Les jeunes et la consommation : Le «made in Tunisia» boudé…





La jeunesse tunisienne, dans son comportement comme dans ses habitudes, est influencée par l’Occident. Dans leur manière d’être et de paraître, l’on ressent chez les jeunes cette influence venue de l’Ouest. D’aucuns n’hésiteraient pas à déduire qu’ils ne consomment plus tunisien ! Pourtant, dernièrement durant la période des soldes, plusieurs jeunes ont «dévalisé» les magasins. Achètent-ils tunisien ? Info ou intox ?


 


Tunis-Le Quotidien


De Nike à Armani en passant par le Levi’s, les jeunes raffolent des marques en matière d’habillement. Pour leur toilette, ils préfèrent des produits venus d’ailleurs… et le code-barres étranger a la cote auprès des jeunes. C’est leur gage de confiance, semble-t-il ! Pourquoi ? D’abord, les jeunes suivent la tendance et tiennent à avoir une apparence in et branchée. De plus, ils sont influencés par un «way of life» occidental. En outre, le matraquage publicitaire stimule évidemment des réflexes d’achat chez les consommateurs. Et il n’y a pas meilleure cible qu’une jeunesse en quête de modèles à suivre et qui est à la recherche de repères. Les arguments de vente répétés à la fois à la télévision, à la radio et dans la presse influencent énormément les jeunes, une «proie» facile... Conçue par des spécialistes, la publicité est souvent agressive, elle vante la qualité des produits et repose sur des méthodes graphiques qui ont beaucoup d’impact sur les jeunes. Les mannequins, les acteurs, les joueurs de foot et autres célébrités acceptent de lier leur nom et leur image à une marque ou à un produit. Ces « visages publicitaires » arrivent à gagner la confiance des jeunes et à les pousser à l’acte d’achat de certains produits. Cette pratique est beaucoup plus utilisée en Occident qu’en Tunisie gagne, chez nous, du terrain. Résultat : la majorité des jeunes tunisiens consomment des produits importés. Or, un minimum de civisme et de patriotisme implique que l’on consomme nos propres produits. Il est à noter, par ailleurs, qu’un bon nombre de spots publicitaires sont focalisés sur les produits généralement consommés par des jeunes gens. Et comme nos jeunes rêvent de mener une vie semblable à celle que mènent les jeunes occidentaux, ils y succombent très vite. La mondialisation impose ses lois et les jeunes gens ont tendance à valoriser tout ce qui nous provient des autres continents. En contrepartie, l’on voit certains de nos produits délaissés et abandonnés… Certains disent qu’à part l’alimentation, les produits locaux ne les satisfont pas. D’autres trouvent le rapport qualité-prix des produits tunisiens très mal étudié. Et entre les uns et les autres une minorité consomme des produits 100% tunisiens.


 


Fakhreddine, 18 ans, dit que la Tunisie a fait de grands progrès en ce qui concerne la tendance. Il reste toutefois insatisfait de la qualité. «On peut trouver de très jolies choses.. Le problème c’est qu’une fois passé au lavage, l’article se transforme en torchon ! Il est vrai qu’en matière d’habillement, les Tunisiens suivent de plus en plus la tendance. Et la mode apparue dans n’importe quel coin de la terre existe chez nous. Mais la qualité laisse vraiment à désirer. En plus, les articles tunisiens sont assez chers par rapport à la qualité vraiment modeste. Donc,  si je fais mes calculs, je trouve beaucoup plus rentable d’acheter un habit étranger plus cher mais qui a une durée de vie allant jusqu’à dix fois plus qu’un article de chez nous qui s’use après de deux ou trois lavages. Je n’achète pas des habits jetables tout de même ! Si je mets de l’argent pour acheter un jeans ou un pull, il doit bien garder sa qualité et sa couleur initiale ne serait-ce que durant les premiers mois, sinon à quoi bon ?. Quant aux produits cosmétiques, franchement, je les boycotte. Il n’y a aucune marque tunisienne fiable en matière de cosmétique ! D’ailleurs, je préfère rester sans parfum et sans shampooing plutôt que d’acheter n’importe quoi pour me retrouver chauve ou encore avec de graves démangeaisons».


 


Khaled, 20 ans,  n’a, aussi, jamais utilisé un produit cosmétique tunisien. Il achète rarement des vêtements made in Tunisia mais, en revanche, il ne mange que tunisien. «S’il y a un domaine où nous avons vraiment des produits satisfaisants, c’est bien l’alimentation. Certes, certaines choses restent à améliorer mais on peut dire qu’en ce qui concerne l’alimentation, la Tunisie a de quoi se vanter. Toutefois, en matière d’habillement, surtout en ce qui concerne la mode masculine, il y a encore beaucoup à faire. Et puis, c’est honteux de se trimballer avec des jeans qui ne portent pas de marque reconnue ! Idem pour les produits cosmétiques. Je ne m’aventurerai jamais à utiliser des produits de toilette tunisiens parce que, franchement, je doute qu’ils aient subi des tests dermatologiques. Il y a encore beaucoup à faire en ce qui concerne la qualité parce que même si je tombe sur un article qui me plaît, il s’use en un temps record».


 


Emna, 14 ans, trouve que les produits tunisiens s’améliorent de plus en plus. En revanche, le secteur qui n’arrive pas du tout à décoller, c’est le secteur du cosmétique. «Franchement, il y a de belles choses en matière d’habillement féminin. Je peux trouver le même modèle qui existe à l’étranger ici même et à un prix beaucoup moins cher. Peut-être que la finition manque encore de raffinement et que les vêtements ne sont pas de très haute qualité, mais nous n’avons pas les moyens d’acheter des vêtements de la haute couture. Il y a en Tunisie, comme ailleurs, des produits haut de gamme, mais rares sont ceux qui peuvent se permettre de casquer le prix. Cependant, si on parle de produit moyen de gamme, il y en a à ravir. Les produits d’alimentation sont également très satisfaisants. Aujourd’hui, les biscuits, les bonbons, les chocolats ou les produits laitiers valent les produits de l’Occident. Et certains produits d’alimentation locaux sont vraiment meilleurs que les produits importés. Les seuls produits qui ne sont pas satisfaisants du tout sont les produits cosmétiques et spécialement les parfums et les shampooings. Je les boycotte totalement tellement je n’ai pas confiance».


 


Fatma Ezzahra, 15 ans, partage le même avis. La jeune fille trouve aussi qu’il y a de beaux articles de prêt-à-porter. «On trouve des habits originaux et puis même si l’on achète des articles tunisiens, on ne risque pas de croiser une centaine de personnes portant la même chose. Ce qui prouve qu’il y a une diversité et du choix. Cela dit, ce sont les tissus qui ne sont pas toujours satisfaisants. Les coupes et les modèles existent mais il m’arrive de ne jamais trouver le tissu et la couleur que je veux. Et même si je trouve la couleur qui me convient, généralement la qualité du tissu n’est pas bonne surtout par rapport au prix proposé. Mais je peux dire qu’il existe des vêtements tout à fait à mon goût. En ce qui concerne l’alimentation, on trouve tout. En revanche, l’évolution en matière de cosmétique, des produits de toilette et en parfumerie reste nulle. Aucun produit tunisien n’est satisfaisant. Certaines marques sont peut-être en train d’évoluer mais, franchement, je ne peux pas m’aventurer à essayer leurs produits…».


 


Abir CHEMLI 




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com