec les deux Turcs, très applaudis par un public fin connaisseur.


 


Rien n’a pu empêcher les mélomanes les plus avertis de se déplacer, vendredi 15 février, jusqu’à Sidi Bou Saïd qui abrite du 9 au 16 février 2008 la 4e édition de Jeunes Virtuoses. Même pas les pluies tombées en cordes au seuil de la nuit. Et qui se sont poursuivies jusqu’au lendemain. Le parking de la place, ouvert à tous, était ce soir-là archiplein. Il a fallu tourner en mille et un ronds pour garer une toute petite cylindrée. Ce n’était pas évident. A l’intérieur de cet endroit magique d’Ennejma Ezzahra, qui surplombe une vue imprenable, faite d’ondes de poésie et de moutonnements de verdure intense, il y a du monde. Un bon public. Des jeunes et moins jeunes, des femmes et des hommes. Pas l’ombre d’une place vide. Et l’espace est noblement paré d’Excellences. Plusieurs chefs de diplomatie accrédités chez nous et un cortège de leurs collaborateurs ont brillé par leur présence. Nous pensons ici, notamment à l’ambassadeur de Turquie, celui d’Argentine, celui d’Indonésie…et j’en passe. Il faut tout de même reconnaître que le programme du jour était d’un certain niveau et pas du bluff. C’est quelque chose de fort intéressant pour que nos jeunes musiciens se frottent aux génies d’ailleurs.


Sous un tonnerre d’applaudissements, les deux Turcs ont été au début accueillis, et au terme de leur concert apprécié par tous et toutes, ils ont eu les félicitations de tous les présents. C’est dans ce silence religieux que Nuray Dönmez au qanûn et son complice percussionniste, Sakir Ozan Vygan se sont épanouis dans leur premier concert tunisien. Nuray n’a que 24 ans et quelques poussières. Pourtant, elle maitrise son art comme une grande. Il faut dire que cet instrument oriental, qu’elle pianote si bien, lui est familier et lui va à merveille. Il y a le papa et le frère qui lui ont passé le virus du qanûn et transmis un brin de leur savoir-faire alors qu’elle était encore dans le giron familial. Il ne faut pas non plus oublier qu’elle a eu, plus tard, l’encadrement de deux monstres sacrés de cet instrument. Comme maître Halil Altinköprülü et Maarouf Alasko. «C’est incroyable. Ils sont si jeunes et nous fascinent de la sorte et nous offrent une palette de sons et de techniques nouvelles. C’est frais. C’est croustillant et il y a beaucoup de leur être, de leur bien-être», nous confie au moment de l’entracte une enseignante à l’ISM. «Dans leur travail, il y a de la densité au niveau du vocabulaire et de la grammaire. C’est riche et légèrement agrémenté avec des airs populaires», un autre témoignage glané au hasard. Entre le samaï en mode hijaz carkurdi, nahawend, sirto et autre pièce dansante, le duo a offert une jolie balade de symphonie de pur son turc, un brin traditionnel, un brin moderne.


Quant à la seconde partie, elle était dédiée à l’Allemagne musicale avec trombone et piano. Au programme, des jeunes : Nils Florian Saatkamp et Katrin Illian, une ribambelle de sonorités, certes classiques, mais reprises et retravaillées avec grand talent et confiance en soi en revisitant les démons du registre classique. Le public d’Ennejma Ezzahra a eu droit à cinq extraits. Un éventail doux avec un peu de Grondahl, un peu de Serocki, une dose d’amour de Bach, une autre dose d’affection de Saint-Saëns et une garniture toute en pétales satinés avec un morceau de Castérède.


Les deux Allemands, hôtes de Mourad Sakli, locataire du lieu et directeur de la manifestation, ont eux aussi mérité le respect et les félicitations d’un public qui se connaît si bien dans les notes d’esprit. Merci les artistes pour ce clavier d’une musique qui bouge, qui vibre, qui évolue avec les temps !


 


Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com