Par Abdelmajid CHORFI





Le camp de la barbarie


L’ouverture du prochain salon du livre à Paris sera présidée conjointement par les présidents français et israélien, soixantième anniversaire de la création de l’Etat hébreu oblige. Nul support ne peut mieux pérenniser cet événement qui, rappelons-le, signifie une terrible tragédie pour le peuple palestinien et un chancre dans le corps de la nation arabe.


Réaction immédiate de la Ligue arabe: le boycott de cette manifestation qui constitue, avec la foire du livre de Francfort, deux magnifiques opportunités pour la promotion de ce vecteur incontournable du savoir et de la connaissance. Certains écrivains arabes qui se frottaient déjà les mains d’aise à l’idée de figurer sur les stands de ce salon verront, sans nul doute, leur conscience interpellée. Des voix lucides et militantes parmi leurs confrères arabes ont en effet protesté contre cette participation, une participation qui équivaut à la reconnaissance de facto des crimes commis par l’Etat hébreu. Elle signifierait une belle satisfaction pour Israël d’avoir mis dans sa poche, la frange du monde arabe, c’est-à-dire les gens de plume, qui est de cœur avec les Palestiniens sans calcul ni arrière-pensées.


Evidemment, les écrivains du camp adverse, israéliens et juifs dans le monde, ont salué la tenue de ce salon, dont ils comptent certainement faire une bonne rampe de lancement pour justifier la politique inique d’Israël. Et on ne peut pas leur en vouloir, ils sont conséquents avec eux, l’injustice appelant l’injustice.


Ce qui par contre révolte, c’est la prise de position hallucinante de certains intellectuels juifs. Ils n’ont pas hésité à comparer l’appel de la Ligue arabe au boycott comme étant un appel à un autodafé de livres, anathème à la culture, une manifestation de l’obscurantisme le plus crasse. Bref, un geste barbare.


Je m’étonne que des intellectuels profèrent de telles accusations quand Israël ne fait que semer la mort et le chaos à Gaza, tirant sur tout ce qui bouge, femmes, vieillards et surtout les bébés, comme s’il fallait éradiquer tout germe naissant, tout «terroriste» potentiel.


_____________________


 


La double revanche


Il y a moins d’un an la France vivait au rythme de la pré-campagne pour la présidentielle. Chirac et son poulain n’étaient pas au top de leur cote de popularité. On broyait du noir à l’Elysée et à Matignon. Au même moment Nicolas Sarkozy caracolait en tête comme un pur-sang dans une course hippique. Il était certes talonné par la candidate socialiste, Ségolène Royal. Mais on ne donnait pas cher des chances de celle-ci, notamment dans le face-à-face télévisé. On murmurait même dans la sphère politique qu’elle s’effondrerait devant l’astucieux candidat UMP.


Et de fait, elle s’était effondrée au terme de ces joutes. Les médias s’étaient ligués pour affirmer qu’elle avait perdu pied et sang-froid devant Sarkozy. Et cette injuste assertion avait fini par la précipiter dans le ventre mou des sondages.


Le résultat on le connaît, Sarkozy montait sur le trône, de ce que certains analystes appelaient «monarchie élective». Il rayonnait sur la France, sur l’Europe, sur le monde avec son compère l’Américain Bush. C’était à qui reviendrait l’honneur de l’avoir à sa table, de profiter de ses sentences, de lui serrer la main.


Ah serrer la main de Sarkozy, c’est là que le drame a commencé à se nouer. Dans le salon de l’agriculture, Sarkozy s’était laissé aller à un bain de foule. A l’instar de Chirac qui adore et qui... y réussit. Tout baignait dans l’huile quand soudain surgit un individu... On connaît la suite et le mot injurieux du président français à son adresse.


Sarkozy a perdu son self-contrôle. Du coup, la Royal que l’on disait nerveuse et émotive se fendait d’un jugement assassin, lui recommandant de garder sa sérénité. C’était sa revanche !


Deux ou trois jours plus tard, Chirac débarquait dans le même endroit. Bain de foule comme il en a le secret. Accueil plus que chaleureux qui a contrasté avec l’accueil réservé à son successeur. Atmosphère de grande émotion et d’intense convivialité autour de l’ex-président.


C’était sa revanche à lui aussi !


 

Abdelmajid CHORFI


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com