Les jeunes et l’usage de la violence : La force du poing traduit une faiblesse de l’esprit





Il est un fait que la violence chez les jeunes gens gagne du terrain. C’est, certes, une forme d’expression ou de réaction normale de la colère, à un contretemps ou à un conflit. Mais lorsqu’il y a un déluge d’insanités, d’obscénités, d’injures et d’actes de violence, il y a vraiment de quoi se poser des questions ! Pourquoi les jeunes usent et abusent du langage de la force ?


 


 


Tunis-Le Quotidien


Alors que certains jeunes se réfugient dans l'isolement, d'autres expriment leur malaise par une révolte souvent accompagnée de violence. Il est, cependant, essentiel de comprendre les origines de cette brutalité. La crise d’adolescence suscite, certes, de l’irritation chez les jeunes, mais elle est loin d’être l’unique raison de l’agressivité et de la violence verbale et physique. La violence à la télé, dans certains genres musicaux, dans les jeux vidéo, mais aussi les difficultés financières, les mauvaises fréquentations, etc. sont également des raisons à prendre avec beaucoup de sérieux. Mais ce qui est encore plus important et influent c’est le déficit de l’éducation parentale. Plusieurs couples, hélas, mènent une relation très agitée. Si l’enfant, à peine les yeux ouverts, est confronté le matin à des injures et ne les referme le soir qu’après une scène de ménage très violente accompagnée de gestes brutaux et de mots grossiers, il est évident que cela troublera sa constitution psychique. En plus, un adolescent doit faire face à des transformations quasi-subites qui le bouleversent. Le changement rapide de l’aspect physique, les émotions vives et sporadiques peuvent donner naissance à des pulsions d’agressivité. Mais avant de condamner un adolescent qui passe soudainement d’un enfant sage à un pubère violent avec des excès colériques, on doit comprendre que c’est une preuve de souffrance, de mal-être et de détresse. Ce n’est pas pour rien que l’on colle le mot crise à l’adolescence ! Cette jeune personne se cherche et essaie de trouver sa place au sein de la famille et dans la société. Et cette quête passe souvent par un conflit et une rébellion. Difficile alors pour les parents de rester calmes face à un jeune qui se révolte, qui n'écoute jamais et qui n'en fait qu'à sa tête ! Cette rébellion agressive est liée à ces paradoxes que l’adolescent subit sans pouvoir les comprendre ou encore les maîtriser ! Il essaie donc parfois de masquer ses angoisses et ses faiblesses avec un comportement violent et agressif. Il peut également agir de la sorte parce qu’il cherche d’attirer l’attention sur lui. Une manière de crier à l’aide ! Il est alors nécessaire de comprendre l’origine de ce changement pour qu’il n’y ait pas débordement. Les premières manifestations bénignes de révolte peuvent prendre une tournure vraiment violente si l’on n’agit pas à temps et surtout adéquatement. Il est donc urgent de réfléchir concrètement aux besoins des encadreurs, des parents et aux demandes des ados pour intervenir en amont et essayer d’apporter des solutions efficaces.


Hakim, 18 ans, n’a jamais frappé quelqu’un. Le jeune homme ne profère pas non plus des mots injurieux et vulgaires. L’usage de la force, lui ? Connaît pas ! «Jamais je n’ai fait usage de mon coup de poing. Je n’ai jamais, non plus, dit des mots violents et grossiers pour régler un problème. A vrai dire, je suis du genre raffiné, gentleman, courtois et surtout très diplomate. Je crois que cet univers est équilibré parce qu’il est basé sur un ensemble d’oppositions. Il y a des personnes nerveuses et d’autres calmes, il y a aussi des personnes fortes et d’autres physiquement faibles, il y a ceux qui sont intelligents et d’autres ayant l’esprit limité. Je pense que les personnes vulgaires, agressives et violentes sont les personnes les plus faibles psychiquement. Elles ne possèdent aucune intelligence pratique qui leur permette de résoudre le problème de manière sobre, soft, clean et très classe sans se salir les mains et sans prononcer une seule grossièreté. On a toujours l’impression que ceux qui frappent et qui cognent sont ceux qui sont les plus forts. C’est archi faux ! En fait, on ne passe aux injures, aux gros mots et à l’usage de la force physique que si on ne peut vraiment pas convaincre notre vis-à-vis. L’on refuse que l’autre prenne le dessus psychologiquement. Alors on use du poing et de propos déplacés, c’est tout… L’usage de la force pour moi est de pouvoir maîtriser mon adversaire sans le toucher. Pour d’autres, qui sont vraiment très limités d’esprit, c’est le seul moyen de s’affirmer. Et, franchement, c’est un moyen non civilisé, très primitif et barbare».


Khalil, 18 ans, n’a également jamais fait usage de la force. Poli, sage et affable, il est contre les actes de barbarie qui transforment l’homme en être sauvage, primitif et très indigne. «Quand est-ce qu’on frappe ? C’est lorsqu’on n’a aucun autre moyen de parvenir à nos fins. Et quand est-ce que toutes les issues se bloquent ? C’est lorsque l’autre nous domine ! Je suis persuadé que la violence, qu’elle soit gestuelle ou verbale, n’exprime qu’un profond sentiment d’incapacité et un grand malaise. Cela reflète que la personne est limitée d’esprit et qu’elle n’a aucun moyen de s’affirmer à part les cris, les injures et les coups de poing», dit-il.


Ahmed, 18 ans, n’a jamais fait appel à la force. Il arrive toujours à résoudre ses problèmes avec diplomatie. «Je pense que l’usage de la force reflète un grand déséquilibre psychique. Je suis sûr que les personnes violentes sont dérangées quelque part. Mais il ne faut pas se montrer vraiment sévère dans nos jugements. Parfois, un enfant, né dans un entourage vraiment pitoyable - alcoolisme du père, mère violentée, pauvreté, frustration, échecs successifs, etc. - lorsque qu’il grandit, il a envie d’exprimer sa rage au monde entier. Il a envie de crier pour manifester sa souffrance intérieure. Sauf qu’il choisit généralement la bonne victime : celle qui est plus faible que lui physiquement, une fille par exemple, pour pouvoir se défouler et c’est vraiment à indigne».


Abir, 18 ans, est certaine que l’usage de la force reflète automatiquement un complexe acquis lors de la prime jeunesse. «Personne ne va se montrer violent s’il n’a jamais été violenté ou encore s’il n’a jamais vu quelqu’un à l’œuvre ! Les altercations existent pratiquement dans tous les foyers. Si les scènes de ménage ne rendent pas tout le monde violent, cela ne passera pas sans laisser des séquelles surtout chez les gosses fragiles ! De plus, certains enfants ne sont pas seulement spectateurs dans ce genre de dispute. Parfois l’un des parents, ou les deux à la fois, leur donnent des claques. Certes, quelques fessées ne rendent pas la personne agressive, mais certains enfants sont vraiment violentés par un parent au point d’avoir des bleus partout. Si le mot d’ordre à la maison rime avec tension et agression, l’on se sent désemparé et frustré. Cette frustration se transforme en violence surtout si, ajoutée à cette ambiance malsaine, l’enfant a de mauvaises fréquentations, qu’il voit des films violents et qu’il souffre d’autres problèmes : échec scolaire, échec sentimental ou manque d’argent. Il s’en prendra au monde entier et sera violent et agressif».


Fayrouz, 19 ans, s’est disputée une fois avec une fille et elle n’a trouvé d’autre moyen que de lui donner quelques baffes. «Je ne suis pas du genre à me laisser piétiner. Une fille a osé me voler quelque chose de précieux. J’ai tout fait pour récupérer ce qui m’appartient, mais elle n’a pas voulu comprendre. Un jour, je l’ai rencontrée au hammam, je l’ai tirée par les cheveux et je lui ai donné une bonne raclée. Depuis, elle m’a rendu mon bien et elle ne s’est plus avisée de mettre les pieds dans mon territoire ! Certains ne comprennent que le langage de la force et je ne veux pas me la jouer polie avec ce genre de personne».


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com