Salon du Meuble de Tunis : Sans grandes surprises !





Les Tunisiens attendent chaque année le salon du meuble pour découvrir la tendance et acheter leurs meubles aux prix de foire. Couples fiancés et mariés profitent du dernier week-end pour essayer d’en finir avec cette histoire. En tous cas, cette édition n’a pas caché des surprises. La plupart des industriels du meuble n’aiment pas oser et préfèrent faire comme les autres.


 


Tunis-Le Quotidien


C’est la dernière ligne droite avant la fin du Salon du Meuble de Tunis qui, depuis le premier week-end, a connu une affluence record. En effet, le samedi 9 février 2008, il était d’abord impossible de trouver une place au parking. Les agents de la circulation acculaient les visiteurs à faire des détours, faute de places libres. Les taxis n’arrivaient pas facilement à stationner pour déposer leurs clients. Malgré les sautes d’humeur de Dame Nature, le salon a quand même enregistré un vrai record pour son premier week-end. Le froid n’a pas empêché des dizaines et des dizaines de nos concitoyens à aller découvrir les tendances du meuble pour l’année en cours.


Aux différents halls du salon, c’était le brouhaha. Il était carrément difficile de bouger d’un endroit à un autre bloqué par une foule pareille. En plus, chacun essayait de prendre son temps à voir de près les articles intéressants et s’arrêter chaque fois qu’il le faut devant tel ou tel stand, avant de se décider à y entrer. Beaucoup de couples étaient au rendez-vous. Mariés ou fiancés, jeunes et moins jeunes, se sont déplacés pour repérer des meubles, qu’ils iraient par la suite acquérir, ou alors pour rêver tout simplement. D’ailleurs, beaucoup entraient quand même pour admirer des meubles qui étaient pour eux complètement inabordables. Ça leur procurait un petit fantasme et, pourquoi pas, leur permettait de rêver d’avoir un jour ce salon, cette chambre à coucher ou cette cuisine ?!


Mais dans la dernière ligne droite, les gens semblaient se précipiter pour ne pas rater l’édition. Surtout ceux qui devaient absolument acheter des meubles. A vrai dire, nombre de nos concitoyens procèdent par stratégie. Et voilà ce que beaucoup de couples font. Ils programment leurs visites séparément. La femme va toute seule de son côté repérer et se faire une petite idée sur les articles qui correspondent au budget de son couple. De son côté, le mari essaie aussi d’aller à la découverte des produits exposés pour comparer par la suite son choix à celui de son épouse. En fin de compte, ils reviennent ensemble au salon trancher. C’est du moins l’avis de Nizar Mallouli, l’un des exposants. Dans son stand, relativement moyen par rapport à d’autres nettement plus spacieux et aménagés avec plus de moyens, ce jeune spécialiste du mobilier est content de l’affluence record enregistrée lors du premier week-end du salon. Et c’est lui qui a constaté cette approche des couples un peu particulière. «Comme je suis tous les jours au stand, j’ai constaté que bon nombre de couples viennent la première fois séparément. Ensuite, quand ils reviennent nous voir ensemble, je les reconnais parce qu’entre-temps, j’avais déjà pris contact avec eux, séparément. En fait, cette approche leur permet d’avoir une meilleure idée et de se fixer au préalable sur le choix», explique-t-il. Au sujet de cette édition qui sera clôturée en fin de cette après-midi, Nizar est plutôt satisfait du nombre record de visiteurs. A son avis, le dernier week-end n’en demeure pas moins important car beaucoup de nos concitoyens préfèrent s’y rendre vers la fin.


Parmi les visiteurs du salon du meuble, une bonne partie va plutôt pour rêver. Dès lors que les meubles de leur choix restent en dehors de leurs moyens, ils ne se privent pas pour autant du plaisir des yeux. Ils prennent alors leur temps pour admirer les articles qui leurs plaisent, s’installent confortablement sur les séjours, essaient les chaises des salles à manger et tentent de récolter le maximum de détails sur les différents modèles ainsi que toutes les possibilités de paiement. Ils se rendent très souvent à la douloureuse évidence que ces meubles sont destinés à une catégorie de clients nettement plus aisés, mais ne se découragent pas et continuent leur tournée d’un stand à un autre.


«Je ne sais plus laquelle de ces chambres à coucher choisir ! En plus tu ne m’aides pas. Pourtant je comptais sur toi pour trouver un modèle», lance une quadragénaire à son amie ; et de lui répondre «mais tu es tellement hésitante et indécise que je n’arrive pas à en placer une avec toi. Je préfère alors te laisser faire toute seule ton choix pour éviter de te perturber encore davantage». La quadragénaire reconnaît qu’elle hésite plus qu’il ne faut et dit à son amie «tu as raison, je devrais me décider et en finir. De toute façon, une chambre à coucher, ça dure deux ans et puis c’est fini !» L’amie de cette quadragénaire n’avait pas l’air de partager cet avis mais ne semble pas avoir vraiment le choix. Les deux femmes continuent leur chemin en essayent de s’arrêter à chaque stand où elles voient des chambres à coucher.


En réalité, cette édition du salon du meuble n’apporte pas de grandes nouveautés. En tous cas, les industriels du meuble ont l’air de faire du copié-collé. Chacun imite l’autre pour rester dans les mêmes modèles. C’est-à-dire qu’il n’y a pas d’innovation particulière ou de recherche. Les couleurs sombres sont maîtresses chez les enseignes prestigieuses qui semblent avoir un grand nom à cause de leurs prix exorbitants plutôt que de la qualité irréprochable de leurs produits. Peu importe, chez ces enseignes qui se disputent la clientèle de la haute sphère, on a misé sur la déco ! En effet, leurs stands sont aménagés de manière à détourner l’attention du visiteur qui va directement vers les objets en cristal, les tapis dont la pièce est à presque mille dinars parce qu’importée, les lustres, les abat-jours, etc. D’ailleurs, les responsables de ces stands n’hésitent pas à préciser à leurs clients que cette année, ils ont introduit les produits de décoration, ce qui n’est pas sans accrocher les visiteurs. Entre temps, au moment où un vase design coûte 60 à 70 dinars, le bahut, qui est le meuble en bonne et due forme, est vendu à 13 mille dinars. Et il y a des gens qui l’achètent à ce prix et qui prennent également le divan à 8 mille dinars et la salle à manger dont la chaise revient à 2.500 dinars. Rien chez ces enseignes ne coûte moins d’un million. A partir du tapis jusqu’au moindre meuble, le plus anodin qui ne surprend en l’occurrence que par son prix. C’est vrai que les industriels du meuble en Tunisie essaient de placer la barre très haut en terme de modèles mais beaucoup de visiteurs ont l’impression qu’il s’agit uniquement d’une question de prestige. Ces industriels ont tellement envie d’attirer les bourses importantes qu’ils mettent le paquet sur les tarifs, plutôt que sur autre chose. Pour preuve, nombreux sont ceux qui traînent par la suite un canapé qui a fini très vite par se casser ou un autre meuble qui n’a pas tardé à laisser voir ses défauts. Cela étant, ces meubles restent dans les cordes des Tunisiens très aisés qui n’ont pas de soucis financiers pour changer un meuble ou rénover tout le mobilier d’une ou toutes les pièces.


En tous cas, les marques ont nettement investi dans l’éclairage de leurs stands. Certains ont opté pour des lumières fortes dont les cibles son bien déterminées au préalable, alors que d’autres sont allés plutôt vers les ambiances intimes. Avec des bougies odorantes, des lumières tamisées et des filles éparpillées par-ci par-là, le client est plus absorbé par l’atmosphère que par le produit lui-même.


Dans d’autres stands, les enseignes réputées populaires, n’ont pas été non plus sans investir dans la décoration. Certes, les moyens n’étaient pas les mêmes, ni la qualité du design non plus. Mais ces marques étaient fortes d’un rapport qualité-prix qui semblaient convenir aux bourses moyennes. D’une manière générale, le visiteur du salon réalisera d’emblée la différence entre deux extrêmes : d’une part, il y avait des enseignes aux produits inaccessibles au Tunisien moyen, mais avec les modèles d’actualité et «in», et d’autre part, il y avait ce qu’on pourrait associer au bas de gamme, aux modèles très cheap, qui sortent des anciens temps, très vieux jeu par la même occasion. Entre ces deux extrêmes, se positionne la moyenne gamme qui assure intelligemment un rapport assez équilibré entre la qualité et les prix. Le goût, c’est une autre paire de manche. Car la plupart des gens qui ont du goût et qui veulent s’inscrire dans la tendance branchée, n’ont pas réellement les moyens nécessaires pour débourser des milliers de dinars.


 


Maryem KADA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com