Les jeunes et la rupture des études : Un mal… nécessaire pour certains !





Prématurément, certains élèves décident d’arrêter leurs études pour changer de cap. D’autres se font renvoyer définitivement de l’école. Certains choisissent quand bien même de poursuivre leurs études dans des écoles libres. D’autres n’ont plus aucune envie de suivre des cours. Comment peut-on expliquer cette rupture subite des études ? Quelles sont justement les perspectives pour un jeune qui n’est pas parvenu au bout de son cursus ?


 


Tunis — Le Quotidien


Les jeunes aspirent tout particulièrement à vivre à l’abri du besoin, de se faire de l’argent et d’avoir une profession digne. Mais, paradoxalement, plusieurs jeunes dont essentiellement les garçons quittent l’école en quête d’un chemin vraisemblablement plus…court alors que les études sont considérées comme le moyen le plus sûr pour se garantir un avenir professionnel serein et une culture générale respectable. Toutefois, plusieurs jeunes gens diplômés n’arrivent pas à trouver un job. De l’autre côté, bon nombre qui se sont lancés dans les sports (le football spécialement), qui ont pénétré dans le monde du mannequinât, dans celui glamour du cinéma ou encore du chant (notamment avec l’effervescence du phénomène des reality-show dont «star Academy», «super star», etc.) sont, aujourd’hui, parmi les jeunes…millionnaires. Certains jeunes élèves et étudiants ne croient donc plus à la sacralité de l’école. Les études seules ne semblent plus satisfaire les besoins des jeunes élèves. Ce à quoi ils aspirent avant tout, c’est de se faire de l’argent. La majorité d’entre eux trouvent inutile de gaspiller autant de temps à étudier surtout si une opportunité de faire fortune leur est offerte… Toutefois, la majorité de ceux qui font ce choix ne sont pas en général très brillants. Ils savent qu’ils n’ont pas leur place parmi les élèves studieux. Un comportement qui, même s’il nous pousse à croire que ces élèves sont paresseux et irresponsables, cache bien évidemment, une grande amertume et une grande inquiétude quant à leur avenir. Certains optent alors pour la formation professionnelle qui semble leur ouvrir de nouvelles perspectives et de plus larges horizons. D’autres ne savent pas trop quoi faire. Ils quittent l’école tout en rêvant de devenir riches et célèbres… Les autres sont contraints d’aller à l’école puisqu’ils n’ont aucun penchant pour les arts ou les métiers. Et entre les uns et les autres, certains jeunes, même s’ils ne quittent pas carrément l’école, sèchent les cours et ne font aucun effort pour améliorer leur rendement. Les études représentent pour eux une vraie corvée. Ils y restent seulement parce que leurs parents les y obligent. Les cancres et même certains élèves moyens croient que le fait de continuer à aller à l’école est une perte de temps dans la mesure où ils sont incapables d’améliorer leurs résultats et surtout parce qu’ils ont la tête ailleurs…


 


Sofiane, étudiant, 21 ans, n’a jamais pensé à quitter l’école. Il pense que les lauréats auront déjà beaucoup de mal à avoir une place sur le marché du travail. Que dire alors de ceux qui n’ont pas de diplôme universitaire ! «Je crois que le problème est lié en quelque sorte à cette fougue de l’adolescence, à cette tendance à croire à des chimères. Lorsqu’on est jeune, et à l’âge de l’adolescence, on prend les problèmes un peu trop à cœur. Il est probable que le fait qu’un jeune vive des problèmes familiaux, qu’il ait des problèmes financiers, psychiques ou affectifs le pousse à délaisser ses études. Il voit les problèmes plus grands qu’ils ne le sont en réalité. Et comme l’adolescence est propice aux rêveries et est également l’âge de la révolte et de la recherche de repères, il va se comparer aux autres et se sentir ainsi au-dessous d’eux. Il sentira donc un besoin pressant de changer de vie tout de suite. Ce qui l’en empêche, croit-il à tort, ce sont les études ! Parfois c’est l’entourage qui l’encourage à quitter l’école pour l’aiguiller vers un commerce, pour qu’il travaille et tente de gagner de l’argent ou encore pour…émigrer clandestinement. Malheureusement, cette décision prise à la hâte peut lui coûter cher. D’autres jeunes tranchent net. Ils pensent que la scolarité est un chemin beaucoup trop long et ils refusent de vivre leur jeunesse à attendre l’infime somme que leur donnent les parents comme argent de poche. Ils ne peuvent pas non plus avoir la patience d’attendre d’avoir un diplôme et finir comme salarié. Le salaire, même s’il est important, ne peut pas de nos jours couvrir tous nos besoins», dit-il.


 


Mouadh, étudiant, 20 ans, pense que le fait d’arrêter les études ne concerne généralement que les élèves ayant des difficultés scolaires. «Il est impossible de croire qu’un élève brillant arrête ses études s’il a de bons résultats et s’il passe normalement d’une classe à une autre. La majorité des élèves ne quittent pas les bancs de l’école délibérément. Ils redoublent plus de deux fois la même classe et ils sont renvoyés. Il ne s’agit pas d’un choix personnel. Toutefois, même s’ils n’ont pas choisi de se faire renvoyer, ils demeurent les premiers responsables de leur échec scolaire. Je ne crois pas qu’il existe des personnes bêtes. Chacun a un degré d’intelligence. Mais ce qui fait la différence entre deux élèves c’est que l’un bosse et est assidu alors que l’autre est plutôt oisif et paresseux. Il est probable que cet élève qui a des résultats vraiment modestes ne soit pas renvoyé mais qu’il quitte tout de même l’école. Pourquoi ? Justement, je pense que le fait d’avoir du mal à réussir le pousse à croire qu’il ne parviendra jamais au bout de son cursus. Au lieu de perdre inutilement son temps à essayer d’améliorer son rendement, il préfère frapper à d’autres portes. Il peut choisir de suivre une formation professionnelle s’il a un penchant pour un métier spécifique ou encore de chercher illico un job. Moi, je n’ai jamais pensé à le faire. Je tiens à mes études et je sais qu’il suffit de travailler pour en récolter les fruits», dit-il.


 


Mohamed, élève, 21 ans, vient d’arrêter ses études. Le jeune homme n’a plus de souffle pour continuer. Au lycée, il a eu beaucoup de problèmes et il en a ras le bol d’être toujours sermonné. «Depuis une semaine déjà, je ne fais plus rien! Je me réveille le matin, comme d’habitude, je vais au lycée, mais je n’y entre pas du tout. Toutes ces années passées à subir les directives et les sermons des enseignants et du staff de l’administration m’ont essoufflé d’autant plus que je ne suis pas du genre vraiment très brillant. Et puis, franchement, je ne crois pas du tout que les études peuvent nous garantir aujourd’hui un avenir serein. C’est du temps perdu en vain ! Je préfère donc passer à autre chose. D’ailleurs, dans quelques jours, j’ai un entretien d’embauche pour un poste de téléopérateur dans un centre d’appels. Je pourrai au moins commencer à gagner ma vie et à avoir mon propre argent. Je ne peux plus attendre encore cinq autres années à recevoir de l’argent de poche ! Je ne regrette pas du tout et si c’était à refaire, je crois que je n’hésiterai pas. Je ne crois plus aux études», dit-il.


 


Nizar, 19 ans, a pensé une fois à rompre ses études. Mais, lucide, il a laissé tomber cette idée et continue tant que bien à étudier. «Je ne sais pas vraiment pourquoi cette idée m’a hanté durant un moment. Mais ma mère s’est mise dans tous ses états lorsque je lui ai fait part de ce que je comptais faire. Et je ne peux pas faire quelque chose qui l’affecte à ce point. J’ai donc fini par laisser tomber. Maintenant, je continue à étudier sans vraiment croire que les études me permettront de garantir mon avenir. Le marché de l’emploi est saturé et je ne sais vraiment pas quel chemin je dois prendre. Mais, je n’ai pas d’autre alternative pour le moment, je dois d’abord avoir mon bac, ensuite je vais voir ce que je peux faire», dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com