Invention et innovation en Tunisie : Les grands ennuis des porteurs d’idées…





La politique engagée depuis plusieurs années dans notre pays, et qui vise à faire de l’invention et de l’innovation un des mécanismes de création d’entreprises, est-elle en train de donner ses fruits? M. Salem Ben Salem, secrétaire général de l’Association Tunisienne des Inventeurs (ATI), en parle avec détails…


 


Tunis-Le Quotidien


D’après les connaisseurs, la question est très complexe. D’aucuns estiment également qu’elle restera aussi compliquée tant que les problématiques condamnant le binôme « Invention-Innovation » n’est pas traité avec le sérieux escompté.


D’autre part, le mot « innovation » est aujourd’hui tellement à la mode dans les discours des politiques. De leur côté, économistes, journalistes et commentateurs sont souvent aussi nombreux à user, et parfois abuser, du même terme dans leurs propos. Par contre, sur le terrain, la réalité est différente. Ceux qui sont au fait de cette réalité considèrent que les inventeurs et les innovateurs sont confrontés à plusieurs problèmes.


En effet, malgré le fait qu’elle soit très souvent citée parmi les mécanismes susceptibles d’aider à l’allègement de l’ampleur des problèmes d’un marché de l’emploi incapable de résoudre le problème du chômage des cadres, l'invention-innovation est un choix stratégique qui risque de finir dans l’impasse, si l’on tarde encore à traiter ses problématiques avec beaucoup plus de sérieux.


M. Salem Ben Salem, secrétaire général de l’ATI, est l’un de ceux qui sont bien placés pour parler des problématiques de l’invention-innovation en Tunisie. « La situation de l’invention et de l’innovation en Tunisie se résume en trois grandes problématiques », note-t-il. Et d’ajouter : «Le premier problème concerne l’évaluation, c'est-à-dire prouver la paternité de l’invention. A la limite, ce n’est pas un problème grave, mais c’est une étape très importante pour décider de la valeur et de l’utilité économique de l’invention ».


Notre interlocuteur indique que, faute d’évaluation, certaines inventions s’avèrent futiles. «Pour cette raison, je considère qu’il est indispensable que chaque invention soit évaluée à sa juste valeur. Faute de quoi, on risque ou bien de se trouver en train de dépenser de l’argent pour une invention sans utilité, ou bien encore de passer à côté d’une invention très importante pour le pays ». La solution à ce premier problème consiste, toujours selon le secrétaire général de l’ATI, à créer un cadre administratif structuré et spécialisé à qui incombera la mission de l’évaluation des inventions. 


La deuxième grande problématique qui caractérise le domaine de l’invention et de l’innovation en Tunisie, réside, toujours d’après notre interlocuteur, au niveau du suivi et des mécanismes d’encouragement mis à la disposition des porteurs d’idées d’invention ou d’innovation. «Dans la plupart des cas, les inventeurs et les innovateurs sont incapables de donner corps à leurs projets à cause de l’absence des ressources matérielles nécessaires pour la fabrication des prototypes », explique M. Ben Salem.


Il va falloir souligner, toutefois, que dans le milieu industriel, il existe pourtant une Prime d’Invention pour la Recherche et le Développement (PIRD) destinée au soutien matériel des initiatives d’innovation ou d’invention dans les entreprises. Les initiatives individuelles restent, quant à elles, privées de toutes formes d’accompagnement matériel.


Pour résoudre cette question, une initiative a été mise en œuvre par l’ATI. «A travers une convention signée avec le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Technologie, l’ATI milite pour créer un cadre de soutien financier semblable au PIRD qui sera dédié aux initiatives individuelles », indique le secrétaire général de l’ATI qui estime que ce projet, une fois concrétisé, « doit résoudre beaucoup de problèmes ».


Mais il restera encore une troisième grande problématique qui nécessite une intervention. Elle concerne la protection des inventions et des innovations. M. Salem Ben Salem indique à ce propos que «plusieurs inventeurs trouvent des difficultés lorsqu’ils arrivent à la phase du dépôt des brevets auprès des structures spécialisées ». Le comble c’est que parfois on découvre qu’il est beaucoup plus simple de breveter une invention tunisienne auprès d’un institut de normalisation étranger qu’auprès de l’INNORPI!



Ainsi, il reste beaucoup de travail à faire pour que l’invention et l’innovation forment un véritable fer de lance dans la stratégie du pays en ce qui concerne la création d’entreprises. Une stratégie plus que jamais basée sur la promotion de l’initiative privée.


 


H.G.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com