Santé : Pellicules du cuir chevelu : Entre thérapie médicale et traitement cosmétique





Par le Docteur Faika Chérif Ben Hamida*


 


Affection ignorée même de certains traités de Dermatologie, les « Pellicules » ou Pityriasis Capitis Simplex n’en demeurent pas moins un sujet toujours d’actualité du fait de leur fréquence et de leur retentissement à la fois esthétique et psychologique non négligeable.


L’origine du mot Pityriasis vient du grec « Pituron » faisant une analogie entre l’exfoliation notée au cuir chevelu et l’enveloppe de la graine de blé. Ce n’est qu’au XVIIIème siècle, qu’apparaîtra le terme anglais « Dandriff » qui donnera ultérieurement « Dandruff » utilisé couramment dans la littérature anglo-saxonne pour désigner les pellicules. L’état pelliculaire et la dermatite séborrhéique (1) sont actuellement considérés comme deux formes cliniques d’une même entité. Les pellicules se définissant comme une desquamation (2) ou une exfoliation excessive limitée au cuir chevelu alors que la dermatite séborrhéique correspond à une forme plus inflammatoire, érythémateuse (3) et squameuse avec une extension en dehors du cuir chevelu, notamment dans les zones où l’activité sébacée est maximale.  


Les pellicules sont un symptôme fréquent qui touche les deux sexes et notamment les hommes avec un pic de fréquence à l’âge de 20 ans. Cette atteinte élective de l’homme s’explique par un taux de sécrétion sébacée plus important que chez la femme. Le pityriasis peut être sec ou gras, parfois associé à un prurit (4) du cuir chevelu. Notons que l’aspect gras, collant et malodorant  des squames contribue à exacerber la gêne esthétique causée par les pellicules. 


La cause des pellicules est probablement multifactorielle. Le rôle joué par le sébum (5) sécrété par les glandes sébacées est certain, mais il semble accessoire. Il favorise la prolifération d’un champignon du genre Malassezia qui a une grande affinité pour le sébum. Bien que différentes études aient pu démontrer l’absence de proportionnalité entre l’importance de l’état pelliculaire et l’intensité de la sécrétion sébacée ; le rôle joué par ces deux protagonistes est attesté par des faits cliniques et thérapeutiques. Ainsi, l’apparition des pellicules à la puberté surtout chez l’homme, l’amélioration ou au contraire l’aggravation de cet état lors de l’utilisation de certains traitements qui respectivement diminuent ou au contraire augmentent la quantité de sébum sont autant d’arguments plaidant en faveur du rôle de la séborrhée. De même, l’efficacité des traitements antifongiques a été largement démontrée, avec une amélioration clinique parallèle à la réduction du nombre de levures et une récidive lors de la recolonisation du cuir chevelu.  Cependant, le mécanisme exact de survenue des lésions au cours des états pelliculaires reste méconnu. La prolifération de cette levure au cuir chevelu induit probablement un état micro-inflammatoire à ce niveau qui se traduit par une desquamation exagérée. 


Le traitement des pellicules a bénéficié d’une meilleure compréhension de ces mécanismes physiopathologiques. Il repose essentiellement sur l’utilisation de shampooings antipelliculaires. Dans la formulation de ces shampooings on retrouve une base lavante douce diversement associée à :


- des agents antifongiques pour agir sur le Malassezia tels que la pyrithione de zinc, la piroctone  olamine, le sélénium ; - des agents exfoliants pour faciliter le décollement des squames tels que l’acide salicylique, l’ichtyol, l’huile de cade ;- des agents anti-inflammatoires et antiprurigineux.                                                                 


Des traitements agressifs, des soins mal adaptés, des shampooings trop détergents peuvent irriter le cuir chevelu qui devient sensible avec sensation de picotement et démangeaisons. Les progrès de la cosmétique permettent actuellement de disposer de shampooings antipelliculaires d’une grande efficacité, d’une haute tolérance et d’utilisation agréable. Récemment, des laboratoires de recherche, certifiés dans le monde, ont développé un complexe original : « Le Vita Ace » qui est un mélange de trois principes actifs associant un Amino Acide, des Céramides extraits de l’huile de Tournesol et de la  vitamine E. Ce complexe aide à nourrir et à renforcer les barrières naturelles des cheveux et du cuir chevelu pour leur permettre de faire face aux agressions auxquelles ils sont sujets quotidiennement.


L’efficacité de ces traitements antipelliculaires est  communément reconnue. Cependant, dans cette affection chronique et récidivante, il est impératif d’assurer des soins simples et peu onéreux, seuls garants d’une bonne adhésion au traitement. Dans les formes sévères ou résistantes, un avis spécialisé permettra d’une part de rechercher des facteurs favorisants ou ayant compromis l’efficacité du traitement et d’autre part d’adapter le traitement aux différents symptômes. Dans ces formes, l’utilisation de shampooings médicamenteux éventuellement associés à d’autres traitements locaux ou généraux est nécessaire.


Pathologie fréquente et bénigne, les états pelliculaires du fait de leur caractère chronique et récidivant peuvent induire une gêne majeure chez les personnes atteintes. Depuis quelques années, un regain d’intérêt pour cette affection et une meilleure compréhension de ces mécanismes pathogéniques permettent de proposer des traitements adaptés pour traiter les poussées et éviter les récidives. 


 


* Dermatologue, ancienne Assistante à la Faculté de Médecine de Tunis.


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Notes :


(1) Séborrhée : Hypersécrétion de sébum.


(2) Desquamation : exfoliation de l’épiderme sous forme de squames.


(3) Erythème : congestion de la peau qui provoque une rougeur.


(4) Prurit : vive démangeaison.


(5) Sébum : Sécrétion grasse produite par les glandes sébacées.


(6) Antiprurigineux : qui éliminent les démangeaisons.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com