Les soucis des jeunes : Avenir, amour et sérénité





Optimistes et joviaux, certains jeunes prennent goût à la vie et ne baissent pas les bras face aux obstacles. D’autres, ayant des conditions plus difficiles et une nature moins insouciante, considèrent la vie comme un véritable combat. Dans leurs regards, l’on ressent un certain malaise et une certaine amertume. Pourquoi ? Qu’est-ce qui peut rendre d’aussi jeunes personnes tristes et soucieuses ?


 


Tunis-Le Quotidien


Entre fureur de vivre, avenir flou et crise d'adolescence, le chemin des jeunes est pavé de nombreuses interrogations. C'est la période des «premières fois» : premières amours, premières expériences, première cigarette, première réussite, premier échec… Cet ensemble d’événements heureux et malheureux qu’ils vivent forment la trame de leur existence et caractérisent les conditions de leur vie. La majorité des jeunes sont débordants de vitalité. Et les obstacles ne doivent pas, a priori, représenter des freins. Ils sont encore frais et ils ont toute la vie devant eux. Ils sont aussi censés vivre de manière insouciante et agréable d’autant plus que leurs responsabilités sont minimes. Pourtant, plusieurs jeunes semblent vivre un certain ras-le-bol. Soucieux, inquiets, ils semblent porter un lourd fardeau… Ils trouvent injuste que d’autres soient vraiment gâtés par la nature et qu’ils aient moult avantages alors qu’eux n’ont pas autant de chances ! Leurs conditions matérielles, scolaires, morales, sociales, affectives ou environnementales semblent vraiment compliquées. Même leur vie quotidienne se transforme parfois en une série d’obstacles… Et ils sont tout le temps contrecarrés et contrariés. Ces jeunes-là pensent toutefois qu’ils ont droit à la vie et aux rêves. Mais, plus ils visent haut, plus ils sont contraints de cravacher dur. La conjoncture actuelle implique un grand sérieux et un gros labeur. Il est donc évident que chacun y mette du sien pour rendre ses rêves réalisables. Mais cela ne leur semble pas du tout évident ! Plusieurs embûches ne leur permettent pas d’aller de l’avant pour parvenir au bout de leur rêve. Les jeunes se posent de nombreuses questions et ne savent pas toujours vers qui se tourner…  


 


Fahmi, candidat au bac, 20 ans, avoue ne déguster que très peu de moments vraiment heureux. La majorité du temps, il se sent sur du charbon ardent. Il a même parfois l’impression de se retrouver dans une impasse. «Avant de parler de mes soucis, il faut d’abord que je détermine les choses essentielles dans ma vie et qui, je crois, sont aussi importantes pour chaque jeune personne. Ce à quoi un jeune aspire est de réussir sa vie affective : dans les rapports familiaux, amicaux et amoureux et de réussir sa vie sociale : dans ses études, l’argent et l’avenir professionnel. S’il y a une seule composante qui boite, c’est déjà un problème ! Que dire alors lorsque la majorité de ces choses ne marchent pas ! Pour commencer avec le plus essentiel, pour le moment, je dois parler de ma vie scolaire. Nous affrontons beaucoup d’obstacles… Et le comble c’est que parents, enseignants et staff de l’administration nous imputent la responsabilité de l’échec. Or, je ne crois pas du tout qu’il existe un seul jeune qui ne veuille pas réussir. A l’école, il y a du favoritisme, seuls les élèves riches ou très brillants sont considérés avec estime, le reste (qui est majoritaire) est toujours passé au second rang ! Lorsqu’un élève arrive en retard, il n’a pas droit à un billet d’entrée. Ils nous obligent donc à nous absenter, ensuite c’est nous qui sommes accusés de faire l’école buissonnière. Certains professeurs nous imposent de suivre des cours particuliers. Le cas échéant on est négligé et si l’élève s’avise de poser une question à l’enseignant, il peut être accusé de troubler le cours et peut même «récolter» un rapport !. A la maison, on n’arrête pas de nous stresser à cause du bac, au point de nous rendre la tâche encore plus difficile. Lorsqu’on demande de l’argent, on dirait que l’on a commis un crime. D’un autre côté, nous devons fermer l’œil devant les nouvelles exigences de la vie qui deviennent de plus en plus essentielles. Un jeune qui n’a pas aujourd’hui un ordinateur et un téléphone portable est regardé vraiment de travers ! Quant aux relations interpersonnelles, on ne peut jamais distinguer le vrai du faux tellement les autres, et spécifiquement les filles, ne sont attirés que par l’artifice, la matière et les intérêts. Au bon milieu de tous ces problèmes au quotidien, il est évident qu’on ait des soucis, voire qu’on perde le goût de la vie », dit-il.


 


Omar, candidat au bac, 20 ans,  a également beaucoup de soucis. Ayant toujours les nerfs à vif, le jeune homme se sent débordé par des problèmes qui le dépassent. «C’est fou ! Les parents ne nous initient pas à être à jour depuis notre scolarité primaire et on a pris l’habitude de faire quelques efforts seulement la veille des examens pour réussir et passer d’une classe à l’autre. Cette année, je passe le bac et je fais des efforts pour travailler au jour le jour. C’est un rythme auquel on ne m’a pas habitué. Je crains de rater mon bac et c’est déjà un lourd fardeau à porter. D’autant plus que les conditions à la maison ne sont pas de tout repos et que ma vie affective ne va pas bien. Mon père n’est jamais présent pour moi, il ne m’écoute pas, ne me comprend pas… Plus encore, il dépense beaucoup pour ses «soirées» et rentre tard. Lorsqu’il reste à la maison, il devient irritable. J’ai tellement envie de lui dire que j’ai besoin de lui, que j’ai besoin de sa compréhension et de son attention, mais je n’y arrive pas ! Et ce qui me rend encore plus amer, c’est qu’après trois ans d’idylle, ma petite amie commence à changer. J’ai l’impression qu’elle devient de plus en plus matérialiste et sa famille me refuse parce que j’ai des conditions matérielles plus ou moins limitées. Des soucis ? Je n’ai que ça…», dit-il amèrement.



Mohamed Ali, 19 ans, semble ne plus croire en rien. Le jeune homme a tellement reçu de mauvais coups qu’il ne peut plus rester une seule minute sans sentir un poids vraiment lourd lui peser sur le cœur. «La déchéance morale, voilà mon plus grand souci ! Les personnes qui m’entourent  légitiment des actes condamnables et défendent des causes indéfendables ! La suprématie des instincts, des vices et la matière rendent les gens ignobles. Nous vivons dans une sorte de jungle où seuls les plus forts et les personnes sans principes peuvent vivre. Ils savent pourtant que ce qu’ils font va à l’encontre des conventions sociales et des principes communs qui se sont ancrés en eux depuis l’enfance. Le fait d’orienter nos potentialités et nos capacités naturelles dans le sens du bien général, est une preuve de maturité, de réflexion et non pas d’inhibition. Or, j’ai l’impression d’être le seul à croire à ce genre de choses… Je ne me sens pas dans mon élément et je suis toujours déçu par ceux qui m’entourent. De plus, je vois mon avenir vraiment flou. Je crains de ne pas trouver un emploi parce que les personnes pistonnées sont toujours privilégiées et moi, je n’ai personne pour m’épauler», dit-il



Hichem, 18 ans
, se fait également des soucis pour son avenir. Le jeune homme ne supporte pas d’aller dans un chemin dont il ignore le bout et c’est ce qui le rend vraiment inquiet. «Terminer mes études ou arrêter ? Penser à m’installer pour mon propre compte ou chercher un poste stable ? Choisir telle ou telle filière ? Ce sont des questions qui me triturent les méninges quotidiennement. Et j’ignore la réponse. Je me fais des soucis pour mon avenir parce que, aujourd’hui, tout se juge selon le compte qu’on a en banque et l’échelle sociale à laquelle on appartient! Finis les jugements moraux qui prennent en considération la valeur humaine des gens. La matière dénature tout et c’est le plus gros souci de la majorité des jeunes», dit-il.


 

Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com