Un succès sous conditions…





Le Président français a toutes les raisons de jubiler. C’est que son fameux projet d’Union pour la Méditerranée qu’il a dû édulcorer pour vaincre les réticences de plusieurs pays, en particulier l’Allemagne, a obtenu un vaste soutien du Conseil des Chefs d’Etat et de gouvernement européens, réunis jeudi en sommet à Bruxelles. En mal dans les sondages dans l’Hexagone, en raison notamment de l’imposition d’un vaste programme de réformes sociales qui font jaser les Français. Nicolas Sarkozy remporte ainsi une précieuse victoire. L’Union pour la Méditerranée doit être officiellement lancée le 13 juillet prochain, lors d’un sommet rassemblant tous les Etats de l’U.E. et les pays riverains du Sud, sous présidence française de l’Union européenne.


Mais d’ores et déjà, un mandat a été donné à la Commission européenne et à la présidence de travailler sur les détails et les structures de ce projet de coopération renforcée avec les pays du bassin méditerranéen.


L’Union pour la Méditerranée qui va tenter de donner une nouvelle impulsion au processus de Barcelone, s’étendra jusqu’en 2010 autour d’un certain nombre de projets concrets. La priorité sera donnée au domaine environnemental et scientifique: dépollution de la mer Méditerranée, lutte contre les aléas climatiques, agroalimentaire, énergie solaire. L’autre grand volet sera consacré à l’éducation et aux échanges culturels. Grosso modo, le projet est séduisant ne serait-ce que parce qu’il repose sur le principe de combler le fossé entre le Nord, plutôt riche, et un bassin méditerranéen beaucoup plus pauvre.


Le message sous-jacent n’est pas difficile à décrypter puisque l’Europe cherche vraisemblablement à enrayer le phénomène de l’immigration clandestine en développant la prospérité à la source.


A la bonne heure, serait-on tenté de dire, l’Europe semble avoir, enfin, prêté une oreille attentive à une vieille revendication réclamée du reste à cor et à cri par les pays du Sud.


La question qui se pose d’emblée est de savoir quelles sont les chances de réussite de cette tentative de rapprocher les deux rives de la Méditerranée en développant une zone de libre-échange, comme il en existe dans d’autres grands pôles géostratégiques sur la planète, tels que le Mercosur en Amérique latine et l’Asean en Asie ? La réponse à cette interrogation n’est pas du tout évidente, tant il est vrai que le succès de ce projet dépend du niveau d’engagement réel, notamment de l’Europe. Force est de reconnaître à ce propos que le processus de Barcelone a révélé ses limites. L’Union européenne, qui s’est beaucoup plus souciée de son extension vers l’Est, a négligé la rive Sud de la Méditerranée. Et c’est d’ailleurs non sans raison que les pays maghrébins, entre autres, expriment à cet effet leur dépit, eux qui ont consenti une ouverture de leurs frontières, sans recevoir une contrepartie ou presque. Le processus de Barcelone qui a suscité beaucoup d’espoir a eu, en fait, des effets catastrophiques sur le sud de la Méditerranée.


Pour toutes ces raisons et partant de l’évidence qu’il n’est jamais trop tard de rééquilibrer les choses, l’U.E se doit de tirer les enseignements nécessaires si elle aspire réellement à contribuer à la création en Méditerranée d’une zone de paix et de prospérité partagée.


 


Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com