Promotion de la musique tunisienne : Du rôle des médias et des critiques





«Quel rôle des critiques pour le développement de la musique en Tunisie ?» C’est autour de cette question que Mohamed Zinelabidine, directeur de l’Institut Supérieur de Musique, a réuni récemment des critiques et des communicateurs des différentes instances médiatiques de la place pour débattre des problèmes et des défis auxquels fait face le secteur de la musique pour véhiculer une bonne image des artistes et de la production musicale.


 


Cette conférence, qui s’est tenue à l’Institut Supérieur de Musique de Tunis, a réuni un bon nombre de pionniers dans le domaine de la critique musicale à l’instar de notre confrère Hédi Snoussi, rédacteur en chef d’«Al Musawwar», Abdelmajid Sahli, critique musical d’«Achourouk», Mustapha Chalbi, critique d’art, Mohamed Boughaleb, responsable de la communication de l’Etablissement de l’ERTT et d’autres figures de proue du monde culturel en Tunisie. Les intervenants ont tenté de lever l’équivoque sur un ensemble d’ambiguïtés liées au rôle du critique, du journaliste et du mélomane ordinaire par rapport à la production musicale et le secteur de la musique en général.


Dans son intervention, Abdelmajid Sahli a fait une chronologie des critiques musicaux tunisiens indiquant au passage que de nombreux critiques arabes ou tunisiens ne répondaient pas à la vocation de critique musical et qu’ils n’étaient que des chroniqueurs pas plus. Il a donné, à cet effet, l’exemple de Bayram Ettounsi qu’il considère comme plutôt un chroniqueur et non un critique, contrairement à ce que pensent certains. Et de révéler que le métier de critique est loin d’être offert sur un plateau. Abdelmajid Sahli a proposé à la fin de son intervention la nécessité de créer un institut supérieur de la critique.


Pour sa part, Hédi Snoussi a tenté d’expliciter le rôle du critique musical qui, selon lui, doit être focalisé sur la défense de toutes les activités ayant un rapport avec la musique. Il a insisté aussi sur certaines carences des critiques journalistiques qui tendent de privilégier surtout la couverture médiatique et le compte-rendu sans plus. Il a souligné aussi, dans son intervention, la nécessité de prendre en considération tous les avis y compris ceux des spectateurs qui peuvent avoir une position tantôt convergente tantôt divergente par rapport au critique lui-même, tout en attirant à cet effet l’attention sur le droit à la différence. Quant à Mohamed Boughaleb, il s’est évertué à expliciter le vrai rôle des médias dans le développement de la musique en Tunisie. Il a expliqué que l’intervention des différentes instances médiatiques dans le changement du comportement du tunisien vis-à-vis de la musique tunisienne. Il a insisté sur le fait que les médias ne sont qu’un trait d’union entre les artistes, les producteurs et le public. Il a regretté que le mélomane tunisien continue de reléguer la musique tunisienne au second rang. Pour confirmer son propos, il s’est appuyé sur une enquête de l’Observatoire National de la Jeunesse sur le rapport qu’entretient le tunisien avec la musique sur les différents médias de la place notamment la télévision et la radio. Cette enquête, qui porte sur un échantillon de 1200 personnes, a donné lieu à des résultats fort édifiants. Il s’avère, en effet, que 27% des Tunisiens regardent la télévision pour pouvoir suivre des clips des stars de la musique orientale en grande partie, contre 23 % affichant un engouement pour la radio toujours pour cette même fin. En ce qui concerne leur rapport avec les télévisions d’une façon générale, l’enquête a montré que les téléspectateurs tunisiens préfèrent les chaînes satellitaires arabes en premier lieu, parce qu’ils y trouvent leurs clips préférés.


S’agissant des artistes préférés, on trouve que Georges Wassouf reste le chanteur le plus prisé par les mélomanes tunisiens avant même Oum Kalthoum, tandis que Samir Loussif, le premier chanteur tunisien préféré, pointe en sixième position, le deuxième artiste tunisien est classé vingtième ex aequo avec Mohamed Abdelwaheb à la 20ème place. Cette étude montre, à bien des égards, que les médias ont du mal à vulgariser la musique tunisienne auprès des mélomanes tunisiens qui s’intéressent beaucoup plus à d’autres artistes, ce qui constitue un autre frein au développement de la musique en Tunisie sur nos médias.


 


Ousmane WAGUÉ




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com