Où va l’ONU ?





Si elle n’affiche pas un mutisme affligeant, voire suspect, face à des tragédies qui dépassent pourtant le seuil de l’humainement supportable, l’ONU a pris, depuis quelque temps, la fâcheuse manie de mettre carrément les pieds dans le plat quand elle décide enfin de sortir de sa léthargie. Le propos n’est point gratuit ou infondé si on se réfère aux dernières déclarations, plutôt fracassantes, du nouveau secrétaire général de l’organisation onusienne. Ban Ki-moon, par on ne sait quelle logique, n’a pas hésité, en effet, de qualifier «d’actes terroristes» les tirs de roquettes palestiniennes contre Sderot et le Neguev. En cela, il est le premier diplomate et le premier S.G. de l’ONU à utiliser le terme «terrorisme» dans une déclaration officielle relative au conflit du Proche-Orient.


On savait, depuis belle lurette déjà, que l’Organisation des Nations Unies est devenue un pantin désarticulé, une espèce de marionnette manipulée à l’envi par les mains expertes des grandes puissances, au gré de leurs intérêts stratégiques et hégémoniques et leur desiderata. Ce diagnostic peu gratifiant n’est point nouveau puisque, de son temps et non sans raison, le général de Gaulle qualifiait l’ONU de «grand Machin». Un machin, grand par le nom et le nombre des Etats membres, mais petit, serait-on tenté de dire, pour ses prises de position qui sortent de l’ordinaire, dans le sens négatif du terme s’entend. Ban Ki-moon, censé être le gardien du temple des valeurs universelles de la justice, de la légalité et de la cohabitation heureuse entre les cultures, les religions, les peuples et les nations, joue à fond la carte de la partialité outrancière, celle-là même qui  enfonce davantage le clou dans la chair exsangue des opprimés.


A moins qu’il ne s’agisse d’un déplorable lapsus, ce qui n’est pas du tout le cas, apparemment, les envolées lyriques de Ban Ki-moon constituent un précédent gravissime, puisque le S.G. de l’ONU assimile sans ambage les mouvements de libération nationale à des organisations terroristes. Plus troublant et révoltant encore, Ban Ki-moon a pris soin de ne pas piper un seul mot au sujet du terrorisme d’Etat, tel que pratiqué par Israël et qui a coûté la vie à plus d’une centaine de Palestiniens à Gaza, dont des femmes et des enfants, se contentant de qualifier de «disproportionnée» cette expédition punitive collective aux relents génocidaires. On tombe des nues et on est en droit de se poser mille et une questions sur l’utilité même de cette organisation onusienne en déliquescence qui verse carrément dans la servilité et le non-sens les plus criards. Une Organisation des Nations Unies peu encline - comble d’ironie et de paradoxe - à bouger le moindre petit doigt pour redorer son blason terni et sa dignité bafouée quand ses propres résolutions sont vouées aux gémonies en toute impunité. A défendre l’indéfendable par des positions iniques et injustifiées, l’ONU entame en fait le maigre crédit - si crédit il y a - qui lui reste aux yeux des peuples opprimés qui souffrent le martyre des affres de l’occupation.


La réforme de l’ONU, réclamée à cor et à cri par l’écrasante majorité des pays est, à l’évidence, une nécessité impérieuse à laquelle on ne saurait se dérober au risque de compromettre la stabilité, déjà précaire, dans le monde.


 


Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com