Diplômés du supérieur à la recherche d’une première embauche : Voyage au bout d’une course d’obstacles…





Pour décrocher un emploi plus ou moins sécurisant, les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur se lancent dans une course d’obstacles au bout de laquelle les plus méritants ne tirent pas forcément leur épingle de jeu.


 


Tunis - Le Quotidien


Cloué devant une borne interactive, où défilent des centaines d’offres d’emploi au beau milieu du Bureau national d’emploi des cadres (BNEC) à Lafayette, Tarek Bayoudh, titulaire d’une maîtrise en langue et littérature arabes, espère devenir enseignant. En attendant de réussir au concours d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire (CAPES), il a été acculé à faire des concessions. «J’ai fait un stage d’insertion dans la vie professionnelle (SIVP) dans une câblerie à Tunis. J’étais payé 300 dinars, somme dont la moitié provient des caisses de l’Etat. Mais là où le bât blesse, c’est que j’ai été remercié sans explication au moment où je devais être titularisé», raconte, avec beaucoup d’amertume, ce jeune au teint brun des gens du Sud.


Depuis qu’il a quitté l’université en juin 2005, avec en poche une maîtrise obtenue de l’Institut supérieur de gestion de Tunis (ISG), Omar Ben Abdelkader est à la recherche d’un emploi stable. Comme la plupart des jeunes fraîchement débarqués de l’université , il se rend au BNEC une fois par semaine au moins. «Je viens ici chaque lundi pour consulter les nouvelles offres d’emploi. Je souhaite réussir à l’un des concours de la fonction publique auxquels je participe régulièrement», confie-t-il. Ce jeune de 25 ans pour qui le célibat est une obligation et non pas un choix multiplie depuis plus de deux ans les petits boulots: guide touristique, réceptionniste dans un hôtel, téléopérateur dans un centre d’appels français. «Accéder à l’administration relève désormais de la loterie. Mais je ne jetterais pas l’éponge d’autant plus que l’âge maximum de participation aux concours d’entrée dans l’administration a été porté à 40 ans», dit-il optimiste.


Titulaire d’une maîtrise ne finances de la prestigieuse Ecole des hautes études commerciales de Tunis, Sarrah Rebaîi est consciente des efforts déployés par les Pouvoirs publics pour gagner la bataille de l’emploi. «La Tunisie a ouvert grandement le robinet de l’éducation. Aujourd’hui, les universités déversent chaque année des dizaines de milliers de diplômés au moment où on ne trouve pas assez de petites culottes pour meubler les classes des écoles primaires. C’est le secteur privé qui est désormais appelé à relever ce défi», précise-t-elle. Et d’ajouter: «J’ai décidé de monter mon propre projet pour ne pas croiser les bras en attendant un emploi très hypothétique dans l’administration», indique-t-elle, confiante.


 


Pistons et clientélisme


L’augmentation du nombre des diplômés de l’enseignement supérieur est à l’origine, selon beaucoup de demandeurs d’emploi, d’un recours excessif à des pratiques qui ne favorisent pas une saine concurrence entre les postulants. Il s’agit du phénomène des pistons et du clientélisme. «Sans être pistonnés, même les lauréats galèrent souvent», estime Jihène Bouricha, ingénieur. Cet avis est partagé par Mohamed. B, gérant d’une société d’expertise comptable. «Dès qu’on publie une offre d’emploi dans les journaux, on se trouve inondés de coups de fils de gens hauts placés qui nous recommandent leurs proches», confie-t-il.


Ce phénomène touche aussi bien le secteur privé que l’administration qui n’est plus le premier fournisseur d’emplois. Au cours des cinq dernières années, elle n’a recruté qu’entre 8000 et 11 000 personnes.


Le nombre des diplômés qui arrivent chaque année sur le marché de l’emploi est passé de 24.543 en 2001 à environ 49.000 en 2005. Il devrait atteindre 73.000 en 2009 et 101.000 en 2014. Le plan de développement pour la décennie 2007-2016 table toutefois sur une baisse du taux de chômage des diplômés grâce notamment à l’impulsion de l’investissement privé, étranger en particulier.


Ce plan fixe un objectif de 6,3% de taux de croissance du PIB en moyenne par an, ce qui permettra de ramener le taux de chômage des diplômés à 14,1% seulement pour le quinquennat 2007-2011 et à 11,3% pour le quinquennat 2012 - 2016 au lieu de 16% actuellement.


 


W.K.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com