Au bord du précipice…





L’acquisition d’armes à feu est devenue, ces derniers temps, un phénomène très en vogue  au Liban. Kalachnikov russe, M-16 américain et autre Dragunov, ces fusils des snippers, font l’objet d’un engouement sans précédent à telle enseigne, d’ailleurs, que le prix de ces gadgets de la mort a littéralement explosé en l’espace de quelques mois sur le marché noir. Il ne faut point chercher midi à quatorze heures pour comprendre les raisons sous-jacentes à l’origine de cette fièvre acheteuse, inédite et singulière, qui ne prédit, d’ailleurs, rien de bon.


Hantés par la psychose d’une nouvelle guerre civile, alimentée par la multiplication des accrochages armés et le blocage politique total prévalant dans le pays depuis des mois déjà, les Libanais sont, en effet, de plus en plus nombreux à vouloir faire face à la menace en organisant leur propre défense.


La hausse des ventes d’armes légères au pays du Cèdre, qui sont utilisées du reste dans 90% des conflits civils de par le monde, est loin d’être un banal fait divers.


Tout au contraire, il s’agit d’un précédent gravissime dans un pays aux abois où la population est en proie à une déprime collective et craint le pire.


Il faut dire que la situation n’est point réconfortante. Aussi bien l’opposition que la majorité au pouvoir, qui se livrent depuis des mois à un bras de fer musclé, campent farouchement sur leur position et rechignent à lâcher du lest, bloquant  ainsi l’élection d’un président par le Parlement. Le hic, c’est que le plus dur est à venir et la crise prend de plus en plus de l’ampleur en raison des interférences étrangères qui ne font que jeter davantage de l’huile sur le feu de la discorde.


Devenu par la force des choses un enjeu stratégique de premier plan où s’exercent les influences de tout acabit, particulièrement celles des grandes puissances pour des considérations bassement hégémoniques, le Liban se trouve aujourd’hui au bord du précipice. La situation peut dégénérer, en effet, à tout moment et le spectre d’une nouvelle guerre civile se fait de plus en plus ressentir.


Pour tout dire, le détonateur de ce scénario catastrophe est déjà mis en place et les ingrédients d’une potentielle bombe à retardement sont désormais réunis, au grand dam du bon sens et de la raison.


Sans vouloir jeter un pavé dans la mare, tous les dirigeants libanais, toutes mouvances politiques confondues, sont responsables du pourrissement de la situation.


L’obstination morbide des uns et des autres à ne pas en démordre est un non-sens, voire une aberration monumentale au regard des véritables enjeux de cette sordide course pour le leadership, à savoir l’intégrité et l’unité du pays qui se trouvent aujourd'hui lourdement menacées. Les dirigeants libanais ont le devoir moral et la responsabilité historique de faire preuve de réalisme, de consacrer le dialogue constructif et de transcender leurs divergences, pour sauver leur pays des affres de l’incertitude.


Le Liban se passerait certainement et très volontiers d’une guerre civile dont il a fait l’amère expérience et dont il garde encore les terribles séquelles...


 


Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com