Les jeunes, le vandalisme et le hooliganisme : Unanimement contre !…





Déprédation des biens publics, bruits, bagarres, dommages, violence dans les stades… Nombre de jeunes se comportent de manière complètement inacceptable. Lorsqu’ils sont dans la rue, dans les lieux publics et surtout dans les stades, ils jouent aux hooligans et n’hésitent pas à saccager et à détruire s’ils sont…fâchés ! Pourquoi cette attitude qui frise parfois l’hystérie? Fanatisme, ignorance ou tendance à la violence, quels sont les dessous du vandalisme et du hooliganisme chez les jeunes ?


 


Tunis - Le Quotidien


Même si un enfant maintient une conduite presque irréprochable durant son enfance, il peut toujours avoir des écarts de conduite durant l’adolescence. D’une part, il éprouve un besoin naturel de se révolter et de s’affranchir de tout ce qui représente une autorité et, d’autre part, il peut être influencé par des fréquentations douteuses. Certains n’iront toutefois pas très loin, ils se contenteraient juste de se faire entendre et de réclamer davantage de liberté puisqu’ils ont…«grandi» ! D’autres, en revanche, peuvent aller vraiment loin. Il suffit qu’ils soient loin de la férule des parents pour qu’ils tentent le diable ! Ils se permettent de tirer sur leur passage sur tout ce qui bouge et même sur ce qui ne bouge pas, histoire de laisser une trace qui reflète la rage qui les ronge. Très souvent, les parents trouvent bizarre que leur enfant, autrefois docile et sage, profère des mots inconvenables, qu’il change subitement de comportement et qu’il acquiert un nouveau jargon et de mauvaises habitudes. Il est difficile pour un parent d’admettre que son sage petit enfant devient subitement sujet aux dépassements. Et ils ont raison de s’inquiéter ! La majorité des géniteurs pensent trouver le remède miracle : les punitions. Or, ces punitions n’éradiquent pas le problème à la racine. Un enfant qui s’abstient de commettre des bêtises par peur d’être puni continuera à le faire dès que ses parents ont le dos tourné. Dès lors, lorsqu’un adolescent se retrouve sans contrôle, il peut doubler sa dose de méchanceté : saccage, déprédation des voitures, traçage de tags sur les murs, bris de vitres, destruction des bancs publics et des bancs de l’école, etc. Ces dernières années, les fanatiques sportifs font un amalgame entre vandalisme et vision des matches dans les stades. L’attachement excessif à une équipe ou à certains joueurs témoigne d’une quête d’affirmation de l’identité et peut expliquer la recrudescence du phénomène du hooliganisme. Dès que ces jeunes s’apprêtent à partir pour le stade, c’est la pagaille! Hurlements, cris et bruits accompagnent le cortège. Rien de mal si les choses s’arrêtaient là, on peut même comprendre qu’ils aient besoin de se défouler et de montrer leur soutien à leurs équipes. Sauf, qu’à l’image des hooligans anglais, les jeunes deviennent féroces si leur équipe perd le match. La violence qui s’exprime désormais autour du football est une nouvelle forme de vandalisme dont les gradins sont le théâtre et le match le meilleur prétexte. D’autres profitent des matches pour se défouler et prendre part à de véritables échauffourées organisées en dehors des stades. Dans tous les cas, le sport n’est qu’un alibi. Certains événements ont conduit à faire l’amalgame entre violence et phénomènes de foule.


 


Aman Allah, 19 ans, est un grand fan de l’Espérance Sportive de Tunis. Il a été à plusieurs reprises le témoin des drames qui se déroulent dans les stades. Le jeune homme n’a toutefois jamais participé à des échauffourées. «Je dois d’abord dire que je suis totalement contre ce genre de comportements qui, s’ils peuvent prouver une chose, c’est le manque de civisme et le sous-développement du public sportif. Cela nuit à l’équipe, à son image et démoralise les joueurs déjà abattus suite à leur défaite. Les amateurs et les fans des sports doivent absolument avoir l’esprit sportif et accepter aussi bien la victoire que la défaite. Une fois, j’ai assisté à un match de derby que l’Espérance a remporté. Dès que l’arbitre a donné le coup de sifflet final, j’ai cru que j’allais y laisser la vie. On ne voyait plus que des bagarres, des accrochages, des vêtements déchirés, des coups de poing par-ci et des coups de ciseaux par-là. J’en avais la chair de poule, c’est à croire que nous assistions à la guerre civile entre le nord et le sud ! Si j’ai une déduction à faire, c’est que ces personnes, en majorité des jeunes, sont frustrées et rongées par des ressentiments et de la rancœur. Ils font du stade un exutoire pour libérer leur énergie négative et se débarrasser de la colère. Et, malheureusement, ce sont d’autres gens qui payent les pots cassés».


 


Mohamed Ali, 18 ans, a également été le témoin d’actes de hooliganisme et aussi de vandalisme. Il n’admet pas que des jeunes normalement constitués agissent de la sorte. «Le sport n’a jamais encouragé les débordements, au contraire ! Un sportif ou un fan de sport doit vraiment avoir un esprit ouvert et tolérant. Je trouve complètement absurde qu’un jeune effleure la mort et risque de se retrouver en taule rien que parce que son équipe préférée a perdu un match! Celui qui se rend au stade est censé y aller pour voir un match et non pas pour saccager, détruire et se bagarrer ! D’ailleurs, les stades ne sont pas le seul théâtre d’un tel drame. Les jardins, les maisons, les rues, les murs, les voitures, les biens publics, les bus, les métros et même les écoles sont parfois vandalisés et saccagés. Pourquoi ? C’est simple, ces jeunes-là sont des voyous qui veulent déverser leur fiel quand ils sont en colère. Toutefois, pourquoi n’expriment-ils leur colère que sur les biens publics et les biens d’autrui, je me le demande?».


 


Jassem, 19 ans, reconnaît avoir agi à la manière des hooligans. Le jeune homme donnerait n’importe quoi pour effacer cet incident de sa mémoire tellement il a des remords. «Je suis clubiste. Mon amour pour le Club Africain est vraiment grand et lorsque je vais au stade pour voir un match, je paye mon billet, je chante, je supporte mon équipe de toutes mes forces… Lorsque le Club ne gagne pas la partie, je me sens très déçu. Plutôt j’ai comme la sensation que l’équipe a trahi ma confiance et qu’elle n’a pas mérité que je sois un aussi fidèle supporter. Je perds donc totalement le contrôle de mes nerfs et je me sens vraiment très en colère. Ces saccages auxquels j’ai participé transmettaient un message à mon équipe : un message pour traduire que j’étais en colère. Lorsque je suis sorti du stade, j’ai cassé la vitre d’une voiture d’un supporter de l’équipe adverse. Mais juste après, je me suis senti très mal, j’ai alors attendu le conducteur pour lui présenter mes excuses et je lui ai proposé de payer les frais de la réparation. Mais il a été vraiment gentleman et m’a dit qu’il me pardonne».


 


Wajdi, 19 ans, n’a jamais commis des actes de vandalisme. Il n’a jamais non plus admis que des supporters agissent comme des hooligans. «Tout le monde peut se sentir contrarié, frustré ou en colère. L’échec fait partie de la vie et ce dans tous les domaines. Cela justifie-t-il pour autant que l’on commette des actes de vandalisme, qu’on saccage les biens d’autrui? Bien sûr que non ! Pourquoi ces jeunes en colère ne s’en prennent-ils pas à leurs propres biens? Ils disent avoir perdu leur self-contrôle et qu’ils agissent avec manque de discernement et de lucidité. Or, ils choisissent leurs victimes et ils choisissent les choses à saccager. Pourtant, quelqu’un en colère doit s’en prendre à la première chose qu’il trouvera sous la main, son portable par exemple ! Mais non, ces personnes détruisent les biens d’autrui ou encore les biens publics. Ce sont des fanatiques frustrés qui veulent transmettre un message à leur équipe. Ils veulent la punir parce qu’elle les a déçus, voilà toute l’histoire. Quant à ceux qui le font en dehors des rencontres sportives, il s’agit de jeunes maladivement envieux rongés par la haine et le mépris. Ils veulent également détruire parce qu’ils n’ont pas la capacité de posséder le même bien qu’autrui», explique-t-il. 


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com