Exposition : Le forum de la Photo





Au total, ils sont 46 photographes de trois générations différentes à fixer leur objectif sur les objets, les personnes, les paysages, les scènes les plus troublantes, les plus insolentes, les plus provocantes, les plus tendres de la vie, côté ombragé, côté illuminé. Ce sont les couleurs de cette vie, dressée dans la verticale, couchée sur l’horizontale, sur la transversale, ou carrément épanouie dans tous les angles de l’espace. C’est l’élixir de 30 ans de clic et de ré-clic…avec et sans rendez-vous et au gré de tous les hasards. Dommage, la période était trop courte pour une expo pareille.


A la croisée de mille et un chemins, les photographes de Tunis se sont pour une fois donné rendez-vous en cette heureuse année 2008. Et ils ont atterri à El Teatro. Il n’y a pas mieux que le couloir et la galerie que les Jebali appellent : Aire Libre. Photoforum est le titre de l’expo organisée par Mach, un véritable festin de couleurs et de trouvailles...réunies sous le même toit et sous les mêmes hospices, par les pèlerins des spectacles saisis au vol et qui s’expriment dans leur mutisme et leur immobilité.


Organiser une telle manifestation dans quelques mètres carrés, gérer à la fois 46 artistes et rassembler 75 œuvres de divers formats, de différentes expressions et différents regards n’est pas une mince affaire pour quiconque. Il faut vraiment le faire. Mahmoud Chelbi (ou Mach comme on aime l’appeler) l’a fait. Et pas seulement, car il l’a réussi, en créant du 5 au 18 février l’événement de la saison — et qu’on regrette qu’il soit limité dans le temps — avant de céder les cimaises de l’espace à une autre expo en solo, cette fois-ci, avec Chaf (encore un surnom artistique). Il s’agit bien de Chafik Gaïes qui sera l’invité de l’espace jusqu’au 4 mars prochain.


Dès le seuil, notre regard s’est promené dans un monde ordonné dans son désordre. Des vues en gros plan. C’est un fouillis d’images. Un véritable temple de tous les imaginaires. De toutes les mises en scène. C’est un cumul de fictions montées sur une vérité éphémère. Le temps d’un clic. Un clin d’œil qui ne trompe pas. Mais qui peut se composer et se décomposer, déroutant l’ordinaire et devenant un délire de créativité à ne pas finir, à ne plus contrôler…


Dans ce brouhaha de sons, de musicalités, d’expressions nuancées qui donnent de la voix, il y a bien sûr les anciens. C’est-à-dire, les pionniers qui ont marqué l’âge d’or de la chambre noire avec les moyens du bord de l’époque. Ensuite, ont suivi les autres avec de nouvelles idées, aidés par les technologies nouvelles. Enfin, la troisième vague est arrivée en force avec le numérique et tout ce qui suit. Résultat: un palmarès de vues qui se côtoient, qui se heurtent, et qui arrivent à tenir un commun discours — avec leurs différences et ressemblances —, celui de l’art qui se moque royalement des frontières, des contraintes, des âges.


L’expo de l’Aire Libre est une porte ouverte pour oser, pour parler du non-dit, pour donner libre cours à une fougue quelconque, à une idée vagabonde qui se dilue en couleurs claires, balayée par des nuances noirâtres. Et à chaque créateur son monde de clair-obscur. Ceux qui ont eu droit à une escapade du côté d’El Teatro se sont certainement amusés en contemplant l’œuvre d’une pléiade de nos jeunes et moins jeunes artistes. Qui ont quelque part dans leur tête un brin de bonne folie à passer. Nous pensons notamment aux dinosaures, comme Jacques Perez, Ridha Zliti, Mohamed Ayeb, Claude Perez, Mohamed Ali Essaadi, Hamideddine Bouali, Abderrazak Khechine, Salah Jabeur, Ahmed Zelfani et autres Marianne Catzaras, Lilia ben Zid, Ons Abid, Khouloud Drissi, Sami M’Rad, Aïcha Ben Mustapha, Mouna Jmal…Et tant d’autres talents confirmés qu’on a oublié de citer sur notre chemin. Désolé, ce n’est qu’un un petit trou de mémoire.


Nous nous permettons ici, sans aucune arrière-pensée, de gratter un peu de la croûte de fierté de notre ami Mach. Qui aurait dû, à notre humble avis, prolonger cette expo jusqu’à un peu plus d’un mois. C’est très peu 13 jours pour admirer le travail de tout ce beau monde. C’est trop peu pour les gens qui font des recherches sur l’art de la photo dans nos murs. C’est trop peu pour que les jeunes et leurs aînés se frottent et découvrent les démarches les uns des autres. C’est trop limité dans le temps pour que l’expo soit vue par le maximum d’amoureux de l’art de la photo. Et enfin, rien que pour rendre hommage aux premiers de cet art, il faut un peu plus de temps, en guise de respect. Bravo tout de même à Mach qui y a pensé. Et c’est déjà beaucoup.


 


Z. ABID


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Des symphonies en images


 


Pour démonter toutes ces petites merveilles qui charment le regard, il n’a fallu à Mach (le gérant de l’Aire libre) qu’un tout un petit laps de temps avant de céder la place à un autre invité. Qui a eu quant à lui, tous les honneurs pour «squatter» tout l’espace et accrocher ses derniers travaux.


 Mardi dernier, lors du vernissage de «LUMIversPOINT!» (nom de l’exposition de Chafik Gaïes), il y a eu bon nombre de férus de l’art de la photo, des amis de la galerie d’El Teatro, des artistes en général et des photographes en particulier. Pour ne pas les nommer, nous citons ici les Ali Zenaïdi, Mounir Mabkhout, Rachida Amara, Najet Gherissi, Ghassen Chaïbi… 39 véritables coups de cœur en photo numérique ou en argentique ont donné des idées et à réfléchir aux invités. Gaïes a élaboré cette fois-ci autour d’un fond foncé. C’est le grand noir qui règne dans son générique et c’est ce noir-là qui fait ressortir un lacis de fils. Qui tournent au gré de son imaginaire en se bobinant, se lovant et se déroulant sur un axe invisible qui n’existe que dans sa tête. Chaque tableau, peu importe son format, reproduit cet acte en mouvement continu, qui nous renvoie à l’éternel cercle vicieux de la reproduction, et qui, comme un arc-en-ciel, se colore de tous les tons illuminant l’espace d’un festival de symphonies. Au point de faire de l’ombre au noir d’origine et de s’éclater en puzzles. Qui n’ont de signification qu’en se mettant en un seul bloc. Celui de la vie, de la vérité. L’exposition qui se terminera le 4 mars mérite le déplacement.


 


Z.A.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com