Les jeunes et le mensonge : Mentir pour se protéger





Le mensonge peut avoir plusieurs formes. Certains mentent pour éviter des problèmes, d’autres pour se vanter. Le mensonge peut devenir chronique et se transformer en pathologie… Fait-il partie du mode d’emploi des jeunes? Pourquoi mentent-ils les jeunes justement ?


 


Tunis-Le Quotidien


Le mensonge est certes banni par la morale et par les conventions sociales, mais pratiquement, chaque être humain a dû mentir, ne serait-ce qu’une seule fois dans sa vie. Par peur, par vantardise ou par méfiance, toute personne peut débiter des mensonges sans pour autant être un véritable menteur. Cela dit, certains sont des menteurs invétérés. Ils font des  mensonges auxquels ils semblent croire. Ils laissent libre cours à leur imagination et agissent partiellement ou complètement comme si ce qu’ils débitaient comme mensonges étaient vrais. Une pathologie qui sert de compensation pour combler une réalité non satisfaisante. L’entourage confond généralement le simple mensonge avec le mensonge pathologique. Il peut donc ridiculiser et tourner en dérision celui qui, pour cet entourage, n’est qu’un frimeur et un fanfaron. Or, ces personnes sont malades et croient, dur comme fer, que ce qu’ils disent est… vrai ! Ils confondent réalité et imaginaire. Ce qui n’est pas le cas pour quelqu’un qui ment par vice ou qui ment consciemment et volontairement…  Mais comment arrive-t-on là ? Il semble que le mensonge tient ses origines de la petite enfance. Un enfant qui a été traumatisé par une grande rigidité de la part de ses parents se réfugie dans le mensonge afin d’éviter de sévères châtiments. Or, parmi les règles qu’on inculque aux enfants c’est de ne jamais mentir. Aucun parent ne tolère que ses enfants mentent. Mais si l’on attend des enfants qu’ils soient sincères, les parents doivent donner l’exemple, les aider à s’exprimer sans se sentir menacés et de savoir leur pardonner de temps à autres des gaffes innocentes et sans grandes conséquences. Mais si l’on demande aux enfants de ne dire que la vérité, il faut faire de même. Or, si jamais un visiteur importun frappe à la porte et que le père demande à son fils d’aller dire que « papa est sorti » et que ce dernier refuse de mentir, il aura droit à une bonne raclée ! Autre exemple : la maman, devant ce même enfant, n’arrête pas de se vanter lors de ses conversations de salon et déforme une discussion qui a lieu entre elle et son mari la veille. Si le petit, croyant aider sa mère à retrouver la mémoire, s’aventure à lui couper la parole pour dire les choses comme elles se sont réellement déroulées, son intervention lui coûtera également une bonne raclée… Que va-t-il se passer dans la petite cervelle de ce gamin? Il peut conclure que les mensonges sont interdits aux petits seulement ! Désormais, cet enfant se permettra de mentir, comme papa ou comme maman… Toutefois, une fois matures, certains ne mentent que s’ils sont vraiment acculés. Des «mensonges blancs, tout comme papa et maman l’ont fait quand j’était petit», diront-ils !


 


Hamza, élève de 17 ans, dit qu’un menteur finit toujours par être démasqué.  «Il est impossible que les mensonges restent cachés. Il est évident que la vérité finit toujours par éclater. Toutefois, je ne crois pas qu’il existe une seule personne sur terre qui n’ait pas menti, ne serait-ce qu’une seule fois dans sa vie. Il est probable que les prophètes et les saints soient incapables de mentir, mais une personne ordinaire est obligée de mentir face à certaines situations. Je ne pense pas non plus que l’ont mente délibérément. Le mensonge est un acte banni par la morale et si l’on ment, c’est sous une contrainte quelconque. Certes, certains maîtrisent l’art de mentir. D’ailleurs, ils ne mentent pas par obligation, ils le font juste pour se vanter, pour frimer ou par attirer l’attention… Mais une personne normalement conçue ne mentira que si elle est dans l’obligation de le faire. En tous cas, moi je ne mens que pour éviter un problème ou lorsque je suis sous pression. Il m’arrive de mentir à mes parents lorsque je reçois de mauvaises notes. Je peux aussi nier avoir commis quelque chose qui peut les énerver. Mais je finis toujours par leur révéler la vérité. Lorsque j’ai une bonne note, je leur parle des bonnes et des mauvaises notes. Ainsi, au moins, je peux être sûr de ne pas trop les énerver. Et lorsque je les vois moins en colère, je peux leur avouer que c’est moi qui ai commis telle ou telle chose. C’est que je ne peux pas mentir et mes parents ne me pardonneront pas s’ils se rendent compte que j’ai essayé de les embobiner. De plus, je ne tolère pas les mensonges des autres et je suis incapable de faire subir aux autres ce que moi je n’aime pas qu’on me fasse».


 


Mohamed Aymen, 17 ans, ment rarement. Il ne ment que pour sortir d’un pétrin ou encore s’il se rend compte que son vis-à-vis ment à son tour. «Je dois d’abord préciser que je ne mens jamais pour causer des problèmes aux autres. Certaines personnes ont le vice de mentir juste pour salir la réputation de x ou pour causer des ennuis à y. Cela n’a jamais été mon genre. En fait, je ne mens que pour éviter la colère de mes parents. Je ne peux pas leur dire que j’ai séché des cours, que j’ai dépensé mon argent de poche dans des parties de flipper à la salle de jeu ou encore que je viens d’avoir une note bien au-dessous de la moyenne ! Cela les mettra en colère et je ne veux pas les décevoir. Donc, je mens… Je peux également mentir aux filles qui veulent se vanter et qui veulent se faire passer pour des filles de riche ou pour des saintes. Je peux savoir si mon interlocuteur ment. Et là, je me mets à mentir à mon tour ! Mais quoi qu’il arrive, je ne peux pas inventer des histoires qui peuvent faire du mal aux autres. Certains le font délibérément pour détruire l’image de quelqu’un qui n’est pas à leur goût et c’est ce genre de mensonge délibéré et méchant que je ne pardonne jamais».


 


Zied, 15 ans, ne ment qu’à ses parents. Le jeune homme craint tellement qu’ils se mettent en colère après lui  qu’il se sent contraint de mentir. «Je ne peux pas dire ? MES parents que j’ai commis une erreur. Chaque parent idéalise ses enfants et essaye de les rendre exemplaires. Or, nous ne sommes pas parfaits. Et tout comme ils ont dû commettre des erreurs dans leur jeunesse, il nous arrive également de commettre des bêtises. Mais un géniteur n’admet jamais que son propre enfant puisse commettre une bêtise. Cela le pousse à croire qu’il a échoué dans son rôle éducatif. Or le problème ne vient pas d’eux. Chaque être humain peut se tromper et puis, c’est seulement en commettant des erreurs que nous pouvons acquérir de l’expérience et gagner en maturité. Cela nous pousse donc à cacher certaines choses aux parents, juste pour ne pas les décevoir», dit-il.


 


Myriam, 16 ans,  dit que de nos jours la majorité des jeunes mentent. La jeune fille se voit contrainte de suivre la…tendance. !  «Je peux dire que je suis sincère et franche et que je ne débite aucun mensonge et baratin. Ce ne sera pas la vérité ! Je mens, je le reconnais. Je peux mentir lorsque je me retrouve dans le pétrin, je peux mentir aussi pour frimer sinon on va me regarder de travers. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, je ne peux pas tolérer qu’on me mente bien que moi je me permette de le faire de temps à autre. Je ne peux pas pardonner que d’autres me débitent des mensonges surtout si on le fait pour me tromper ou pour me piéger», dit-elle.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com