Les grands débats au «Quotidien»… Des turbulence aux crises ?…





Premier volet : La BVMT et les turbulences internationales...


 


Invité : * M. Ahmed Karam, Directeur Général d’Amen Bank


 


Depuis quelques mois, le monde de la finance est perplexe. De la crise financière aux Etats-Unis qui contamine les marchés internationaux, à la flambée des cours des matières premières et des produits de base et du pétrole, en passant par la récession économique et au ralentissement de l’activité dans la zone euro, les opérateurs s’interrogent. En Tunisie et ailleurs dans la zone Méda-Sud. Dans quelle mesure ces turbulences financières ne contamineraient-elles pas, à terme, la sphère réelle en général et dans les pays Méda-Sud en particulier, et notamment, en Tunisie.


Le « QUOTIDIEN » initie en collaboration avec « PERSPECO », Laboratoire Euro-Med d’Analyses Economiques, une série d’entretiens avec des personnalités du monde de l’économie et de la finance, pour faire le point de la situation, et évaluer les perspectives futures, en Tunisie, et plus généralement dans la Zone Méda-Sud.

Tahar El Almi


 


Dans ce premier volet, nous avons invité M. Ahmed Karam, Directeur Général d’Amen Bank, pour nous présenter son point de vue sur la problématique.


 


Le marché tunisien est devenu très fébrile, après les désajustements financiers survenus au lendemain de la crise financière aux Etats-Unis, relative aux crédits à risques et qui n’est pas prête de se terminer. Y a-t-il un risque de contamination pour le marché boursier tunisien?


« Je ne pense pas réellement qu’il y a un risque à ce niveau. Le marché tunisien n’est pas totalement intégré au marché international. Des garde-fous protecteurs fonctionnent encore efficacement. Je vise en particulier le contrôle des changes qui ne permet pas aux non-résidents d’acquérir des actions librement en Bourse au-delà d’un certain seuil.


Ces limitations seront toujours en vigueur, parce que l’économie tunisienne ne peut pas supporter des remous de grandes amplitudes et des chocs monétaires et financiers externes.


Et si depuis quelques semaines, on avait observé des réajustements au niveau du marché boursier de Tunis, ce sont des corrections purement conjoncturelles. Elles ne sont nullement attribuables à la crise financière internationale récente».


 


Si ces garde-fous, en matière de change, sont utiles pour protéger le marché, est-ce qu’ils ne risquent pas de contraindre le développement des marchés financier et boursier tunisiens?


« Du tout. Nous constatons que la part des étrangers non-résidents, acquéreurs d’actions en Tunisie, est entrain d’augmenter d’année en année. Ils ne semblent pas être bloqués par les limitations actuelles. C’est que les sociétés cotées sur la place de Tunis offrent des attraits évidents aux investisseurs, demandeurs de rendements importants avec un minimum de risques.


Je pense que le développement du marché financier tunisien, la consolidation de sa croissance et son rayonnement jouent un rôle d’outil majeur pour la collecte de l’épargne longue et le financement des investissements productifs, créateurs d’emplois et de revenus stables.


Le marché financier actuel est porté par des entreprises privées. De fait, les entreprises publiques ne semblent pas privilégier le recours au marché boursier et les privatisations tels que celles des cimenteries ou des entreprises de télécoms se sont réalisées, sans passer par le marché financier. Il serait autrement plus intéressant que parallèlement à la cession de la majorité du capital de ces entreprises à des investisseurs non résidents, une partie minoritaire soit proposée aux épargnants pour accroître la base du marché financier et augmenter par la même occasion, sa profondeur.


De même, la demande peut se développer très rapidement, si les principaux organismes de prévoyance et de sécurité sociale à excédents permanents de ressources orientent une partie, même minime, de leurs liquidités vers des placements dans des valeurs mobilières.


Se créera ainsi progressivement la profondeur qui manque tellement au marché boursier tunisien et sans laquelle, il sera difficile de voir se consacrer la finance directe comme outil majeur de mobilisation de l’épargne longue et comme source privilégiée de financement des entreprises.


 


En parallèle à ces aspects structurels, ne pensez-vous pas que la politique de change relativement contraignante contribue négativement au développement du marché boursier?


Non, je ne le pense pas. Au contraire, les assouplissements mis en place récemment en la matière, permettent une ouverture raisonnée du marché boursier et financier de la place de Tunis sur le marché international.


Il ne faudrait pas non plus, perdre de vue, les différents chocs qu’ont eu à subir les places asiatiques, suite aux désajustements des marchés financiers internationaux, au cours des trois dernières décennies.


Et tout récemment encore, la crise du marché financier américain des « sub primes », les fameux crédits à risques américains, a provoqué des effets de contamination sur les marchés européens et asiatiques.


En ce qui concerne, la Tunisie, je pense que nous avons toujours besoin d’une relative protection, de la place de Tunis. Une ouverture excessive du marché financier, risque d’amplifier les mouvements spéculatifs et de générer des bulles boursières et financières qui finiront par éclater. Et l’on a vu les conséquences de cette situation sur la sphère réelle et sur la croissance économique.


Ce dont la place de Tunis a besoin, c’est une dose de sélectivité pour attirer des capitaux non résidents réellement intéressés par les marchés financier et boursier tunisien pour éviter de les fragiliser en les soumettant aux chocs monétaires et financiers internationaux.  


Néanmoins, il ne faut pas oublier que toute protection administrative ne peut jouer qu’un rôle secondaire dans la crédibilité du marché boursier. Cette crédibilité demeure largement tributaire de l’efficacité de la gestion de l’économie nationale et de la solidité des fondamentaux. Elle demeure également fortement liée à la profondeur du marché, à la modernisation de ses mécanismes de fonctionnement et surtout à l’autonomie et l’indépendance des organes de régulation.


La Bourse de Tunisie est sur la bonne voie. Avec plus d’ambition et d’audace, elle peut jouer un rôle important dans une stratégie opérante ambitionnant de faire  de Tunis un centre financier régional.           


 


  Propos recueillis par :

Mouna Haouet et Slim Kéfi


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com