Cinéma italien à Tunis : Belles toiles de la Botte





Pour ne pas rompre avec leur image de notoriété, les Italiens cherchent à reconquérir du terrain dans leur fief méditerranéen et ne surtout pas lâcher la bride aux autres gens, ni d’Hollywood ni d’ailleurs qui, comme eux, font du bon cinéma.


 


 


Ceci est sur le plan quantitatif. Car, comme nous le savons, nos voisins de l’Italie sont ceux qui produisent le plus de films dans le sud du Vieux continent. Sur le plan qualitatif aussi, le pays de Carla Sarkozy se défend merveilleusement bien.


Ceci est une des réputations de cette Italie d’art et de savoir-faire qui aime garder jalousement sa place et son aura dans un bon périmètre en offrant les nouveautés dans l’art. Et de sauter sur n’importe quelle occasion pour se démarquer. La dernière en date, c’est l’Année 2008, proclamée celle du Dialogue interculturel.


L’Institut culturel italien en collaboration avec MedFilm Festival ont glané pour nous entre les 3 et 10 mars une corbeille de fines fleurs au parfum du 7ème Art contemporain. Cette Meglio Gioventu’ va se «trimbaler» au gré des mois dans d’autres capitales. Après Tunis, il y aura notamment d’autres rendez-vous de cette fabrique de marque déposée. Des cycles et des événements auront lieu et toujours en 2008 à Alger, Istanbul et Ankara. Avec probablement des escales et des débats dans l’air.


Tunis a eu donc le privilège d’être parmi les premiers sur la liste à accueillir, dès mars, 13 films, avec une avant-première spéciale et un cycle de 6 titres du projet de Filmitalia, La Meglio Gioventu’.


Le 3 mars dernier, une conférence a été donnée par la directrice de l’Institut de l’avenue Mohamed V. La rencontre a eu lieu au siège en présence de deux jeunes réalisatrices des films proposés, devant un parterre de journalistes de la place et autres cinéastes tunisiens. Nous avons reconnu Abdellatif Ben Ammar, Brahim Letaïef, Salma Baccar, Mourad Ben Cheïkh et autres critiques invités des clubs. Qui font, bon an mal an la promotion cinématographique dans nos murs.


Une première aussi : à l’issue de la conférence, le cortège de présents a été invité dans la résidence du chef de la diplomatie italienne accrédité à Tunis pour un déjeuner à l’«américaine» autour d’un buffet de pure gastronomie italienne. Et c’est lors de cette rencontre que tout le monde a donné libre cours à ses prochains projets de partenariat solide. Outre le succès fou de «La Graine et le Mulet» de Abdellatif Kéchiche, il y aura certainement «une coopération plus féconde et les films tunisiens seront dans la programmation des salles de cinéma dans un futur proche», des propos recueillis au fil du hasard (entre l’entrée, le plat initial, le dessert et le café espresso). Parmi les 200 salles qui illuminent Rome et sa banlieue, on nous promet que la Tunisie aura sa bonne part d’éclairage et de ce qui se tourne dans la rive sud. «L’essentiel pour nous est de promouvoir notre cinéma en Italie. C’est cette opération-là qui nous intéresse plus que la commercialisation. Car, il faut passer par la familiarisation avant toute chose. Il faut que les Italiens découvrent, à leur tour, eux aussi ce que font de beau leurs proches voisins», a lancé la cinéaste Salma Baccar à ses collègues de l’Italie. Une chose illico notée et qui sera validée et faite dans les prochains jours, dans le cadre de la coopération tuniso-italienne.


 


Des plages d’amour et de fiction


Quelques heures après ce même jour, Italiens et Tunisiens se sont donné rendez-vous au centre de la capitale rien que pour «L’abbuffato» de Mimmo Calopresti, projeté en avant-première à CinemAfricArt. Les cinéphiles tunisiens ont aimé cette fiction de 102 minutes. Qui se sont déroulées dans le fin fond du sud italien. Dans des atmosphères qui nous sont assez familières. Et on n’est pas sorti de l’auberge. Puisque tout est sur le tournage et l’image. Tout raconte l’amour et la mémoire et les temps qui ne tournent pas en rond. Les aînés qui laissent tomber des jeunes talents en les lâchant au premier tournant. Ces jeunes n’abdiquent point et finissent par aller ailleurs, frapper à toutes les portes et s’introduire à leur façon dans le milieu de la télé. D’où des fructueuses rencontres se tissent à Rome avant de voir fleurir un projet avec des Français. Et quand il s’agit de Depardieu, un fiancé amoureux fou d’une Italienne brunette, tout devient possible. Les images du film souvent perdues dans la nature sur un écrin de bonne musique ont étoffé la mise en scène et l’idée-mère, proposée par l’auteur de «La Seconda Volta», Mimmo Calopresti et Monica Zapelli. Les séquences du film ont cette âme chaude d’une Méditerranée agitée mais qui se veut présente partout sans qu’elle ne perde son Nord et ses étoiles. A la fin de la projection, un tonnerre d’applaudissements a éclaté dans la salle de l’Africa. Et d’après leurs appréciations positives au sortir du film, les gens ont aimé. Beaucoup aimé. Les autres films proposés sont aussi du même genre qui a plu aux Tunisiens. Car tout passe en revue les actualités de la société d’en bas. Avec ses ambiguïtés, ses complexes labourés de profondes traces de déception et entrecoupées de scènes de désolation et qui donnent parfois la chair des poules, à réfléchir sur le monde d’aujourd’hui. Avec ses tares et avatars.


Pour ceux qui n’ont pas eu, pour une raison ou une autre, le temps d’y aller et de savourer les sauces de l’Italie, d’autres rendez-vous sont ponctués mensuellement. Pour ce, et pour un complément d’infos, il faut s’adresser à l’Institut italien afin de programmer quelques sorties de ciné. Et ce n’est pas mal du tout, promesse de cinéphiles avertis.


 


Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com